jour de pluie (DARWYAM)

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Lun 3 Sep - 16:10

 

 pluie lancinante

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Pryam  ϟ  Darwin .

 



« —  Je déteste la pluie. Trouvons un endroit où nous abriter » gronda Kiligara en s'ébrouant, sans grand succès : la pluie nous trempait comme une soupe fade et insipide. Sa belle fourrure imperméable brillait sous les lumières des lampadaires.
« —  J'aime la pluie, moi » glissais-je d'une voix douce, rêveuse.

L'eau débordait des caniveaux. Flots insoutenables des cieux sans fin. Cataractes sauvages, trombes lancinantes et glacées. J'avais toujours eu le sentiment diffus d'une pureté à l'éclat dure après les pluies féroces comme celle-ci. Et je n'avais nul espoir de sauver ma chemise. Kiligara ressentait l'émotion farouche de triomphe ; ne m'avait-elle pas conseillé, ce matin, de me vêtir d'une veste ? Insouciant, je n'avais fait que regarder le soleil clair, la voûte céleste et azur. Enfant à l'espoir souillé. Le ciel m'avait fait défaut ; je frissonnais violemment et éternuais. Des gouttes me coulèrent dans les yeux et je maugréais. L'amour à la pluie, aux orages, certes, mais non pas à la pneumonie.

Nous nous trouvions dans un quartier connu. J'appréciais d'y poser nos corps épuisés parfois, ou par souci d'inspiration. Dans mon sac en bandoulière, sur le cuir duquel la pluie roulait comme des larmes, mes carnets d'écriture étaient sensément à l'abri. Je me dépêchais de me camoufler du courroux météorologique sous un pignon de rue, mon regard débordant vers une échoppe. Un café. Leurs latte étaient délicieux. Je songeais avec une impulsion gourmande à la chaleur d'un breuvage noir et sucré.

« —  Cesse de rêvasser, allons-y » gronda encore Kiligara, impatiente. Ils ressentaient la même froidure charnelle. Elle désirait trouver un abri, et quoi de mieux que ce coffee shop ? Nous traversâmes la rue, course rapide et sincère, presque enfantine quand dans un rire étranglé, mon pied fit jaillir une gerbe d'eau d'un caniveau. De toutes les manières, j'étais aussi trempé que si j'avais fait trois longueurs de brasse dans une piscine. J'étais littéralement frigorifié.

Nous pénétrâmes dans le café, et une légère vapeur s'échappa de nous ; Kili eut la politesse de ne pas s'ébrouer trop fort. Une serveuse à la mine peu réjouie s'approcha de nous. Un brouhaha des plus confus parcourait le café. Décibels inhabituels. La pluie avait-elle fait de tous ces êtres des papillons avides de chaleur ? Je frissonnais encore, et la serveuse me commanda de rester là. Docile, je m'immobilisais en regardant autour de moi. Chaque table semblait prise d'assaut par des personnes inconnues aux visages riant. Une atmosphère quelque peu joviale régnait, qu'on ne pourrait croire réelle par ce temps, et pourtant. Des daemon de toutes tailles se trouvaient sur des dossiers de chaise, roulant un bec sur des plumes colorées, ou une patte tenant une friandise. Je vis même une adorable souris boire un brin de café dans une tasse délicate aux motifs de roses. J'étais un peu assommé par la chaleur soudaine, mais au moins ne grelottais-je plus. Kiligara s'était assise, réalisant que sa taille et son poids étaient des obstacles sur la route des divers serveurs qui courraient aux tables, des commandes plein les bras.

«  — Je ne vois pas de place. »
« — Peut-être que la serveuse nous en trouvera une. Sinon, restons simplement sur le pas de la porte. »

Kili eut un grondement sourd, agacée de me voir aussi tranquille. Mais les effluves simples, odeurs humaines et fragrances délicates de café, de chocolat, de gourmandises offertes aux yeux et aux papilles de ceux se les offrant, tout cela formait un monde où je venais d'atterir et qui m'attirait, quitte à ne rester que sur le seuil de cette dimension chaude et cotonneuse.

« — S'il vous plaît ? Suivez-moi. » La serveuse avait réapparu, petite forme blonde au sourire fugace. « Il ne reste guère de place, il vous faudra convaincre la personne dont la table a encore une place libre. Voilà, messieurs » et elle disparut, sûrement certaine que j'allais pouvoir m'installer.

Je posais mon regard sur la silhouette. Surprise amusée, sourire amical, puis gêne, joues qui rougissent à l'idée d'ennuyer le brave homme, fleuriste de son état, Darwin de son prénom. Kiligaran ayant louvoyé entre les chaises, se glisse sous celle vide comme en territoire conquis, manquant la faire tomber.

