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A nos instincts • Kayla

 
  
MessageVen 20 Oct - 13:45
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Date d'inscription : 09/10/2013Nombre de messages : 1546Nombre de RP : 379Âge réel : 26Copyright : solosand (sign) / sweet disaster (av)Avatar daëmon :
Mali A. LeonidovLife is a biche
à nos instincts
La peur est la plus terrible des passions, parce qu'elle fait ses premiers efforts contre la raison, elle paralyse le cœur et l'esprit. •• Antoine de Rivarol

Ca paraissait être une bonne idée, de départ. Une surprise calculée depuis deux semaines à supprimer l’historique de navigation internet –au risque qu’elle suppose qu’il s’agisse de lui cacher la visite de sites pour adultes, ce qui m’a coûté de lui laisser entendre ça-, à appeler divers centres, divers refuges, pour se voir opposer la même réponse plus ou moins vague « pas d’adoptions en ce moment ».

En ce moment. Je sors du taxi, paie, serre les poings seul sur le trottoir. Nuna ne prononce rien, elle sait, elle sent. C’est elle qui regarde autour de nous que personne n’approche trop brusquement, au risque de nous faire perdre à nouveau tout contrôle. Ça recommence. Le calvaire recommence. Je pense à Louise, à ce qu’elle dira plus grande lorsque son père sera sujet à des crises pareilles et qu’elle ne pourra rien faire, rien dire qui ne puisse le rassurer. Pourtant, la présence de Louise a quelque chose de la présence de Nuna, une sérénité sans nom et sans failles, une assurance qui se renforce quand la mienne se brise. Les mêmes yeux noirs que sa mère, mais avec une douceur qui semble héritée de Nuna (parce qu’entre les origines italiennes d’Elisabeth et russes de mon coté, cela ne pouvait décemment provenir de ses parents). J’ignore si elle a peur. Si elle connait le sens même de la peur, à son âge. Il y a deux ans, lors de la tentative d’enlèvement et le secours inespéré de Kelly, avait-elle eu peur ? Lors de notre absence de presque deux semaines, avec Kayla pour seule présence, avait-elle eu peur ? Passera-t-elle sa vie à avoir peur ?

Mes phalanges sont griffées. Rouges et bleues à la fois, comme si j’avais frappé un mur à plusieurs reprises. La fièvre reprend. A présent sur le perron de la porte, je fouille hâtivement mes poches pour trouver les clés, et ouvre fébrilement la porte sur un salon désespérément vide. C’était une bonne idée, initialement. Aller adopter un chien n’a rien de difficile, un taxi, de l’argent, des papiers, une vérification plus ou moins sommaire de l’entente avec l’animal, puis on peut rentrer avec. Il est même tout décidé –même si Nuna s’oppose à moitié à ce choix, peu enchantée à l’idée d’avoir un canidé à la maison ne qui ne soit pas un daemon. Avec lequel elle ne puisse pas communiquer, et qui risque de lui mâchouiller la patte pour jouer. La porte claque doucement derrière nous : hors de question de réveiller les filles si elles dorment. Peut-être qu’elles sont sorties, suggère Nuna en observant qu’aucun jouet ne traîne dans le salon, et que les poussettes ne sont pas derrière l’escalier. Ou alors elle a tout déplacé. Deux de mes doigts pressent l’arrête de mon nez, et je dois m’asseoir sur le canapé pour rester stable. Ma jambe me lâche. J’ai chaud. Il est à peu près quatre heures de l’après-midi et la lumière commence déjà à s’adoucir, à en témoigner la teinte dorée prise par les haies du jardin, mais j’ai l’impression qu’il est midi ou qu’un projecteur est dirigé pile devant mes yeux.

Une demi-heure a passé sans que je ne m’en rende compte. Lorsque j’ouvre les yeux, toujours aucun bruit dans la maison. Kayla a du sortir, grand bien lui fasse. Elle a déjà assez subi pour que je lui démontre à nouveau l’une de mes frasques animalières. Je pense même qu’elle a du voir passer tout le répertoire animal possible, depuis qu’elle vit ici.

L’eau brûlante de la douche ne se fait pas trop tarder après avoir ouvert le robinet. Mes épaules deviennent rouges et je dois m’assoir dans la baignoire pour ne pas chuter, à nouveau, et profiter du bien-être diffus qui remplace progressivement les frissons et la fièvre. Il est trop tard maintenant pour aller chercher sa surprise à Kayla. Il faut qu’on mange, que je dorme.
Que je lui parle.

Ça pourrait être une idée, après plusieurs semaines mi-figue mi-raisin. Certains matins, j’ai l’impression d’avoir à la maison un indu dont je ne devrais pas profiter, une présence salvatrice et rassurante, une compagnie inespérée. D’autres, je me surprends à imaginer le petit portrait parfait et sans éclaboussures d’une famille recomposée (avec toute la ménagerie daëmonienne que cela suppose) sous le même toit, ou à apprécier le sourire distrait de Kayla lorsqu’elle regarde les filles, et que je l’observe sans qu’elle ne le sache. La salle de bains est remplie de vapeur chaude quand j’en sors, claudiquant, serviette tant bien que mal tenue par une main libre pour que l’autre puisse m’assister sans chute de la baignoire jusqu’à l’évier.

« T’es toujours persuadé que c’est une bonne idée ? »

J’entends la voix de Nuna à travers la porte. Le temps de défaire le lien idiot qui s’était fait entre la question de Nuna et la tondeuse pour la barbe, j’observe mon reflet –fatigué, j’aurais du attendre un peu peut-être avant de m’infliger ça, on dirait un sorti de prison– dans le miroir et essuie avec le dos de la main une partie de ce dernier pour y voir plus clair.

« J’en sais rien. Mais toi comme moi, on n’a pas trouvé de meilleure idée comme cadeau de Noël »
« En parlant de ça, Kayla a suggéré qu’on fasse le sapin ce soir ».

Ce soir. Coup d’œil à la montre posée sur le lavabo. Il est déjà cinq heures et les filles ne devraient pas tarder à rentrer. Si je veux épargner à Kayla ma tête de déterré et l’inquiétude inutile par rapport à mon état, j’ai intérêt à me dépêcher.
Tout en enfilant un boxer et un pantalon propre, je me hâte à terminer une approximative tonte de ma barbe, éloignant involontairement l’air triste et fatigué de mon visage. C’est ça de pris. Nuna n’en démord pas et me suit jusqu’à la chambre pour poursuivre son idée, ignorant le regard sérieux que je lui fais pour espérer la faire taire.

« Tu rêves... Blague à part. Noël, c’est la semaine prochaine, tu n’es pas le seul à vouloir faire ta bonne action de l’année et Kayla va te voir venir de loin avec tes yeux de chiot battu. Oui, ceux-là que tu fais à l’instant. »

Je ris dans mon pull en l’enfilant.

« Tu pouvais pas lui offrir, je sais pas, une jolie robe pour une occasion particulière ? »

La prothèse accrochée et habillé, je m’arrête et la regarde savourer le trouble qu’elle a semé en moi.

« Une occasion particulière ?
- J’ai dit ça comme ça. Tu pensais à quelque chose ?
- Rien de particulier. Rien qui ne me vienne immédiatement à l’esprit comme ça.
- En réfléchissant, je suis sûre que tu vas y arriver »

C’est qu’elle m’inquièterait presque. Je n’ai déjà pas le cran de lui reparler de la nuit il y a deux semaines et j’évite soigneusement de boire trop en soirée pour éviter que cela ne se reproduise, mais à mon propre jeu je ne suis pas dupe. La porte d’entrée qui s’ouvre et les rires des filles coupe court à la conversation –Nuna en laisse même échappe un râlement délicieux–, l’occasion rêvée pour échapper aux inquisitions de plus en plus fréquentes de Nuna et descendre les rejoindre. Sans cette fièvre désagréable et inopportune, mon pull est finalement bienvenu. Sauf si c’est le signe avant-coureur de frissons de fièvre.

« Vous êtes allées au parc ? »
L’écharpe de Louise pleine de miettes de biscuits laisse deviner leur petite échappée en ville. J’accueille ma fille à bras ouverts et la porte sur mon épaule en lui chatouillant le cou, profitant de son écharpe pour cacher mes phalanges encore rouges.
« On a vu des nimaux ! »
Je suis bien obligé de feindre la surprise, bouche ouverte.
« Wouah ! Tu me raconte tout ça tout à l’heure ? J’ai une petite surprise pour vous. »

Effet escompté obtenu. Kayla a l’air curieuse, mais pas autant que les filles. Seuls leurs daëmons semblent s’en désintéressés, ne reste que Nuna, dans la confidence.
©️ GASMASK
  
MessageLun 23 Oct - 21:55
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Date d'inscription : 22/11/2012Nombre de messages : 3263Nombre de RP : 157Âge réel : 23Copyright : Puissante (avatar) ; .TITANIUMWAY (signature) + Nora Roberts & Victor Hugo (citations)Avatar daëmon : Tatouage de phénix sur l'omoplate gauche. Un phénix qui s'enflamme.
Kayla P. LaneFire burns into me
It consumes me
A nos instincts
Kayla & Mali

« Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés
le matin, à la table des anges. »


Il s'est était passé des choses depuis le chocolat chaud. Depuis que j'avais osé mettre les pieds dans le plat -et puis lui aussi. J'avais osé exprimer ma peur de le perdre. Que ce soit comme ami ou plus. J'avais peur de le perdre lui. Sa simple présence suffisait à me rassurer. Je me souvenais avoir proposé de décorer le sapin le soir même, et j'avoue que j'avais été soulagée que le russe ait du déplacer notre projet. Je ne savais pas ce qui m'avait pris de proposer un truc pareil. Altaïr me disait d'assumer mais en ce moment, je n'assumais rien du tout. Je n'étais peut-être pas tout à fait prête, et Mali non plus je dois dire. Depuis cette journée, il avait du rentrer en Russie et faire plusieurs allers et retours. À chaque fois il me demandait si je pouvais prendre soin de Louise et à chaque fois, je devais lui répéter qu'elle était comme ma fille, et que j'en prendrais soin comme Elyana. Je ne sais pas pourquoi il continuait de me demander cela. Je l'aurais fait sans qu'il me pose la question.

Alors oui, j'avais fini par perdre le travail de vendeuse que j'avais pu dégoter. Tant pis. Ma famille passait d'abord. Même si Mali et moi n'étions pas ensemble, il était devenu ma famille. Il était la famille d'Elyana à présent. Mon travail ne valait pas ce bonheur. Je savais que ce serait temporaire, de toute façon. Je ne voulais pas faire ce travail toute ma vie. Il m'avait servi pour plusieurs choses, et j'étais assez contente d'avoir eu mon salaire pour ce mois. Au fond, c'était bien. Je pourrais passer Noël avec les filles, sans devoir aller travailler. J'allais pouvoir leur acheter quelques cadeaux. Le premier vrai Noël de ma fille, je ne pouvais pas le rater ! Je ne sais pas si Mali se sentait coupable, mais tel que je le connaissais, il allait sûrement s'en vouloir. Un jour, il faudrait qu'il comprenne que tout ne repose pas sur ses épaules.

Il était fatigué, Mali, avec tous ses allers retours. Et il passait beaucoup de temps devant son ordinateur. Oh, il faisait bien ce qu'il voulait. J'avais tenté de poser des questions ou de m'approcher, mais à chaque fois, c'était de vagues réponses, ou alors, il changeait de page juste quand j'arrivais. Je me demandais bien ce qu'il pouvait me cacher, et je sais que je finirai par savoir. Je ne sais juste pas combien de temps je serai patiente. Ça n'avait jamais été mon fort, la patience, de toute façon. Il devait bien le savoir.

J'entendais les filles jouer dans la chambre de Louise. J'avais prévu de sortir. Je ne sortais que rarement. J'étais sortie pour aller faire quelques achats, seule. J'avais pu les cacher dans la chambre d'Elyana, sans que Mali le voit. Même s'il avait du se douter de quelque chose quand j'étais rentrée et que j'avais filé cacher mes cadeaux. J'avoue avoir été fière de moi quand j'étais redescendue. J'avais changé, mais mon caractère ne changerait pas totalement. Alors devant ce miroir, tandis que je m'observais distraitement, je souriais. Ma vie n'était pas si mal. Je devais m'obliger à être patiente, tout finirait par s'arranger. J'avais cru me briser quand Esteban était parti en m'abandonner. J'avais cru que c'était fini, que je ne pourrais jamais donner une vie décente à ma fille -sa fille. Mais j'y étais arrivée. Pourquoi pas maintenant ? J'étais fière de voir ma fille grandir, qu'elle ait un toit, un lit et de quoi manger. Quand je la regardait, je trouvais qu'elle me ressemblait un peu. Elle n'avait pas beaucoup pris de son père. Peut-être ses yeux.

Attrapant un long manteau noir, je l'enfilais, n'oubliant pas mes gants. Mon don déraillait depuis quelques jours. Ma peau était souvent brûlante et me faisait souffrir. Je pouvais sourire et faire semblant devant les filles. Mali finirait par le savoir comme j'avais pu voir que son don déraillait aussi. Avant de sortir de la chambre, je pris un bêta bloquant. C'était temporaire, mais moins, je ne risquais pas de mettre mes filles en danger. J'en pris même un avec moi au cas où. Je sortis de la chambre, laissant le lit dans lequel je dormais derrière moi. C'était étrange de me dire que je dormais dans le même lit que lui. Il fallait vraiment que nous nous mettions d'accord. Altaïr était grandement d'accord avec moi. D'ailleurs, il me suggérait de mettre encore une fois les pieds dans le plat. Non pas cette fois. J'avoue, je faisais presque marche arrière. Je n'avais qu'à laisser les choses se faire.

Je descendis avec les filles, les tenant par la main. Clé, téléphone, portefeuille ... tout y était. Je fermais la porte derrière nous à clé avant de me mettre à marcher. Je gardais les filles près de moi, et elles étaient bien accrochées à mes mains. J'étais ravie que Louise n'ait pas peur de moi et qu'elle m'accepte. Même si elle n'avait pas connu sa mère, elle aurait pu avoir peur ... Les semaines qu'elle avait passé sans Mali avaient peut-être été bénéfique d'une certaine manière.

Arrivée au parc, je laisse les filles courir devant moi en les gardent toujours à l’œil. Altaïr peut enfin avancer à un rythme plus soutenu et reste proche des filles et de leurs daemons. J'avais oublié à quel point c'était bon de sortir prendre l'air. Depuis que mon don déconnait, je n'osais plus vraiment sortir. Et j'avais peur de rester à l'intérieur. La moindre chose, la moindre contrariété pouvait me faire faire le pire. Parfois la poubelle prenait feu, parfois une serviette. Ce n'était que ça. Et les bêta bloquant faisaient en sorte que les dérapages soient moins nombreux. Je grimaçais en me frottant les mains. Elles me brûlaient parfois si fort que j'avais envie de les plonger dans l'eau. Dans de la neige, ce serait encore mieux. Regardant les filles courir à gauche et à droite, sans jamais trop s'éloigner, je souriais. J'avais l'impression d'être heureuse.

Après leur avoir acheté des biscuits, on était allé voir des canards. Évidemment, les miettes étaient fort intéressantes, je leur montrais comment donner à manger à ces oiseaux. Tantôt téméraires, tantôt peureuse, les filles ne cessaient de s'émerveiller devant les bêtes à plumes. Elles rigolent et la seconde suivante viennent s'accrocher à moi parce que les canards marchaient vers elle. Moi même je me mis à rire avec elles.

Il était pratiquement 17h quand je pris le chemin du retour, Louise dans une main et Elyana dans l'autre. Chacune mangeait le dernier biscuit, bien silencieuse. Elles allaient bien dormir cette nuit. Il n'y eu aucun autre incident concernant mon don. Je redoublais d'effort avec les filles, ce qui me fatiguait énormément. D'autant plus que mon don ne cessait de faire des siennes. Nous arrivions devant la maison et je lâchais les mains des filles pour prendre mes clés.

« Papa doit être rentré à la maison, vous pourrez lui parler des canards ! »

Et de leur tête d'abord émerveillée quand elles avaient aperçut les oiseaux. Même leurs daemons avaient essayé la forme. Tout à coup, elles n'étaient plus si fatiguées que ça. Elyana aimait beaucoup Mali, elle n'avait connu que lui comme figure paternelle. Inconsciemment, elle le considérait comme son père et je n'arrivais pas à lui dire que ce n'était pas lui. Je ne pouvais pas lui dire maintenant. J'entendais parfois un 'papa' qui s'échappait de sa bouche quand elle voulait parler à Mali. Devrais-je le lui interdire ? J'en étais incapable, de toute façon. Ouvrant la porte, je laissais les filles et leur daemon sous forme de chiots entrer en premier. Elles rigolaient et cherchaient Mali. Altaïr rentré, je pouvais fermer la porte. Ce dernier alla dans le salon pour faire de la place et je retirais l'unique veste que j'avais. Certainement pas besoin d'un gros pull en ce moment. J'avais suffisamment chaud comme ça.

Je vois Nuna descendre, suivie de Mali. Je ne pouvais même pas dire s'il allait bien ou non. Au moins, il s'était rasé. Je pouvais néanmoins deviner la fatigue. Et dire que j'avais proposé de décorer le sapin ce soir ! Je me masse doucement les yeux tandis qu'il prend sa fille dans ses bras. J'hésite un instant à enlever mes gants, mais je ne peux pas vraiment les garder à l'intérieur. En serrant les lèvres, je les dépose sur le meuble, là où je pourrais les reprendre si j'en avais besoin. J'appelle Elyana pour lui enlever son écharpe et sa veste. Je souris en voyant le sourire de Mali quand il regarde sa fille. Je le frole quand j'enlève doucement la veste de Louise. Elle ne doit pas la garder maintenant qu'il fait bon dans la maison. Je laisse au russe le soin de lui enlever son écharpe. Quand il parle de surprise, je le regarde alors, les sourcils haussés. Une surprise ? Je me demande bien ce que ça peut être, mais Elyana me devance.

« C'est quoi ? »

Elle est revenue devant Mali et semble impatiente de connaître cette surprise. Moi-même je ne peux que me demander ce que c'est. Il ne m'a parlé de cette surprise.

« Quelle surprise ? »

Je lui demande, curieuse. Comme si j'allais le savoir plus vite ... Me massant les mains, j'avançais dans le salon entraînant la petite troupe avec moi. Il faudrait bientôt faire à manger pour les filles, afin qu'elles n'aillent pas au lit trop tard. Il est pratiquement 18h, elles allaient avoir faim. Je laissais Elyana prendre une feuille et un marqueur pour dessiner tandis que je m'asseyais sur le canapé, les yeux rivés dans ceux de Mali. Il avait vraiment éveillé ma curiosité et je tentais de deviner ce que ça pouvait bien être.

Emi Burton
  
MessageMer 25 Oct - 11:26
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Méfiez-vous à vouloir vivre on peut finir par exister •• Gaël Faye



Plus je vois Kayla, plus je remarque qu'elle a changé. Sans en avoir l'air. Au courant de la situation étrange entre la jeune femme et moi, Marya m'a laissé entendre qu'il serait bon tant pour moi que pour Louise de mettre des mots sur la situation, de mettre au clair ma relation avec Kayla. Ce flou me trouble mais m'arrange. Je ne fais que deviner ou supposer ce qu'elle pense grâce aux remarques de Nuna, parfois légères parfois sévères. Je ne peux qu’imaginer, croire, inventer, parce que je n’ai pas ses mots à elle, comme elle est privée des miens. C’est un juste échange, une redoutable mais équitable contrepartie. Le soupçon d’intuition féminine véhiculé par Nuna (et la récente discussion avec ma mère avant de revenir mettre le pied sur le sol américain) ne me donne pas de grande marge de manœuvre sur ce qu’elle pense.

Je croise son regard lorsque je récupère Louise entre mes bras et qu’elle lui enlève son manteau. Indéchiffrable. Se plait-elle dans ce rôle entre marraine et mère de substitution ? Se contente-t-elle de la situation délicate dans laquelle je l’ai mise à force de mes absences, sans emploi ni véritable situation financière ? Accepte-t-elle de vivre sous une sorte de tutelle qui n’en est pas une sans broncher, ou prépare-t-elle son départ sans oser nous le dire ? Cette situation n’avait rien d’un imbroglio jusqu’à ce qu’on tente maladroitement de mettre des mots dessus lors d’un chocolat chaud au marché de Noël. Alors je ne sais que faire du conseil de Marya qui serait de lui en parler à nouveau. Il y a comme un vide immense qu’on ne peut combler avec des mots. C’est tellement bateau d’en arriver au point de se dire que les mots ne valent rien face aux gestes. Nos comportements ne laissent rien deviner. Amis de longue date autour d’un bon repas chaud le soir, parents lorsqu’il faut donner le bain aux filles et aller les coucher, amants supposés lorsqu’on décide de dormir dans le même lit, sans pour autant que quelque chose ne se passe. J’ai trop de respect pour Kayla pour me risque à nouveau de trop boire, et d’oublier à nouveau une nuit que l’on aurait passée ensemble. Pour autant, j’aime la savoir dans ce lit, à coté de moi, et non pas dans le lit d’appoint de la chambre des filles. Les nuits sont étranges. Quand elles ne sont pas peuplées de cauchemars me forçant à descendre finir la nuit sur le canapé, je me réveille parfois avec ma main posée sur sa taille, ou ma tête enfouie dans le coussin, parmi ses cheveux. Comment peut-on nommer une relation mélangeant à la fois l’Amie, la Marraine et l’Amante ?

« Avant de savoir, il va falloir vous débarbouiller »
J'enlève une miette de la joue de Louise.
« Toi aussi »

Je fixe le coin des lèvres de Kayla pour lui faire croire qu'elle en a elle aussi, et repose Louise une fois son écharpe dans la main. Docile et proche d'Elyana, elle prend elle aussi un feutre et lui pique un bout de sa feuille dans le coin pour dessiner une fleur bleue.

« J'ai raté le parc à cause de ta sieste » boude Nuna pour la forme, avant de rejoindre les filles et s'allonger près du canapé pour accueillir près de son flanc les deux jeunes daëmons prêts à s'endormir, parfaits petits portraits des filles qui font mine de lutter. Chacun son tour pour la sieste.

Après avoir reposé le manteau et l'écharpe des filles près de l'entrée, je vais dans la cuisine et reviens avec deux essuie-tout pour les joues gourmandes.

« Bon, vous voulez savoir la surprise ? »

Les deux feutres quittent immédiatement leurs mains, et Louise se lève en sautillant, ses cheveux tout en fouills devant son visage, en criant un « Ouiii ! » de concert avec Elyana. J’en voudrais presque à Kayla de ne pas sauter de joie également. De mon manteau posé sur le canapé, je sors d’une poche un petit papier mal imprimé, et une photographie dans un état relativement conservé. Le papier pour Kayla, et la photo pour les filles.

« C’est un formulaire d’adoption », chuchote-je à l’attention de Kayla. Puis, aux filles : « vous savez ce que c’est ? »

« Un ssien ? »

Pas n’importe lequel.

« Il s’appelle Chop, et demain on va aller le chercher, il va venir habiter avec nous à la maison »

J’aurais bien évité le regard étonné de Kayla, mais je m’en délecte tellement que je l’observe pendant de longues secondes. C’est une belle femme, quoiqu’on en dise.