« —  Hem, bonjour, monsieur Payne. J'espère ne pas vous déranger, il semblerait que votre table soit la dernière à avoir une place et ... Est-ce que cela serait présomptueux de ma part de vous prier de m'accorder l'honneur de me joindre à vous ? » Grimace légère, répétée sur le froncement de museau de Kiligara. Beaucoup trop ampoulés. Mots trop polis, trop rigides, trop froids, peut-être. Les joues cramoisies, je secoue la tête ; quelques gouttes glissent encore de ma chevelure trempée jusque dans mon col. Mes vêtements commencent à peine à sécher. Mais je ne peux décemment pas ennuyer cet homme. Dès que j'allais acheter des fleurs dans sa boutique, j'étais heureux d'échanger quelques paroles polies avec lui. Impression de calme, d'élégance, de douceur. Loin de moi l'idée de l'ennuyer. « Pardonnez-moi, je ne veux pas vous importuner, peut-être une table ou une place se libérera t-elle » je glisse encore, embarassé, observant autour de moi en espérant la réalité de mes mots. Mais toutes les places sont prises. Foule bruyante aux visages anonymes. Soupir sous la table - la tigresse, dont dépasse un morceau à la fourrure trempée, semble agacée par nos tergiversations.

«  — Essuie donc ma fourrure, au lieu de déballer tes manières ampoulées » glisse t-elle, royale, et je m'accroupis pour lui obéir. Je sens la gêne qu'elle a d'être mouillée, dans cet endroit chaud. Une sensation d'étouffement. J'essuie délicatement sa robe orangée, et je devine qu'elle ronronnerait si elle en avait la capacité. Armé de quelques serviettes, elle est bientôt plus sèche que moi et je me redresse, prêt à m'en aller. Kiligara, elle, ne semble guère prête à laisser échapper cette place, installée d'un air décidé sous la chaise, son regard vert tourné à moitié vers moi, fendu et moqueur. Elle connaît mon embarras, et n'a aucun regret de s'imposer ainsi.




 
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Mar 4 Sep - 10:46
Les habitudes ont la vie dure, dit-on. Pour Darwin, c’est vrai. Il est un homme qui aime son quotidien, les plaisirs simples et prévisibles, orchestrés comme sur du papier musique. Au jour le jour, c’est l’heure du thé, son vieux disque d’Oscar Peterson qui tourne dans la boutique et la discussion avec les habitués. Les journées sont répétitives, mais loin d’être désagréables. Elles s'égrènent calmement, prennent leur temps et, pourtant, quand il se tourne pour contempler le chemin parcouru, elles sont toujours plus nombreuses qu’il n’y parait, telles des grains de sable qui lui glissent entre les doigts. Fourbes et discrètes. Des gouttes de pluie qui le laissent vide et sec. *Tu ne manges pas ton biscuit ?* Betty le sort de sa contemplation. Il arrache son regard au spectacle de l’averse et lui offre un sourire. *Sers toi.* Elle ne se fait pas prier pour piquer le spéculos qui repose sur la soucoupe.

Il y a un calme presque hypnotique à regarder les quelques passants se presser sous la pluie pendant que l’eau inonde la ville. Le concert habituel de la rue est noyé par les cieux soudainement déversés. Tout est plus calme. C’est une sorte de mise en veille collective là, dehors, alors que la vie trouve refuge, café bondé, respirant la convivialité. Au lieu de se recoucher sur sa chaise, la petite dame préfère élire domicile sur les genoux de son humain. Darwin hausse un sourcil, mais il laisse faire, replaçant soigneusement son marque-page dans le livre qu’il a abandonné depuis un moment déjà. « Tu t’ennuies, Betty ? » Un daemon poli et attentionné répondrait que non, bien sur, qu’il continue donc ce qu’il était en train de faire. Pas Betty. « Bien sur, que je m’ennuie », articula-t-elle très distinctement, comme offusquée qu’il ose lui demander. « Tous les dimanches après-midi, c’est la même chose. Tu nous traînes au café, tout ça pour passer des heures et des heures à lire et à observer les passants. » Il se tient plus droit, Darwin, les sourcils froncés face à ce reproche qu’il n’a pas vu venir. C’est à son tour de se vexer. « Tu adores les pâtisseries qu’ils servent », il se défend. « Et je les aimerais encore un peu plus si elles étaient accompagnées d’une bonne discussion. » Il se renfonce un peu dans son siège, expression renfrognée peinte sur le visage. « Dis tout de suite que je suis de mauvaise compagnie. » Il aurait dû voir venir la réponse. « Tu es de mauvaise compagnie », elle n’hésite pas à conclure, sans pitié aucune.