« J’ai pas pu résister. C’est notre premier Noël en famille, et j’ai voulu marquer le coup »

Ce n’est qu’après coup que je réalise avoir parlé de famille pour la première fois avec elle. D’avoir mis le mot sur la situation, comme l’avait suggéré Marya. Comme je m’imaginais le faire, en mieux, dans un autre contexte, sans les filles. Il est déjà assez compliqué de gérer une relation entre deux personnes adultes, mais quand des enfants se rajoutent dans l’équation, ça devient le chaos.

« Il a des tâches ! »
« Tout plein »

Je laisse la photo entre les mains des filles malgré la torture qu’elles lui infligent. Même Nuna semble ravie de l’effet de surprise, malgré son appréhension à l’idée de laisser un prédateur naturel de la biche rentrer dans son foyer. A croire que tout change à la vitesse de l’éclair dès qu’on passe le pas de la porte de cette maison. Rien n’a jamais vraiment été semblable, tout se métamorphose –sans mauvais jeu de mot avec mon don– sans cesse. Il en va de même pour ce que je ressens envers Kayla.

« Tu veux qu’on fasse le sapin demain matin ? »
Louise bâille bruyamment.
« J’en connais deux qui vont s’endormir soit dans leur assiette, soit dans leur bain. »

Et j’avoue ne pas être contre une bonne nuit de sommeil. Ou envisager un plateau télé avec elle, enfoncés comme deux petits vieux sur le canapé, emmitouflés dans l’énorme couverture qui traîne pour le moment sur le fauteuil. Le sapin est là, il ne va pas s’envoler, et on ne peut pas en dire autant de ma détermination à parler à Kayla qui peut s’envoler au moindre coup de vent, à la moindre sonnette impromptue. Au moindre changement de plan. Surtout qu'il est possible, voire probable, qu'elle ait d'autres projets pour la soirée. Être sous le même toit ne la force pas à mener la même vie.

« Allez, bain, manger et au lit, les filles »

Elyana, la plus près quand je l'attrape, râle pour la forme mais se laisse mollement prendre dans mes bras et se frotte les yeux. Je ne me pose pas la question de savoir si Kayla suit puisque j'entends ses pas dans l'escalier et qu'elle prend ma suite dans la salle de bains. Je m'agenouille face à Elyana et allume l'eau tiède avant de l'aider à enlever son pull.

« Chop ? »
« Oui, il s'appelle Chop. On ira le voir demain après avoir fait le sapin, d'accord ? »

Je vois les yeux de Louise qui brillent à nouveau à l'évocation du sapin. Il est dans le coin du séjour près du fauteuil, et n'attend plus qu'à se vêtir des guirlandes et autres décorations dans le carton juste à coté de lui. Un éclair noir passe devant mes yeux. Je sais ce que cela veut dire. On a intérêt à coucher les filles rapidement. Elyana une fois dans la baignoire, j'y mets de la mousse et m'assois le dos contre le mur à coté d'elles.

« Kayla. »
Le ton est grave.
« Ça recommence. »

©️ GASMASK

  
MessageJeu 26 Oct - 0:05
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Mali & Kayla

« On ne se perd qu'une fois, vous savez.
Après, on passe le restant de sa vie à se retrouver. »


Depuis quand les choses étaient-elles devenues comme ça ? J'avais parfois l'impression d'habiter avec un étranger. Ou avec un fantôme. Je ne lui en voulait pas le moins du monde de retourner en Russie. Il en avait besoin. Après l'incident du dragon, il n'a plus été totalement le même. J'essayais de l'aider du mieux que je pouvais, mais retourner dans son pays natal semblait lui convenir. Alors je l'ai soutenu, parce que c'est ce que font les amis. Parfois je me demandais si nous n'étions pas juste des colocataires. On habitait dans la même maison et parfois je dormais dans son lit, mais c'était tout. Ou alors nous sommes deux grands idiots qui, malgré l'épisode du marché de Noël, n'arrivaient pas à se dire les choses. Altaïr approuvait particulièrement cette remarque. Adultes et pourtant, incapable de se dire les choses en face. Mais peut-être fallait-il plus que des mots, ceux-ci ne suffisaient plus. Peut-être qu'il fallait un geste, une action. Bouger. Mais qui de nous deux bougerait, je ne le savais pas encore. Et puis parfois, je vivais dans la maison de mon meilleur ami. On rigolait, on se taquinait et on se connaissait par cœur. Aujourd'hui, je n'étais plus sûre de rien. Et pourtant, je n'étais pas malheureuse, loin de là. J'avais ma fille, Louise, Altaïr, Nuna et Mali. Je ne pouvais pas être malheureuse ici. Mali, c'est un des seuls qui arrive à me supporter aussi longtemps. Il est toujours là après toutes ses années. Malgré mes conneries, malgré le fait que je ne lui ai pas facilité la tâche. Comment pouvions nous être encore là tous les deux ? Au même point.

Ce qui s'était dit au café n'avait pas été oublié. Je ne tenais pas à le perdre, et j'avais surtout retenu les propositions indécentes de Mali. Je ne pus retenir un bref sourire tandis qu'il partait chercher de quoi essuyer la bouche des filles. Il osa même insinuer que j'avais moi aussi des miettes au coin des lèvres. Surprise, je levais la main et constatais qu'il n'y avait rien. Il l'avait fait exprès. Fronçant les sourcils, je me relevais l'air innocent. Il allait voir. J'attendis qu'il revienne à mes côtés avant de lui toucher légèrement la joue du bout du doigts. Je n'aimerais pas qu'il se brûle.

« Je crois que tu t'es loupé là, c'est un poil trop long. »

Oh, ce n'était pas vrai. Il était loin d'être mal rasé. D'ailleurs, ça m'aurait inquiété parce qu'il prenait soin de lui et que ce n'était pas son genre. Mais il m'avait quand même un peu cherché. Je l'observais un instant. Je le préférais avec cette barbe bien nette que celle un peu plus longue qu'il a pu avoir. Je détournais rapidement le regard pour évidemment qu'il ne me surprenne en plein délit de matage. Je regarde les filles qui dessinaient sur la même feuille alors que Nuna se plaignait d'avoir raté la balade au parc. Je retrouvais soudain un sourire jusqu'aux oreilles. Il ne fallait pas déclencher mon envie de le taquiner. C'était de sa faute.

« Mais tu sais bien qu'il a besoin de ses siestes ! »

Chuchotais-je à Nuna, d'un air légèrement espiègle. J'essayais de profiter au maximum des moments où mon don ne me faisait pas souffrir. Aucun régularité. Parfois je sentais la brûlure mais c'était supportable et parfois j'en pleurais tellement s'était douloureux. J'avais de la chance quand ce n'était que mes mains. Brûler est toujours synonyme de douleur. La fatigue était à présent envolée. La surprise de Mali m'avait momentanément oublier ma fatigue et mon stress. Le russe finit par demander aux filles si elles veulent savoir et je ne peux m'empêcher devant ce spectacle. Les deux petites filles qui sautillent et regarder Mali comme s'il allait leur faire un tour de magie. C'était peut-être ça au final. Il leur tend ce qui semble être une photo et moi je reçois un papier. Je le déplie et lis ce qui est écrit. Au moment où il me souffle que c'est une adoption, je lis effectivement ce mot, suivit de Chop. Un chien. Il allait adopter un chien. C'était donc ça la surprise ! J'étais contente et souriais. J'avais passé mon enfance dans une ferme, entourée d'animaux et notamment de chiens. J'aimais les bêtes. Jamais je n'allais dire non pour ce genre de chose ! Et on allait aller le chercher demain. Elyana me montre brièvement la photo avant de continuer de parler du chien avec Louise. Mali me dit que c'est pour notre premier Noël en famille, qu'il voulait marquer le coup. Heureuse, je le serrais dans mes bras.

« Merci. »

Lui murmurais-je, rien que pour lui. Je me décollais rapidement de Mali sans trop de gêne. Il fallait que nous dépassions ça une bonne fois pour toute. D'ailleurs, il fallait tout simplement que l'on parle. La dernière fois, cela nous avait plutôt bien réussi si mes souvenirs sont bon. Il finit par me demander si je veux faire le sapin demain matin. Oh, j'étais prête pour ce soir, mais s'il préférait plus tard, on pouvait remettre à demain. Ça ne venait plus à un jour près ! Les filles semblaient fatiguées également. Elles avaient bien marché, à leur décharge. Haussant les épaules, je jetais un regard à Mali.

« Ce soir ou demain, c'est pareil pour moi. »

Pour ce que je dormais de toute façon ... J'avais parfois tellement peur que mon don se réveille en pleine nuit que je n'osais pas m'endormir. Et si je blessais Mali ? Et si je brûlais son lit ou sa chambre ? J'étais bien placée pour savoir que le feu pouvait détruire. Troublée, je pliais soigneusement le papier avant de le glisser dans ma poche. Il suggéra de faire prendre le bain aux filles, prenant Elyana dans ses bras. Louise dans mes bras, je le suivais. Elle non plus ne semblait pas vouloir aller prendre son bain. J'écoutais Mali répondre à ma fille qu'on allait aller chercher le chien demain, après le sapin. Même Louise avait des étoiles dans les yeux. Il n'aurait pas pu mieux choisir.

J'avais à peine mis Louise dans le bain que Mali m'appela. Et pourtant, j'étais juste à côté de lui. J'avais un doigt dans l'eau pour réchauffer le bain -tout en faisant attention à ce que l'eau ne soit pas trop chaude. Fronçant les sourcils, je tournais la tête vers lui, assis contre le mur. Son ton est trop grave pour que je ne fasse pas attention. Ça recommence. Prise de court, je restais une seconde sans réaction. Ah non, ce n'était pas le moment ! A genoux devant la baignoire, je me rapprochais de lui et posais une main sur son bras. Il fallait qu'il garde un contacte avec la réalité. J'étais coincée. Entre le laisser ici seul avec les filles ou le faire sortir de la salle de bain afin qu'il se débrouille seul. Je ne pouvais faire ni l'un ni l'autre et pourtant j'allais devoir faire un choix.

« Surveille les deux secondes. »

Je me relevais en vitesse sans prendre le temps d'essuyer ma main. Le temps pressait. Mon don n'était pas le seul à faire des siennes apparemment. Je dévalais les escaliers, fouillais dans la poche de ma veste et remontais avec le comprimé. Je ne voyais que cette solution de secours. Il ne me fallut pas une minute avant d'être de retour dans la salle de bain et de constater que les filles allaient bien. Je pris un verre dans la petite armoire et le remplissais d'eau. Je tendis le tout à Mali.

« Tiens, avale ça. J'en prends. Ce n'est pas une solution à long terme mais ça va t'aider pour ce soir. »

Et dire que j'utilisais ces bêta bloquants depuis un moment. Quand ça devenait trop dangereux ou trop douloureux. Je n'en étais pas dépendante, loin de là, mais c'est vrai que ça me soulageait parfois. Je surveillais du coin de l’œil qu'il avale le comprimé. Le risque qu'il se transforme n'était plus aussi gros mais existait toujours. Au moins, on serait normalement épargné des grosses bestioles. Pendant qu'il se reposait, j'entrepris de laver les filles qui ne me laissèrent aucun répit. Un peu mouillée, je leur fis les gros yeux quelques secondes pour qu'elles arrêtent de tenter de m'arroser.

Je les séchais une par une par, enfilant en même temps leur pyjama. J'avais l'habitude de leur faire prendre le bain, maintenant. Il m'avait fallu du temps. Il avait fallu que j'apprenne à être une mère, et une mère célibataire. Mali m'aidait souvent, dès qu'il était là en fait, mais lorsqu'il était en déplacement, j'avais du tout gérer seule. Ce n'était pas aussi difficile que je le pensais, mais j'avoue que ça m'avait fait peur.

« Aller, on va manger maintenant ! »

Je me redressais lentement. Il était effectivement temps que l'on mange, j'avais besoin d'un peu d'énergie. Le feu me bouffait toute mon énergie en un temps record. Je me tournais vers Mali pour lui tendre une main un peu tremblante. La fatigue et surtout la douleur revenait. J'étais habituée. Mon corps devrait l'être aussi. Sauf que le tout ensemble, ça ne donnait rien de bon. J'espérais qu'il ne se brûlerait pas en prenant ma main. Je faisais tout pour le préserver de ça.

Emi Burton
  
MessageJeu 26 Oct - 12:34
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Méfiez-vous à vouloir vivre on peut finir par exister •• Gaël Faye




De toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, je ne m’en rappelle que de deux qui ont eu l’audace et le privilège de pouvoir se moquer aussi librement. Ces deux personnes, ce sont les deux seules femmes que j’ai laissées rentrer dans ma vie. L’une est la mère de ma fille, l’autre s’en occupe comme si c’était la sienne. Instinctivement, je passe la paume de ma main sur ma barbe pour vérifier qu’aucune aspérité étrange ne s’y trouve, ne me rendant compte qu’une fois le geste terminé que Kayla se fichait ouvertement de ma gueule. J’ai toute la soirée pour réfléchir à une vengeance digne de ce nom, d’autant plus que les filles et leur sommeil arriviste vont pouvoir me laisser toute l’occasion de le faire. Profitant d’avoir tous les deux les mains liées à devoir porter les filles exténuées dans les escaliers, je ronchonne vaguement un « C’est mal de mentir », aussi mal placé que ma fierté, mais garde le meilleur pour plus tard.
Enfin, le meilleur... ça, c’était ce que j’espérais.
Parce que dans cette maison, il existe un merveilleux mauvais sort qui semble faire en sorte que rien ne se passe comme prévu. Un repas qui brûle dans le four, la piscine qui devient un jacuzzi par accident (n’est-ce pas Kayla ?), ou encore une porte qui claque en pleine nuit. Plus ou moins grave selon les jours. Cette maison a ses humeurs. Pas sûre que ça se limite à cette maison. Je me rappelle très bien de la tentative d’enlèvement de Louise il y a deux ans. Je me rappelle tout aussi bien avoir détruit le garage et éventré la voiture qui s’y trouvait parce que ce don avait décidé de me faire prendre la forme d’un rhinocéros pour protéger ma famille. Ce même don qui, il y a plusieurs mois, a failli me coûter la vie à moi –et à bien d’autres- parce qu’il trouvait super drôle de me métamorphoser en dragon. Ça n’a plus rien de drôle. A partir de cet épisode, je n’ai jamais réussi à reprendre le contrôle sur ces formes animales. Tout a changé. C’est comme si ces instincts primaires prenaient le dessus sur le reste d’humanité que la présence de Louise cause en moi, et me mettaient à leur merci la plus totale. Autrefois, je savais à qui je parlais, comment, la manière dont je me comportais, et j’avais même conscience de la forme adoptée et des sensations procurées.

A présent, c’est différent. Je ne choisis plus la forme, et encore moins le fond. Un daim est inoffensif et c’est dans mes meilleurs jours que j’ai cette chance. Mais c’est différent lorsqu’il s’agit d’un prédateur. Lorsqu’il s’agit d’une perte de contrôle totale et que les filles se trouvent dans la maison. Il est hors de question de mettre qui que ce soit en danger dans ce foyer. Un père de famille protège, et non l’inverse. C’est comme dans ces films d’horreur où une fois enfermés dans la maison, l’on se rend compte que le fou furieux est à l’intérieur de nos murs, avec nous.

Pire encore : lorsqu’il est en nous .

Mollement, je tends ma main ouverte à Kayla qui me tend quelque chose, sans même avoir percuté qu’elle m’ait demandé de surveiller les filles. Heureusement pour moi qu’à l’approche de leurs trois ans, elles finissent par être autonomes et savent ne pas se noyer dans vingt centimètres d’eau. Vide, la vision troublée par quelques vagues noires dont je connais la provenance, j’observe le cachet et l’eau claire du verre, rapidement floutée par deux yeux noirs qui me fixent, et que j’imagine.

« Kayla... »

Nuna intervient, sévère.

« T’es pas en état de négocier.»
« Papa l’est malade? »
« Non chaton, papa va bien, il a juste un peu mal à la tête mais il va prendre le médicament et ça va aller mieux.»

Tu sais très bien ce que je pense de ta manière de faire.
Je le fais en face de ta fille pour que tu prennes conscience de la gravité de la situation.

L’épisode au Conseil a rendu ma moitié impitoyable (avec moi seulement). Elle ne laisse plus de place aux doutes. J’avale le comprimé avec une gorgée d’eau et sent le liquide tiédi par la main de Kayla, involontairement je suppose, descendre le long de mon œsophage. Tout est décuplé. J’entends le crissement de pneus de voiture, le vent grincer dans les arbustes du jardin et les premières gouttes de pluie tomber sur le toit. Même le bruit feutré des pas d’un lapin ou d’un petit animal sauvage passant non loin ne passe pas dans l’oreille d’un sourd. Je ne sais même pas de quelle oreille animale il s’agit.

Puis tout se tait.
Quand je relève les yeux, Kayla semble attendre que je réponde à sa main tendue, et Louise comme Elyana me regardent avec un air suspect, avant qu’Elyana viennent mettre sa main sur mon front comme elle a souvent du nous voir le faire lorsque l’une des deux était malade.

« Bobo ? »

C’est comme s’il n’y avait plus de vent dehors.

« Tout va bien petit chat »

L’énorme mensonge ne pourra convenir qu’aux filles. Je passe ma main sur la joue rebondie d’Elyana et prend la main de Kayla pour m’aider à me relever, m’appuyant aussi sur le lavabo pour éviter de la faire chuter à son tour. Je reviendrais plus tard sur le comprimé qu’elle vient de me faire prendre : où est-ce qu’elle l’a obtenu ? A quelle fréquence en prend-elle ? Pourquoi ne me laisse-t-elle pas simplement enfermé dans la salle de bains, seul, en attendant que mes petites crises passagères ne passent ?

Une fois dans la cuisine, je laisse le soin à Kayla de mettre les filles à table et sors du frigo les restes de légumes de ce midi pour les faire chauffer au micro-ondes, puis y ajoute une tranche de jambon de dinde avant de les servir. On verra demain pour un plat maison, et quelque chose qui ressemble un peu plus à Noël qui approche. On fera les courses une autre fois. Ou on se fera livrer. J’évite soigneusement le regard de Kayla, luttant contre les sons extérieurs qui reviennent, forts à nouveau. J’ignore la durée des effets de ces bêta bloquants, ni même s’ils font effet. Nuna précise toutefois que Kayla n’aurait pas pris le risque de me filer des placebo en présence des filles. J’embrasse Louise sur le crâne pendant qu’elle pique ses premières bouchées, visiblement pressée de manger et d’aller dormir.

« Doucement, tu vas avoir mal au ventre. »
La voix de Nuna est étrangement plus douce avec les filles.
« Ça te dit qu’on se commande japonais et qu’on se pose sur le canapé ? »

Autrement dit, qu’on couche les filles et qu’on se retrouve seuls dans la même pièce sans plus aucune possibilité pour moi d’échapper à la discussion. Nuna m’observe attentivement, mais ses oreilles attendent la réponse de la jeune femme d’avantage encore.

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MessageVen 17 Nov - 0:14
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Date d'inscription : 22/11/2012Nombre de messages : 3263Nombre de RP : 157Âge réel : 23Copyright : Puissante (avatar) ; .TITANIUMWAY (signature) + Nora Roberts & Victor Hugo (citations)Avatar daëmon : Tatouage de phénix sur l'omoplate gauche. Un phénix qui s'enflamme.
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It consumes me
A nos instincts
Mali & Kayla

« Parce que c'est toi le seul à qui je peux dire
Qu'avec toi je n'ai plus peur de vieillir. »


Je savais que j'aurais droit à mon lot de questions. Il n'était peut-être plus qu'à moitié conscient, mais je savais qu'il ne laisserait pas passer ça. Je savais que ce serait inoffensif pour sa santé, j'en avais consommé pas mal il y a plusieurs années quand mon don était encore fort instable. Heureusement que Nuna avait été là pour le convaincre, je ne me sentais pas d'argumenter avec lui alors que nos deux filles étaient dans la même pièce. Si je m'étais sans doute un peu assagie, parfois je savais que je pouvais me laisser emporter. Je n'avais pas tellement changé. Enfin je crois.

Il grimace tandis qu'il boit l'eau et qu'il avale le comprimé. Oh, j'imagine que j'avais chauffé le verre sans le faire exprès. Dans l'empressement, je n'avais pas fait attention à mon don. Je ne pus que retenir une grimace. J'avais pu finir de laver les filles quand il revint enfin à lui. Son regard était plus clair, moins dans le flou et il semblait reprendre contacte avec la réalité. Un peu trop lentement au goût d'Elyana qui se demandait si Mali allait bien. Je souriais face à cette scène si mignonne. Il dit qu'il va bien, mais je sais que ce n'est qu'une façade. Je l'observe se relever, son visage se pose tellement de questions. Je sais que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'attaque son interrogatoire ; je préfère donc descendre avec la filles dans la cuisine. Tandis qu'il prépare à manger, je mets les filles à table. Je prépare leurs petites assiettes, des verres en plastiques et leurs petits couverts. Il me semblait que c'était encore hier que je leur donnais le biberon ...

Installée entre Louise et Elyana, j'observe Mali qui, lui, m'évite. Nous sommes déjà passé par ce stade de l'évitement. Je reconnais ce regard, ces gestes et cette tension qu'il a dans les épaules. Je m'enfonce dans ma chaise tout en surveillant les petites. Histoire qu'elles n'en mettent pas à côté, ce serait bien. Aucune envie de nettoyer ce soir, je dois dire. Elyana laisse échapper un bâillement en mangeant mollement son repas. Louise mange plus vite mais ses yeux trahissent sa fatigue. Ha, la marche, il n'y a que ça de vrai. Et un satané don qui ne cesse de m'épuiser. Tout ce contrôle quotidien était épuisant, un jour peut-être elles le découvriront. Mais je ne souhaitais à aucune d'entre elles d'avoir un don comme le mien.

Je suis perdue dans mes pensées. À vrai dire, je crois que je suis fatiguée et que la marche m'a été bénéfique. Peut-être que pour une fois je dormirais bien, sans interruption. Sans tous ces rêves dans lesquels je finissais par mettre le feu à quelque chose. Ou bien ces cauchemars que je faisais encore de temps en temps dans lesquels je me voyais brûler à cause d'une explosion. Ou alors, celui bien précis dans lequel je sens une partie du pouvoir qui était en moi embraser celui du big boss. Je savais que j'aurais pu faire pire si je m'étais relâchée. Je savais au plus profond de moi que mon don pouvait faire des ravages et c'est sans doute ce qui me terrifiait. Aujourd'hui, j'avais trouvé une certaine stabilité et mon don ne m'avait pas trop fait défaut. Sauf ses derniers jours. J'entendis soudain Mali me demander si ça m'allait si on commandait japonais et qu'on se pose simplement dans le canapé. Je pose mon regard sur lui et hoche la tête.