Il n’y a pas d’éclat particulier qui court le long de leur don. Ni début de colère, ni amusement.  Darwin n’est rien de plus que légèrement piqué et un peu embarrassé vis-à-vis de sa daemonne. Ce n’est clairement pas ce que cette dernière espérait. Avec un soupir, elle pose sa petite main sur le poignet de son autre moitié. *Allons, Dada, tu sais bien que je te taquine. C’est juste que tu fais vraiment petit vieux à venir t’asseoir seul ici, toutes les semaines. On devrait au moins essayer un autre café de temps en temps, tu ne penses pas ?* Cette fois, il commence vraiment à s’irriter. *Mais je ne suis pas vraiment seul, n’est ce pas ? Même si ma compagnie n’est pas estimée.* C’est le commentaire sur son âge qui a fait le charme, elle en est certaine. Heureusement qu’il lui reste quelques petits boutons faciles à pousser pour le sortir de ses pensées : elle n’aime pas qu’il s’y perde de plus en plus souvent. Elle préférerait mille fois qu’il sorte et voit du monde, mais ce n’est pas pour demain, malgré tous ses efforts. Darwin ressent sa satisfaction dans un recoin de son esprit et lève les yeux au ciel. Il est pourtant difficile de nier que l’attention le touche. *D’accord, d’accord. On essaiera peut-être autre chose la semaine prochaine.* Contente, la ratonne s’allonge en boule sur ses genoux.

Il s’apprête à retourner à son livre quand la chaise en face lui bouge. Un regard jeté sous la table lui explique le pourquoi du comment, un tigre confortablement installé sous le mobilier. Il hausse un sourcil avant de remarquer le daemonien qui l’accompagne. « Hem, bonjour, monsieur Payne. J'espère ne pas vous déranger, il semblerait que votre table soit la dernière à avoir une place et ... Est-ce que cela serait présomptueux de ma part de vous prier de m'accorder l'honneur de me joindre à vous ? » Le deuxième sourcil est haussé à son tour. S’il était un peu moins bien éduqué, ou un peu plus jeune, il aurait surement rit devant la grimace qui suit. Malgré tout ça, un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Il ne dit rien, laissant l’autre homme se corriger. C’est peut-être un peu cruel, mais son embarras l’amuse. « Pardonnez-moi, je ne veux pas vous importuner, peut-être une table ou une place se libérera t-elle. » Semble-t-il si austère que ça ? Il secoue légèrement la tête alors que Pryam Androdomius, client régulier à la politesse d’ordinaire moins zélée, s’occupe de sécher le pelage de sa daemonne. *Je vais voir si on peut nous amener d’autres serviettes*, lance Betty avant de descendre de son confortable perchoir et de se frayer un chemin vers le comptoir. Un regard au reste de la salle lui assure que personne n’est prêt à sortir affronter les éléments. Pryam semble pourtant décidé à ne pas s’éterniser. « C’est ridicule. Avec un tel temps, les places se font chères et je suis loin d’avoir mon nom inscrit sur celle-ci. Asseyez-vous donc, je vous en prie. »

Darwin s’empare de son roman pour le déposer sur le rebord de fenêtre. La table n’est pas bien grande et un peu plus de place est une nécessité, non un luxe. Il observe un instant l’eau perler sur les pointes de cheveux bruns. « Vous n’avez vraiment pas été épargné. Betty est partie voir si on peut trouver une solution à votre état. On ne voudrait pas que vous tombiez malade. » Le ton est léger, Darwin incapable de ne pas se montrer joueur en de telles occasions. « Ce serait mauvais pour les affaires, si vous deviez garder le lit », conclut-il avec un sourire.



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Mar 4 Sep - 11:28

 

 pluie lancinante

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Pryam  ϟ  Darwin .

 


J'ai l'impression d'être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ou une certaine tigresse s'imposant sous une chaise. « Attention, un peu plus et tu insinues que je suis grosse. » La pensée me donne un petit sourire, alors que je me perd en paroles d'excuses. Je ne me sens guère à ma place - le raton laveur très mignonne, daemonne de Darwin Payne, s'est d'ailleurs enfuie, non ? J'en suis là de mes rêveries négatives, essayant de trouver le courage de retourner dehors, me demandant si c'est réellement utile que j'essuie Kiligara, quand monsieur Payne accepte ma présence. Notre présence. Je renifle l'odeur de félin mouillé de Kiligara et, en continuant d'essuyer son crâne, ma tête dépasse de moitié de la table avec un regard penaud.