« Bonne idée, ça ne peut que nous faire du bien. »

Murmurais-je. Quoique, je n'étais pas sûre que ce soit une bonne idée. J'avais l'impression de nous voir, tous les deux, avant ce chocolat chaud. Altaïr ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en secouant la tête. Si ça ne tenait qu'à lui, bien plus direct, il aurait déjà transformé mes émotions en mots. Ou en acte. Puisque c'est ce qui nous faisait défaut, visiblement. Je crois qu'il en a marre de me sentir indécise, ou n'osant pas lui dire que, à chaque fois qu'il partait en Russie, j'avais peur qu'il ne revienne plus. Comme ce jour où il avait disparut dans un des mondes de Wolfgang. Mais je n'avais pas le droit de l'empêcher de partir, n'est-ce pas ? Malgré ma peur de l'avion, je n'avais pas le droit.

Du coin de l’œil, je remarque que les filles ont fini leurs assiettes et qu'elles sont bien moins bavardes que d'habitude. Je crois qu'une bonne nuit de sommeil s'imposait. Caressant leurs joues, je me remets debout et débarrasse la table avant de me tourner vers Mali.

« Tu n'as qu'à choisir, je n'y connais pas grand chose en japonais. Je vais coucher les filles en attendant. » Avant de me retourner, je ne peux m'empêcher d'avoir ce sourire de défi. « Évite de me prendre quelque chose qui pique trop, tu ne voudrais pas que le repas finisse en cendre ... »

Et ça, c'était dans le meilleur de cas. Je me souviens avoir déjà brûlé ma chaise parce que je la serrais trop fort tandis que ma gorge était en feu. Ceci dit, j'avais bien plus de maîtrise maintenant qu'à l'époque de ce petit incident. Enfin, c'était avant ma perte de contrôle. Je le laisse la dessus et prends les filles avec moi. Bien moins enthousiastes. Même leurs daemons font moins les fous. Je leur laisse aller dire au revoir à Mali et les emmène en haut. Je les laisse aller dans leur lit, et je vais les border une à une. Je n'ai pas besoin de rester trop longtemps, elles s'endorment bien trop vite. Je vois le daemon d'Elyana, transformé en chaton s'endormir près d'elle. Il lui tiendra chaud cette nuit. Je laisse les portes contre -je ne peux pas m'en empêcher- avant de me retourner vers les escaliers. Je me demande bien ce que cette soirée nous réserve. On va encore tourner autour du pot, et juste passer une bonne soirée comme deux amis passeraient une soirée. Est-ce ce que je veux ? Tu pourrais être surprise. Effectivement. Altaïr me ramène à la réalité et je prends mon courage à deux mains avant de descendre doucement les escaliers pour ne pas réveiller les filles. Je rentre dans le salon et me laisse tomber sur le canapé en regardant Mali.

« Alors, tu veux regarder quoi ? »

Histoire de meubler. On finira sûrement par zapper et ne rien trouver d'intéressant. J'enlève mes chaussures et ramène mes jambes en dessous de moi, comme si je n'avais pas envie de prendre trop de place. Qu'est-ce qu'on peut bien boire en mangeant japonais ? Dois-je prévoir de l'eau si jamais c'est trop piquant ? Altaïr me fait remarquer avec amusement qu'il y a une piscine juste à côté et que c'était bien plus pratique. Un bon point pour lui. Sur le côté, j'observe tristement le sapin qui trône dans le salon, nu, sans aucune décoration. J'ai hâte de le voir illuminé, de voir des étoiles dans les yeux des filles et d'avoir cette sorte d'excitation à l'approche de Noël. Un Noël en famille. Peut-être une vraie famille d'ici là, qui sait ? Alors que je regarde Mali s'affairer, j'entends la sonnette de la porte d'entrée. Déjà là ? Curieuse de voir ce qui m'attends, je me dépêcher d'aller ouvrir, trottinant presque pour arriver avant Mali. Victorieuse, je ramène la commande sur la petite table. Toutes ses odeurs m'ouvrent l'appétit et j'attends Mali, pour une fois, avant de commencer à déballer. On dirait un cadeau avant Noël.

Emi Burton
  
MessageVen 17 Nov - 13:29
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Ce qu'il nous faut quand le jour se lève, c'est que nos lèvres aient déjà leur chanson •• Jacques Brel




Je n’imagine pas ce que seraient nos vies sans les filles. Les repas n’auraient pas autant de saveur (ni de projections diverses d’aliments en tous genres), le silence serait de mise... et il n’est même pas certain que Kayla vive ici à l’heure actuelle. Avec tous les changements qu’elle a vécu, sa séparation désormais ancienne avec le père d’Elyana et tout ce qui tourne autour des événements du Conseil d’autrefois, j’imagine plutôt Kayla enfiler son sac à dos et partir loin de tout ça, si elle n’avait pas eu Elyana. Tout ce que j’ai, je le dois à la curieuse succession des évènements et aux malheurs qui nous sont successivement tombés dessus. Mon père dit toujours « un mal amène un bien ». Autrefois, je riais avec lui en dessinant le portrait d’un vieux barbu sage qui essaie par des phrases philosophiques de mener son enfant sur le bon chemin. Alors il riait avec moi, autrefois. Ses sourires se font rares à présent. Je sais qu’il a raison, sur le fond. Sans la tentative d’enlèvement de Louise il y a deux ans, sans l’écroulement du Conseil et sans cette visite dans l’Autre monde, je n’aurais jamais eu la chance d’avoir Kayla à la maison. En allant plus loin, sans l’accident de voiture qui m’a arraché une partie de la jambe, sans les compétitions sportives il y a des années de ça, sans le déménagement à Merkeley après y avoir obtenu bon gré mal gré un poste d’enseignant sportif, sans la surcharge alcoolisée de Kayla un soir près du stade... Tout ça serait aussi illusoire que les deux semaines d’Enfer que j’ai vécues à cause de Wolfgang. Tout ce que Kayla amène de bon dans cette maison ou en moi a son lot de sacrifices et de compromis en amont. Comme cette histoire de pilule étrange qu’elle m’a donnée tout à l’heure et pour laquelle je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui demander AVANT ce dont il s’agissait, et la raison pour laquelle elle en avait à disposition alors que les effets sont considérables. Je ne sens plus le tourbillon noir et fredonnant s’agiter dans mon esprit. Les feuilles retombent doucement, avec le calme et la sérénité que nous offre un repas avec les petites exténuées. Je relève mes yeux vers elle, loin d’être intéressé par le contenu de l’assiette des filles, en équilibre sur trois pieds de la chaise au lieu de quatre. Un enfant.

« Je commande. »

A l’évocation d’un repas en tête-à-tête sur le canapé avec elle, j’ai froid autant que j’ai chaud, et je crains cette éventualité autant que je l’ai cherchée. Ces dernières semaines n’ont pas été propices à un quelconque dialogue sérieux avec Kayla, et je m’en veux de la laisser en eaux troubles alors qu’elle vit sous le même toit que nous et que je change aussi les couches de sa fille. ... quand nous sommes là. Las, je la laisse prendre les filles et m’occupe de débarrasser la table avant de commander via mon téléphone deux repas complet avec boissons et baguettes, avec un sourire en coin en pensant à la dextérité de Kayla avec ces deux bouts de bois.

Je te parie une glace qu’elle en brûle une.
T’es mauvais!


Les bruits de pas de Kayla en haut se sont arrêtés, elle doit être en train de les mettre au lit.

Elle brûle les deux. Une glace avec supplément chocolat.
Vendu

Avec un regard triste pour le sapin qui n’attend que ses décorations et ses lumières, je range un peu le salon, accroche ma veste qui traînait sur le dossier du canapé pour la mettre au porte-manteau de l’entrée, et passe un coup d’éponge sur la table basse. Je suis dans l’incapacité de me projeter rien qu’à demain matin parce que j’ignore comment va se passer cette soirée. Impossible et hors de question de faire marche arrière. Ça fait des semaines que ça dure, par ma faute. Par ces incessants allers-retours à Saint-Petersbourg pour aider mon père à régler quelques affaires politiques, aider ma mère à prendre sa retraite artistique, et joindre les deux bouts en terminant les actes d’achats d’une seconde galerie d’art à Moscou. Avec le recul, il est évident qu’il s’agit de manœuvre nous assurer une vie tranquille à Louise et moi, mais la culpabilité prend le dessus. Et j’ai la quasi-certitude que le « nous » comprend aussi Kayla, Altaïr et Elyana.

Lorsqu’elle redescend dans le séjour, je pousse Nuna avec la jambe pour qu’elle s’enlève de mon chemin et m’évite son regard amusé (bien qu’elle ne m’épargne pas le flot de ses pensées concernant le petit sourire en coin qui s’est visiblement flanqué au coin de mes lèvres pendant que l’escalier en colimaçon me permettait d’observer une fraction de seconde ses fesses.

« Je te laisse le contrôle total de la télécommande.. tant que tu la fais pas fondre »

Pourquoi s’en priver ? Je m’installe à mon tour dans le canapé après avoir attrapé une énorme couverture douce que je nous installe sur les genoux par réflexe, alors que je sais pertinemment que Kayla est un radiateur vivant à elle seule. Surpris par la rapidité de l’intervention de la sonnette à la porte, je la laisse aller ouvrir et en profite pour aller à la cuisine prendre deux verres et une fourchette en métal –histoire de tenir le pari avec Nuna, qui est allée sortir dans le jardin pour profiter de ce qu’il reste de la lune entre deux lambeaux de nuages blancs. Presque crème. On dirait presque qu’il va neiger demain.

Une fois revenu auprès de Kayla et avec la couverture uniquement sur mes genoux, je plie ma jambe pour la mettre sous mes fesses en laissant trainer devant nous et sous la table basse la prothèse, habitué à ce genre de positions peu confortables.

« Tu as le bonjour de mes parents »

Au bout du troisième aller-retour, ils ont logiquement voulu prendre des nouvelles de celle qui partage mon toit. Celles qui partagent notre toit plus exactement. J’ouvre la première boite de sushis à partager et tend ses baguettes à Kayla en me retenant au mieux de sourire.

« Je suis plus à la page du tout concernant les dernières nouveautés en termes de films, alors je te fais confiance. » De toute façon je ne vais regarder qu’à moitié, entre les sushis et toi. « J’ai entendu parler d’une série un peu bizarre sur des gamins qui se retrouvent un peu contre leur gré à découvrir un autre monde, mais je sais pas ce que ça vaut. »

Et je ne suis pas certain de vouloir aller visiter un autre monde encore.

« Sinon on met Titanic.
J’éclate de rire, et manque de peu de renverser ma sauce.
- Pour l’amour du ciel Mali si tu mets ça je te parle plus pendant deux semaines !
- T’es vraiment sans Coeur, pauvre Jack...
- Rien du tout, il y avait de la place pour deux sur ce truc. T’es pas d’accord avec moi Kay ? »

Les baguettes dans une main, je lève les deux dans les airs.

« Oui mais non, je lutte pas seul contre vous deux. »

J’avale un premier sushi trempé dans la sauce, et appuie plus confortablement mon dos contre le dossier confortable du canapé.

« J’ai beaucoup de questions à te poser par rapport à ce que tu m’as donné tout à l’heure, mais j’ai envie de passer une soirée tranquille, donc ça attendra demain, ou plus tard. Mais sache que j’approuve vraiment pas ce truc quand bien même ça nous a peut-être sauvé la mise tout à l’heure. »

Mes yeux fixent la télé qui attend que la série se lance, mais je suis dans le vague.

« Ça fait (je mâche) un mois qu’on a pas eu le temps de se poser à cause de mes allers-retours chez mes parents. »

Une évidence dont elle a déjà connaissance, il faut argumenter. Parce que ça fait aussi un bon mois qu’on s’est réveillés dans le même lit et qu’on n’a toujours pas posé de mots là-dessus. Un autre sushi fait les frais de mon appétit.

« Je tiens à m’excuser pour ton travail, c’est de ma faute s’ils ne t’ont pas gardée. Silence. J’ai été au téléphone avec la propriétaire du Ranch près du Madison Park, elle cherchait une personne pour l’aider pour les sorties pédagogiques avec les enfants. C’est à quelques kilomètres plus au Sud mais je me suis dit que ça t’intéresserait peut-être. Je lui ai parlé de toi et elle veut bien te rencontrer. C’est rien d’acté pour le moment, je préférais t’en parler avant, pour m’excuser d’avoir été aussi peu présent dernièrement. »

Je repose un instant mes baguettes, me plonge dans son regard, et reprends.

« T’as pas le droit de dire non, c’est la première partie de mon cadeau de Noël. »

©️ GASMASK

  
MessageLun 27 Nov - 1:56
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Mali & Kayla

« Sans toi je ne suis plus tout à fait moi. »


Sans les filles, c'était tout de suite plus calme. Pas de cris, pas de rire, pas de pleure non plus. Je les adorais, de tout mon coeur, mais parfois j'avais vraiment besoin de silence et de moments pour moi. Pour nous, même si nous n'étions pas vraiment quelque chose. Mali et moi sommes une sorte de famille, pas vraiment traditionnelle. Il est vrai que lorsqu'on nous voit ensemble, les gens ont tendance à nous penser en couple, mais ce n'était pas vrai. On ne sait pas parler de nos sentiments. Si seulement il a des sentiments pour moi. Je sais depuis un certains temps que je le considère comme plus qu'un ami, je ne sais juste pas comment lui dire. Et je ne sais pas ce qu'il ressent. Est-ce qu'il ne voit plus personne parce que je suis constamment chez lui ? Ridicule. Est-ce qu'il attend que je parte de chez lui ? Je sais que c'est faux, parce qu'il m'a proposé il y a quelques semaines de rester chez lui. Mais si il regrettait ? Je me pose bien trop de questions, et beaucoup n'ont pas de réponses. Enfin, jusqu'à ce que je me décide de lui dire de but en blanc ce que je ressens. Jusqu'à ce qu'on se décide à ne plus se comporter comme des adolescents qui découvrent l'amour.

A ma décharge, c'était allé très vite avec Esteban, et je n'avais pas bien fait attention à mes sentiments. J'avais été aveuglée par son charisme, ou peut-être le charme dont il savait bien jouer. Aujourd'hui, je me méfiais un peu plus évidemment, je ne voulais plus me retrouver seule, même si je ne l'ai jamais vraiment été grâce à Mali. Et pourtant, je sais au plus profond de moi-même que j'ai bien plus de sentiments pour le russe que pour l'italien. Altaïr me répétait sans cesse de me lancer, qu'il était sûr que l'ex cadre avait aussi peur que moi. La peur pouvait être dévastatrice. Sauf que nous étions toujours là, à nous tourner autour, sans vraiment oser mettre un terme à ce petit jeu. J'étais là, à regarder la table distraitement quand il me lança la télécommande, me donnant donc son contrôle total tant que je ne la faisais pas fondre. Il attaque si vite que je hausse les sourcils tout me demandant s'il veut vraiment jouer à ça maintenant.

« C'est toi que je vais faire fondre, si tu commences comme ça ! »

Lui dis-je, un sourire en coin. Puis je remarque que mes paroles peuvent être à double sens, sans vraiment que je ne le veuille. Ce n'était pas le but. Pour cacher mon trouble, je lui lance à la figure la première chose que j'ai sous la main : un oreiller. J'allume la télé, baissant un peu le son pour ne pas réveiller les filles. Pendant ce temps là, Mali s'installe à mes côtés, étalant une couverture sur nos jambes. Je ne sais pas comment il faisait pour oublier que je n'avais théoriquement pas besoin de pull ou de couverture. Je ne sais pas comment les autres vivaient avec ma chaleur à leur côté, j'avais toujours bon. Je ne peux m'empêcher de me laisser tomber contre le dossier, près de lui. La soirée promettait d'être intéressante. Je ne m'ennuyais jamais avec lui.

Les plats sont à présent étalé sur les tables et je me retrouve avec deux baguettes en main. Mais comment voulez-vous manger avec ça ? Je fronce les sourcils, observant ces engins, perplexe. Mali semblait savoir y faire avec ces trucs là, mais moi j'étais incapable de manger correctement avec ça. Altaïr me dit soudain que le russe et la biche ont parié que je brûlerais les baguettes. J'aperçois la fourchette que Mali avait sûrement préparé pour une bonne raison. Je pointe les baguettes vers lui, l'air inquisiteur avant de les poser doucement à mes côtés.

« Je ne voudrais pas que l'un de vous perde son pari. »

Lui dis-je, l'air innocente, tout en prenant la fourchette. Altaïr se dépêche de sortir à la suite de Nuna pour prendre l'air. Je finis par tremper légèrement un sushi dans la sauce avant de renifler légèrement. Ça ne sentait pas mauvais, finalement, mettant la nourriture en bouche. Mali me dit soudainement que j'ai le bonjour de ses parents. Je ne les avais jamais vu, mais je savais qu'ils avaient veillé sur Elyana pendant mon séjour en prison. Je savais que Mali était très proche de ses parents et j'admirais ça. Si j'aimais ma mère de tout mon coeur, je n'avais pas repris contacte avec elle depuis quelques années. Elle ne savait pas qu'elle avait une petite fille. Elle ne savait pas ce qui s'était passé depuis que j'avais quitté la maison. Elle ne savait pas que j'avais dirigé un mouvement rebelle, ou encore fais de la prison. Elle ne savait pas non plus que le père de ma fille s'était lâchement enfui. Je me promettais de l'appeler dans quelques jours, et d'essayer de lui rendre visite. Je lui devais bien ça. Il fallait qu'elle voit sa petite fille un jour. Qu'elle sache avec qui je vivais et quelle était ma situation. J'avais tant de choses à lui, c'était de ma faute. Je n'avais pas voulu l'inquiéter avec tout ce qui m'était arrivé ... Je finis par sourire à Mali.

« Tu leur remettras mon bonjour également. » Puis je réfléchis avant de continuer. « Il faudra un jour que je les rencontre pour les remercier ... pour Elyana. »

Lui dis-je, sérieusement. Je n'avais aucune intention de le forcer, mais j'aurais aimé qu'ils sachent que je leur étais reconnaissante pour ce qu'ils avaient fait. Je mange une autre bouchée d'un sushi, l'air de rien. Si je ne cessais de lancer des paroles comme ça ce soir, il allait se douter de quelque chose. Altaïr avait beau me dire qu'il était temps, je ne l'écoutais pas. Je n'avais pas envie que ça se passe comme ça. D'un autre côté, les piques, les blagues, c'était nous. Pas beaucoup de grands discours ou de sentiments dévoilés. Et j'appréciais ça, c'était devenu nous. Il m'avoue ensuite qu'il n'est plus du tout au courant des nouveautés à la télé et pourtant, il semble bien plus au courant que moi d'une série. Ah, les gamins dans cette série fort populaire pour le moment ... Je réfléchis au nom un moment. La télé ne m'intéressait pas plus que ça, je n'étais donc vraiment au courant. Sauf du nom de la série. Enfin je crois.

« Ah, Stranger Things, quelque chose comme ça non ? »

Je n'attends pas sa confirmation pour mettre la série sur la télé. Je suis à peu près sûre que c'est ça, et en plus, je ne pense pas qu'on va beaucoup regarder la télé. Je finis mon deuxième sushi avant de poser ma fourchette et m'appuyer contre le dossier. Je me laissais le temps de digérer. Il propose ensuite de mettre Titanic. Tiens donc, quel choix étrange. Je ne peux m'empêcher de sourire quand il rigole, observant les petites rides à ses yeux, lui donnant ce charme que je ne pouvais plus nier. Mais Nuna s'en mêle, arguant qu'elle ne lui parlera plus pendant deux semaines si on fait ça. Pauvre Jack oui ... Et la biche me mêle à leur sujet de dispute, me demandant mon avis sur la fameuse question qui fâche. Y avait-il de la place pour deux ? J'avais été triste pour Jack mais d'un autre côté, j'étais d'accord avec Nuna. Et puis surtout, je faisais preuve de solidarité féminine. Mali faisait rarement le poids contre nous deux.

« Je suis sûre qu'il aurait pu y monter oui ! A moins qu'il était trop lourd ... »

Dis-je en faisant semblant de réfléchir. Les images défilaient sur la télé et pourtant, je n'arrivais pas à me concentrer dessus. Je me sentais stressée tout à coup. Mon attention est détournée vers Mali quand il commence à me dire qu'il n'approuve pas ce que je prends et ce que je lui ai donné même si ça a pu faire en sorte qu'il ne se transforme pas. J'inspire longuement. Je savais qu'il allait revenir la dessus. Comment lui dire que ces médicaments ont sauvé des vies ? Je me tourne un peu vers lui, l'air sérieux.

« Je ne t'aurais jamais donné n'importe quoi. Ces médicaments m'ont déjà empêché de brûler tout et n'importe quoi. Pour l'instant mon don est plus instable que jamais et je ne veux prendre aucun risque. J'arrêterais d'en prendre quand je serais sûre de ne plus être un danger pour ma famille ou pour les gens qui m'entourent. »

C'était clair et net. Je tenais à être réglo à propos de ça avec lui. Je n'étais pas une droguée, loin de là, et je savais me passer de ces pilules. Parfois il fallait juste reconnaître je ne pouvais pas m'en sortir, que je ne contrôlais pas toujours mon don qui n'a jamais vraiment été stable. On ne peut pas demander au feu de se calmer sans qu'il ne s'éteigne. Et le feu en moi ne s'éteindra que lorsque je mourrais. Je devais m'habituer à vivre avec cette puissance en moi. Ce n'était pas pour autant que je souhaitais mettre la vie de ma famille en danger. Il me dit ensuite que ça fait un mois qu'on ne s'était plus posé. Je pique un sushi distraitement attendant la suite, parce que je sais qu'il y a une suite. Je ne m'y attends juste pas. Il s'excuse de m'avoir fait perdre mon travail, me dit qu'il a trouvé un ranch et pratiquement un boulot pour moi. Je manque de recracher mon sushi qui passe mal. Je tousse avant de le regarder.

« Mais ce n'est pas de ta faute ... Je me voyais mal être vendeuse toute ma vie de toute façon. » J'essaye de lui arracher un sourire. Je pose une main sur son bras. « Mais merci, je la contacterai alors, on ne sait jamais ! »

Elle voulait bien me rencontrer, mais voudra-t-elle engager une ex rebelle qui a fait un séjour en prison pour avoir soit-disant fait des expériences sur des enfants ? J'étais perplexe, mais qui ne tente rien n'a rien, n'est-ce pas ? Il rajoute alors que c'est la première partie de son cadeau de Noël. Je fronce les sourcils.

« Et c'est quoi la seconde partie alors ? » Je prends les baguettes avant de faire semblant de le menacer avec. « T'as pas le droit de te taire ! Tu as commencé, tu finis ! »

Il était hors de question que je n'ai pas de réponse à cette question. J'avais envie de lui parler, de lui dire qu'il fallait qu'on mette les choses au clair une bonne fois pour toute, mais pour l'instant, ce n'était pas le bon moment. Je ne voulais pas le freiner dans ce qu'il avait à me dire, j'attendrais patiemment mon tour. Si tant est que j'ose encore m'exprimer par la suite.

Je le vois m'observer, son regard dans le mien et j'en viendrais presque à rougir. Presque. Je me retenais avec difficulté, ne lui offrant qu'un sourire un peu timide. Je me redresse, remettant mes jambes en dessous de moi. Je sens même que mon genoux touche le sien, mais je ne le retire pas pour autant. J'avais déjà fait plus que de toucher son genoux. Je me penche pour piquer un autre sushi histoire d'occuper mon esprit en attendant qu'il me parle de sa seconde partie de cadeau de Noël. J'avais peur mais j'étais excitée en même temps. Que pouvait-il bien me réserver de plus beau qu'un chien et un nouveau boulot ?