«  — Vous êtes sûr ? Merci. Merci beaucoup. » Ma voix est intimidée, basse et grave comme venant du plus profond de ma poitrine. Je m'asseoies docilement sur la chaise, faisant gronder un instant Kiligara qui s'était installée dessous.

« Cesse de faire ta mauvaise tête » lui demandais-je en pensée par le fil ténu de notre lien ; je ne reçus guère de réponse, je ressentais uniquement sa satisfaction intense d'être au chaud et à peu près sèche. Monsieur Payne retira son livre pour le poser sur le rebord ; mes yeux furent attirés par la couverture, et j'aperçus par-delà le verre de la vitre les cieux sombres qui continuaient de relâcher leur courroux liquide. Léger frisson sur ma peau - il était vrai que j'étais tout aussi trempé que Kiligara, comme le faisait remarquer monsieur Payne. Je me reculais un peu pour ne pas goutter sur la table, principale politesse, et remisais mes cheveux en arrière, gêné de m'être imposé et d'être en plus une source d'humidité. Néanmoins, la petite pique du fleuriste me fit sourire, les joues cramoisies. « Arrêtes de te comporter comme une jouvencelle. » Amusement dans les deux esprits, qui éclate comme une bulle de savon - celui de la tigresse, qui n'a jamais cessé d'être à la fois agaçée et complètement divertie par la timidité quasi maladive de son daemonnien.

«  — Ou cela pousserait mes collègues ou mes amis à venir vous en acheter pour les mettre à mon chevet » je glisse avec un éclat de malice. Je dois avouer que trouver monsieur Payne ici a de quoi surprendre, mais dans le fond, n'est-il pas humain ? N'a t-il pas le droit de sortir de sa boutique ? Il n'est pas un arbre en fleurs. Il a sûrement un appartement ou une maison, des amis avec qui boire du café ou du thé. Il s'agissait juste du fait que je ne l'avais vu ou croisé qu'à sa boutique de fleurs où j'appréciais la qualité de ses lys tigrés, de ses orchidées ou ses conseils à propos du jasmin que j'essayais tant bien que mal de faire fleurir. J'appréciais sa voix chaleureuse et sa compagnie, sans l'être jamais demandé, honte à moi, qui pouvait se cacher derrière la façade du vendeur. C'était peut-être l'occasion. « Bonne idée. Fais toi un ami. Parce qu'en terme de comparses, tu te tiens là, Pripri. » Je lance ma main sous la table, comme pour la caresser, et taquine une de ses oreilles douces pour me venger, mais Kili n'a pas tord. Avec mon travail, et ma timidité, je n'ai guère eu le temps de me faire de véritables amis à Olkonir depuis les deux mois où j'ai posé mes bagages ici.

La serveuse arrive, accompagnée de Betty, des serviettes plein les bras. Elle semble soudainement surprise, cette petite blonde, comme si elle ne m'avait pas vue à l'entrée, ne m'avait pas placé, tout trempé, près de monsieur Payne. Une main sur la bouche, elle me regarde prendre une des serviettes en papier et m'essuyer les cheveux avec, l'air d'un petit garçon suspendu aux traits.

« — Oh, monsieur, je suis navrée. Avec un temps pareil, pas étonnant que vous soyez trempé ... Hem, l'un de nos pâtissiers peut vous prêter sa chemise, si vous le désirez, et nous pouvons étendre la votre dans l'endroit le plus chaud de nos cuisines. Cela vous conviendrait ? »

Toute l'attention est tournée vers moi, et je me sens rougir de nouveau ; je hoche la tête, confus, et je suis bientôt emmené vers des vestiaires - sûrement ceux dans lequel les employés se changent pour mettre leurs uniformes. Je retire ma chemise avec beaucoup de pudeur, et la serveuse me lance une chemise - je retiens une grimace en l'enfilant.

Au même moment, Kili, toujours sous la chaise, a un bruit de gorge, comme un rire, en ressentant la légère honte qui m'envahit. Elle sort la tête de sous la table et s'étire comme une reine, ses grands yeux d'émeraude posés sur Betty et Darwin Payne, les jaugeant tout à fait aptes à faire d'agréables compagnons pour l'après-midi.

Lorsque j'arrive, c'est en grattant une joue où une barbe de trois jours dévore la peau. La chemise, toute de jaune et de vert, sertie de motifs de fleurs, est, soyons honnêtes ... hawaïenne. Manches courtes, couleurs aggressives, je file m'asseoir comme pour me cacher, tout honteux, sous le grondement amusé de Kiligara. Bien sûr, elle ne peut s'empêcher de commenter à voix haute.