Emi Burton
  
MessageLun 27 Nov - 11:53
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Date d'inscription : 09/10/2013Nombre de messages : 1546Nombre de RP : 379Âge réel : 26Copyright : solosand (sign) / sweet disaster (av)Avatar daëmon :
Mali A. LeonidovLife is a biche
à nos instincts
Ouvrez vos livres s'ils vous apprennent à hésiter
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Est-ce qu’on doit lui dire, qu’on a déjà commencé à fondre ? Pour toute réponse à ma décharge, je n’ai qu’un faible sourire un peu déconfit, un peu incapable de lui répondre, figé dans ce mutisme sentimental qui nous caractérise si bien. Cela se compte en mois, en années, durant lesquelles Kayla a progressivement fait chauffer, puis fondre, l’immense couche de glace sibérienne qui recouvre non pas les sols gelés de la toundra, mais le sol gelé de mon cœur. On se croit de marbre face à une femme, chose possible lorsqu’il ne s’agit pas de Kayla. Que pouvait le gel face à une flamme pareille ? Qu’est-ce que j’ai seulement espéré face à elle, m’imaginant supérieur hiérarchiquement et sentimentalement, croyant dur comme fer qu’elle serait incapable de réveiller la petite flamme prête à mourir, étouffée dans un bûcher cendreux de quelques années que je n’avais pas cherché à rallumer depuis l’accident, depuis Iryna. Il y avait certes eu un battement de cœur puissant à l’égard d’Elisabeth, une autre sorte de flamme irrésistible, mais nos deux caractères étaient définitivement incompatibles et n’avaient pas permis la moindre concrétisation : Louise elle-même n’avait pas suffi à nous souder. Elle n’avait pas empêché les cris, les gifles et les briques en plein visage, laissant une entaille aujourd’hui discrète mais bien visible parmi mon sourcil droit, près de la tempe. Alors que les traces laissées par Kayla n’ont pas la saveur amère du remord ni la consternation cuisante de l’échec. Chose exceptionnelle : je n’ai rien raté avec elle. Pour le moment.

« Un pari ? Quel pari ? »

Même en jouant l’innocent, je coule vers l’étalon un regard accusateur, le même que Nuna (avec son air adorable et ses immenses oreilles qui se tournent vers l’arrière avec curiosité, à l’écoute des vociférations légères de Nuna). Espèce de vendu. Kayla n’aurait de toute façon jamais été dupe. Elle ne se laisse pas intimider ni leurrer par les non-dits et nos bêtises. Elle comprend parfaitement les phrases qui se cachent derrière celles qui font rideau.

« C’est pas la question, je sais que tu fais ce que tu peux. » Le ton était peut-être un peu dur. « Et j’en suis au même point que toi. Sauf que j’ignore ce qu’il se passe depuis que je suis rentré, mais j’ai l’impression que c’est encore plus difficile qu’avant. Et il est hors de question de mettre les filles en danger. »

Surtout qu’un danger peut-être un révélateur de don, et qu’on ne connait pas encore celui d’Elyana ni de Louise. Si sa fille a pris les mêmes caractéristiques, je ne donne pas cher de cette maison.

« Il faut qu’on se mette d’accord sur un point : si on sent que ça ne va pas et qu’on n’a rien pour calmer les effets dans l’immédiat, on sort de cette maison dans la mesure du possible. »

Cela suppose de faire confiance aux filles, d’être capable de les laisser seules quelques minutes pour leur bien, de faire confiance à Altaïr ou Nuna alors que nos capacités psychiques sont endommagées à court terme, ou d’appeler Kelly en urgence. Mais pour la majeure partie du travail, cela suppose avant tout de faire confiance à Kayla.

Je reste relativement stupéfait à l’idée énoncée de rencontrer mes parents. Très officialisant alors que je suis incapable de lui dire que je connais très bien la raison pour laquelle je lui ai proposé de rester vivre chez nous.

« Toi je t’emmène seulement si tu promets de pas faire fondre toute la ville. Elle ne serait pas si étrangère, cette flamme parmi les tours rougeoyantes des palais, entre leurs toits d’or et la glace des pavés. J’avais promis à Louise que la prochaine fois que j’y retournais, ce serait avec elle. »

Coup de menton en direction de l’escalier, duquel aucun bruit ne filtre : les filles dorment à poings fermés.

« Mais si vraiment (j’insiste sur ce mot) il faut t’y emmener aussi, alors c’est d’accord. »

J’ignore quelle sera sa réaction en voyant le manoir, le bois qui l’entoure, les daëmons de mes parents et les immenses pièces recouvertes de tableaux étranges, la plupart représentant les divers animaux qui ont été présents dans ce manoir grâce à la variété offerte par mon don. Qui a l’époque avait l’innocence et la naïveté de l’enfance. A l’époque qui se limitait aux renards polaires, oursons et hérons cendrés.

« Tu sais, elle n’a pas fait ça pour Elyana. » Mais pour elle. Enfin, pour nous : pour ce qu’elle a cru comprendre que Kayla représentait pour moi. « Elle me tannait depuis l’adolescence à vouloir être une mamie gâteuse pour ses petits enfants et voulait presque que je fasse assez d’enfants pour monter une équipe de foot plus tard. »

Je ris de l’image que cela donnerait. On a déjà assez de mal à faire des nuits complètes avec les filles, qui font pourtant leurs nuits et sont adorables.

« Mais j’ai déjà hâte de voir ce qu’il en est avec les filles. »

Mes yeux longent le cou gracile de Kayla et sa peau dorée. Je souris en même temps que je repose ses baguettes, prenant volontairement le temps de mâcher pour la laisser mariner.

« Tu t’imaginais vraiment que j’allais te dire la seconde partie maintenant ? Naïve. Provocation. Pour la peine ça attendra au moins demain, je ne voudrais surtout pas rater un moment important de la série. »

Manque total de crédibilité : il s’agit pour le moment du générique, et je n’ai pas particulièrement l’intention de suivre véritablement ce qu’on vient de mettre à la télé. Télé qui n’est d’ailleurs allumée généralement que pour les filles, le matin, une poignée de minutes. Je préfère aux médias modernes la possibilité de stimuler sa créativité par le dessin ou les sorties en plein air. Ce qui peut d’ailleurs expliquer la reconversion récente dans laquelle je me suis lancé. Je tire la couverture un peu plus sur mon restant de jambe, dévoilant à demi le second frôlé par celui de Kayla. Ce seul contact ne suffira pas à me faire perdre mes moyens, mais je n’en affiche pas moins un air satisfait en posant volontairement ma main libre sur sa cuisse, à cause de laquelle le changement de température fait frémir ma peau et provoque chez Nuna une vague de satisfaction.

J’ai trouvé mon cadeau de Noël.
Sans me cacher derrière le fait que ce soit le premier Noël de Louise en famille, je voudrais qu’il soit spécial. Je tends l’oreille, mais les filles ne bronchent pas. : on se retrouve définitivement seuls avec Kayla, et je sens même que Nuna a atténué le contact entre nos deux esprits pour me laisser dans ma bulle.

Maintenant que nous sommes en plein dans l’instant de solitude que je redoutais à ses côtés, autant y rester et prendre racine un petit moment. J’ai lâché ma fourchette, le plateau de sushi est sur la table et mon coude posé sur le dossier du canapé, installé face à elle.

« Est-ce qu’on est d’accord pour dire que maintenant qu’on a enfin un moment et que les filles ne risquent pas d’entendre, on peut parler de ce qu’il s’est passé quand je suis revenu ? »

La fameuse prise de racine. Je n’attends pas forcément de réponse.

« Je suis resté un bon moment convaincu qu’on avait vraiment merdé et que pour le bien des filles, c’était hors de question que ça se reproduise. »

Parce que j’étais persuadé qu’elle ne devait être qu’une amie et qu’une marraine pour Louise, rien de plus, rien de gênant. Rien qui ne puisse mettre notre relation en danger. J’avais initialement proposé mon toit seulement pour la dépanner. Et puis...

« Sauf que depuis, à chaque fois que je me suis retrouvé seul avec toi, j’avais envie de recommencer. Aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Je possède bien plus de contrôle à son égard qu’envers mon don. Et ça commence à être difficile de me dire, à chaque fois que je te croise, que j’ai rien le droit de faire juste pour la bienséance »

Je retire ma main de sa cuisse, gêné par la chaleur qu’elle dégage.
Il faut que tout soit clair.

« Le problème, c’est que j’ai aucune idée de ce que toi tu veux, et ça m’aiderait beaucoup à pouvoir me passer de ta permission pour faire ça. »

La main qui a quitté ma cuisse remonte le long de ses côtes, jusqu’à se glisser dans son cou, puis sa nuque encore plus brûlante que sa cuisse. Rien à voir, néanmoins, avec l’incendie naissant de ses lèvres que je viens d’aller chercher avec les miennes, et qui anime d’un feu vif l’intégralité de mon estomac.

Je jurerai presque avoir senti la chaleur dans mes deux pieds alors qu’il ne m’en reste qu’un. Si la douleur fantôme se résume à ça, je signe.

« Ça, et le reste. »

©️ GASMASK

  
MessageSam 2 Déc - 0:11
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Date d'inscription : 22/11/2012Nombre de messages : 3263Nombre de RP : 157Âge réel : 23Copyright : Puissante (avatar) ; .TITANIUMWAY (signature) + Nora Roberts & Victor Hugo (citations)Avatar daëmon : Tatouage de phénix sur l'omoplate gauche. Un phénix qui s'enflamme.
Kayla P. LaneFire burns into me
It consumes me
A nos instincts
Mali & Kayla

« Tu veux prendre ces lèvres, tu veux goûter sa peau ... »


Altaïr a l'air fier de lui, même le regard de Mali ne peut rien changer. Il ne participait pas beaucoup mais rien ne lui échappait. Il était toujours le plus calme des deux, il tempérait mon caractère à la perfection. Il pointe les oreilles en avant, offrant un air innocent à Mali. Je ne peux m'empêcher de sourire. Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour apprécier Mali, ou du moins, le tolérer. Nous l'avions rencontré il y a quelques années, avant que tout ne parte en cacahuète. S'il ne l'avait pas rejeté après que Esteban soit parti, c'est parce qu'il lui faisait confiance. Parce qu'il avait été là pour moi, bien plus que l'autre dont il ne voulait plus entendre parler. Il aimait bien être ici, et moi aussi. Après tout ce que j'avais vécu avec Mali, je n'avais plus envie de partir. Il avait été une seconde famille pour moi, bien plus que le père d'Elyana qui n'avait été qu'une passade. J'aimais ce que je ressentais quand je le regardais. Ces papillons dans le ventre ou encore son regard et ses petites ridules que je trouvais absolument charmantes. J'aimais le voir râler -souvent en russe-, l'entendre marmonner dans sa barbe. Je trouvais ça drôle quand il devenait monsieur perfectionniste. Je n'avais rien à lui reprocher. Mieux, j'aimais nos échanges et nos piques. J'avais détesté ces moments pendant lesquels nous nous étions évités.

Comme ces semaines après l'incident. J'avais pu mettre enfin des mots, des sensations, des sentiments sur ce que je ressentais. J'avais pu être ma plus grande peur. Et si tout ça nous avait éloigné ? Ça aurait été une possibilité. Après tout, je ne savais pas ce qu'il pouvait bien ressentir pour moi. J'étais son amie, la marraine de sa fille. Étais-je censée être autre chose ? Est-ce que cela marcherait ? Je m'étais posé énormément de questions et même après le chocolat chaud, ce n'était pas encore clair. Quand il partait en Russie, j'avais toujours une petite appréhension, et pas parce qu'il prenait l'avion. Est-ce qu'il reviendrait ? Je n'aimais pas être seule chez lui, même s'il m'avait proposé de vivre avec lui. J'avais du mal à dire notre maison, parce que je savais pas encore quelle position je tenais dans cette maison. Un jour, je finirai peut-être par le savoir. J'avais décidé de vivre au jour le jour. Nous finirions bien par faire quelque chose.

Il me dit qu'il sait que je fais ce que je peux avec mon don. Vivre avec ça n'était pas toujours facile. J'avais des petits moments de répits de temps en temps, comme maintenant. Je ne souffrais pas trop. Je savais que si je relâchais ce contrôle permanent, ou que je ne prenais pas ces pilules pour le moment, je pourrais faire un vrai carnage un peu partout dans la ville. Je savais que je n'avais pas encore découvert tout mon potentiel, et je n'étais pas sûre de vouloir le découvrir. Alors je le bridais, purement et simplement. En espérant que ça ne fasse pas pire que bien. J'avais aussi l'impression que c'était devenu pire depuis quelques temps, et je ne comprenais pas pourquoi. Je n'avais pourtant rien changé ... Quand à mettre les filles en danger, mon point de vue était plutôt clair. Hors de question de les mettre en danger. C'est bien pour ça que je m'aimais des médicaments. Seule, je ne pouvais pas y arriver. Je ne tenais pas à les voir souffrir par ma faute, ou à ce qu'elles me voient souffrir. Mali continue en demandant que l'on se mette d'accord sur le fait que si on ne contrôle plus rien, on devait sortir de la maison dans la mesure du possible. C'était plutôt évident. J'espérais que ça n'arriverait jamais.

« Évidemment ! »

Comme si ce qu'il me demandait était une évidence. En fait, c'était une évidence. Je n'aurais pas attendu son discours presque moralisateur pour sortir de cette maison. Et même si je restais près de la maison, je n'étais pas sûre qu'elle soit épargnée de mon don. Qui sait ce que je peux faire quand je perds vraiment le contrôle ? Même moi je n'en suis pas sûre ... Moi-même j'en ai parfois peur.

Il me fait ensuite promettre de ne pas faire fondre toute la ville s'il m'emmenait en Russie. Je souris et rigole. Il me dit également qu'il avait promis d'y retourner avec Louise. Je ne pouvais pas l'empêcher d'y retourner. Elle devait voir ses grands parents au moins une fois. Le voir aussi proche de ses parents me fait culpabiliser. Il faut que je l'appelle. Demain. Altaïr me promet de me le rappeler et je sais qu'il le fera.

« Hé, ta maison est toujours debout, non ? »

Dis-je en souriant, l'air innocente. Je n'y avais juste pas encore mis le feu pour le moment, c'était déjà ça ! Je n'avais pas vraiment fait attention au fait que je l'appelais encore sa maison, et non la nôtre. Je n'étais jamais sûre, et j'avais bien du mal à employer les bons termes. Enfin, peut-être qu'un jour je visiterai sa maison d'enfance, son pays natal. Ce n'était pas pressé, loin de là. J'étais juste curieuse. Par contre, je n'étais pas sûre de ne pas pouvoir faire fondre la neige qu'il pourrait y avoir la bas. Il fallait que je coupe pratiquement mon don si je voulais pouvoir toucher la neige ou même m'en approcher. La chaleur que je dégageais parfois ne me permettait pas de finir blanche comme neige. C'est l'étalon qui devenait blanc à ma place. Rien qu'à ce souvenir, j'en souriais. Altaïr atténua le contact en râlant. J'avais toujours pensé qu'il ressemblait à un bonhomme de neige en forme de cheval tout couvert de blanc. Il n'avait jamais apprécié la blague. Mali me ramène à la réalité en m'annonçant qu'il était d'accord pour m'emmener, mais s'il le fallait vraiment. Hochant la tête, j'ai presque envie de trépigner. Je lève légèrement ma main vers lui.

« Je ne t'oblige à rien, j'ai juste toujours voulu voyager et découvrir la Russie me paraît intéressant. »

Menteuse. Il fallait vraiment qu'il arrête de me traiter de menteuse. En effet, mon envie de voyage n'était pas uniquement pour découvrir la Russie, mais aussi pour voir d'où il venait et peut-être même découvrir sa vie avant de l'avoir connu. Je me rappelle de lui à l'université, toujours boudeur, fermé à toute possible relation, même amicale. Si je me projette dans le passé, je dirais que notre relation a énormément évolué. Que peu à peu, il s'ouvrait un peu plus à moi, et puis moi aussi. J'avais gagné en maturité en le côtoyant -si si. Et si je l'avais cru par rapport à Esteban, en serait-on là ? Aurais-je poursuivi ma route à ses côtés ou serais-je partie ? Je crois que je ne pourrais jamais répondre à cette question, parce que je ne me voyais pas autre part qu'ici, à ses côtés.

Il me dit que sa mère ne s'est pas occupée d'Elyana pour rien. Qu'elle voulait apparemment beaucoup de petits enfants. Je souris. Ma mère n'était pas si différente au fond. Sauf qu'elle n'était pas daemonienne, et je ne voulais pas l'exposer aux possibles pouvoirs des filles. J'avais déjà peur de lui faire du mal, mais tant qu'on ne savait pas à quoi on devait s'attendre, je ne préférais pas la laisser seule avec les filles. J'avais juste voulu la protéger. Je mentais un peu en disant cela. Je n'avais juste pas envie qu'elle voit, qu'elle se rende compte de toute la souffrance quand j'avais pu endurer depuis que j'étais arrivée ici. Même s'il y avait beaucoup de moments de joie, elle ne retiendrait que ça. Je ne voulais pas lui faire de la peine.

« Ma mère voulait presque autant de petits enfants. » Murmurais-je, un peu perdue dans mes pensées. Je me reprends rapidement. « Et bien, t'as encore quelques enfants à faire alors ! »

Dis-je en ricanant. Il deviendrait fou avec un enfant en plus. Néanmoins, je devais avouer qu'il gérait bien en tant que père. Il gérait pratiquement tout ce qu'il entreprenait. Mais imaginer Mali avec un enfant ou deux en plus me faisait sourire. Je lui imposais déjà la présence de ma fille, qu'il élevait comme la sienne, c'était sans doute bien suffisant pour lui. Et pour moi aussi. Il dit avoir hâte de voir ça avec les filles et je ne peux qu'hocher la tête, en accord avec lui sur ce point.

Je le regarde déposer mes baguettes. Je fronce les sourcils tandis que j'attends ma réponse. Si je ne l'ai pas, je vais devoir la lui arracher. Mon esprit en imaginait, des deuxième partie de cadeau. Je n'arrivais pas à savoir ce qu'il pouvait bien mijoter, parce qu'il cachait bien ses secrets, surtout quand il ne voulait pas que je le sache. Comme avec le chien. Je le regardais avec insistance mâcher tranquillement. Je sais qu'il savoure ce moment. Et évidemment, il me donne une fausse joie en me demandant s'il croyait vraiment qu'il me l'avouerait maintenant. Et il se réjouit même à l'idée de tenir jusqu'à demain. Parce que faudrait pas rater la série, voyez-vous. Série sur laquelle nous n'avons posé les yeux. Ni lui ni moi n'avions regardé un instant. Je le regarde d'un air consterné et boudeur. Je devais donc lui arracher des aveux. Je sais que j'en étais capable. Commençons doucement.

« Donne moi au moins un indice ! »

Je le regarde droit dans les yeux, tentant de l'amadouer. Je sais qu'il ne risque pas de craquer avec cette méthode, mais je me devais d'essayer. Mon esprit était encore plus en ébullition (et pas littéralement) qu'avant.

Et ce n'est pas près de s'arrêter. Je suis surprise de sentir la main de Mali sur ma cuisse. Je tente de ne pas regarder son geste, surprise mais satisfaite. Je sais que ma température augmente légèrement et j'essaye de me ressaisir. Je ne peux m'empêcher de laisser échapper ce sourire en coin. S'il faut que cela passe par ces petits gestes, alors j'étais d'accord. Devais-je en déduire qu'il ressentait quelque chose ? Il me demande si on peut parler, et je ne peux qu'être d'accord avec ça. Les filles sont couchées et dorment. Nous sommes seuls, encore une fois, et cette fois-ci, il prend à nouveau son courage pour parler. Je ne savais pas où ça allait nous mener, j'avais juste l'impression d'entendre mon cœur battre, si fort qu'il pourrait résonner dans le salon. Je le regarde longuement, triturant mes doigts pour éviter d'être trop tendue. Il avait été convaincu que c'était une erreur et qu'il ne fallait pas que ça se reproduise. Je baisse le regard. Je n'avais jamais su départager cette nuit. Oui, ça aurait pu être une erreur, mais je savais ce que je ressentais, du moins, je savais que j'appréciais assez Mali pour ça. Il m'avoue qu'il avait envie de recommencer à chaque fois que l'on se retrouvait seuls et qu'il trouve ça difficile de ne rien pouvoir faire. Comment ça, ne rien pouvoir faire ? Intriguée, je le regarde à nouveau. Il retire sa main et je suis soudain inquiète. Avais-je fait quelque chose de mal ? Mali me dit qu'il ne sait pas ce que je veux, et qu'il aurait aimé ma permission pour ...

Je sens ses doigts sur mes côtes, qui frôlent mon cou et s'arrêtent dans ma nuque. Je n'ai pas le temps de dire quoique ce soit. Je sens ses lèvres sur les miennes. Je suis surprise, aussi surprise que mon don que je tente de contrôler, que ce feu intérieur qu'il a déclenché sans en avoir conscience. Je réponds à son baiser, un peu timidement d'abord avant d'être plus sûre de moi. Ma main se pose sur sa joue, doucement pour ne pas le surprendre avec ma chaleur. Je sens que tout mon corps se réchauffe, et même lorsqu'il interrompt ce baiser, j'ai encore chaud. Le reste. Nous devions réessayer sans alcool, peut-être était-ce notre chance ? Ce baiser avait un meilleur souvenir que l'autre.

« Est-ce que ça te va, comme permission ? »

C'est à mon tour de l'embrasser. Lentement, puis prenant confiance, avec envie. J'en avais marre d'attendre, tout en moi attendait depuis un moment déjà. Il avait fallu que Mali se déclare et mette les choses au point pour que je succombe, que j'avoue qu'il était devenu ma plus belle faiblesse. Je me rapproche de lui, mes deux mains sur ses joues. Je m'arrête un instant, mes lèvres à quelques centimètres des siennes.

« Ma plus grande peur était de te perdre si je t'avouais ce que je ressentais et il était hors de question de te perdre. » C'était catégorique. Il valait mieux que mes sentiments. « Je ne savais pas ce que tu ressentais, je n'ai pas osé ... »

Mon regard plongé dans le sien, mon sourire lui avouent que j'étais heureuse que lui ait osé. Que c'était difficile mais je me sentais libérée. Je me rapproche suffisamment de lui pour qu'il ressente la chaleur qu'il provoque en moi. Je contiens la plus grande partie, ayant peur de lui faire mal. Je vais à nouveau chercher ses lèvres et une de mes mains passe dans ses cheveux tandis que l'autre atterrit sur son torse. Je m'approche dangereusement de sa peau mais je ne peux pas m'empêcher de passer une main sous son haut.

« Plus besoin de permission. »

Murmurais-je. Pour aucun de nous deux. Je lui enlève son pull et mes doigts arrivent doucement sur sa peau, comme si je la découvrais pour la première fois.

Emi Burton
  
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