« — Jolie chemise. Bon, commandons, je meurs de faim. »
« — Excusez-moi, mademoiselle ? » La serveuse s'est approchée pour voir si la chemise me convenait ; un peu grande, mais cela fera l'affaire. Elle m'annonce qu'ils ont porté ma chemise dans la cuisine pour tenter de la faire sécher. Puis, avant qu'elle ne disparaisse, je passe une rapide commande. «  — Pourriez-vous nous apporter un bol de lait, un café au lait avec trois sucres pour moi-même, et ... souhaitez-vous quelque chose ? Je vous invite. Ceci sera ma façon de vous remercier pour, hem ... accepter ma présence quelque peu humide ? »

J'ai lancé ça naturellement à monsieur Payne et à son adorable daemonne à laquelle je fais un sourire charmeur. J'ai toujours été plus à l'aise avec les daemons. L'adorable raton laveur, Betty, m'a toujours donné l'impression d'être non seulement très mignonne mais gentille. N'a t-elle pas été chercher des serviettes et appelé la serveuse ? Je les laisse accepter et décliner, termine ma commande sur des muffins - je meurs de faim également. Bien entendu, ils ne font pas de viande crue, Kili devra se contenter de lait froid et de pâtisseries. Je me sens déjà mieux, malgré les tons agressifs de la chemise. Un peu plus sec.

« — Quelle agréable surprise de vous voir ici. Êtes-vous habitués ? » je demande, essayant de faire la conversation sur un terrain neutre, de peur d'ennuyer nos compagnons de table. A terre, Kili s'est glissée où elle peut pour ne pas gêner, sa queue rayée tapotant le sol impatiemment, en attendant notre commande.



 
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Mer 5 Sep - 0:10

Darwin fronce un instant le nez, odeur de chat mouillé lui faisant craindre l’allergie. Il attend huit, neuf, dix secondes. Rien. Apparemment les tigres trouvent grâce aux yeux de son système immunitaire. Il se détend. L’odeur ne tardera pas à se fondre au reste de la cacophonie olfactive présente dans le café en cette après-midi pluvieuse. Le fleuriste songe avec joie au moment où la pluie cessera. Il rentrera chez lui dans l’air pur et tout juste rincé par l’averse, accompagné par le parfum si caractéristique et pourtant si insaisissable que la pluie laisse derrière elle. En attendant, ce qui règne dans le moment, c’est l’odeur des gens présent, le parfum puissant du café et celui, plus discret, du thé, relevé par le goût sucré des pâtisseries. Une ode à la vie. Quand le jeune homme le remercie, Darwin balaie l’air de la main, dans un geste insouciant. « C’est bien naturel. » Qu’aurait-il pu faire ? Hors de question de le renvoyer d’où il vient alors qu’il a tout l’air d’un chiot mouillé. Darwin aime sa solitude, mais peut-être pas à ce point. Il a été mieux élevé que cela.

Un commentaire glissé sur l’importance de la bonne santé de ses clients réguliers, c’est la façon de Darwin d’entamer la conversation. Il faut bien qu’il patiente, le temps que Betty revienne avec le nécessaire pour sécher le pauvre Pryam. « Ou cela pousserait mes collègues ou mes amis à venir vous en acheter pour les mettre à mon chevet. » Il sent l’amusement s’installer. Peut-être que Betty a raison, au fond, et que ça a du bien la compagnie, de temps en temps. Darwin peut vivre avec ça pour aujourd’hui. « Vous avez raison. Au vue de ces nouvelles informations, je vous prierais de bien vouloir retourner dehors, monsieur Androdomyus », Darwin déclare d’un ton calme et tout ce qu’il y a de plus sérieux, « car j’ai une boutique à faire tourner. » Son sourire réapparait pourtant bien vite. « Il faut croire que je n’ai plus la fibre commerçante », il conclut en levant les yeux au ciel.

La serveuse arrive sur ces entrefaites, Betty sur les talons. Elle manque de tendre la main vers son daemonien par réflexe, signe muet pour qu’il la hisse sur ses genoux, mais préfère s’abstenir. Ils ne sont pas seuls et Darwin a besoin de se débrouiller sans elle. Le raton laveur ignore le sourcil que son daemonien hausse dans sa direction. Elle élit domicile sur le rebord de la fenêtre, grimpant plus facilement que ses années pourraient laisser à penser. C’est qu’elle aime être en hauteur, la dame, ne serait-ce que pour mieux voir ce qui l’entoure. Puis le sol est trempé.

Darwin ne dit rien. Pour être honnête, il est un peu choqué que personne n’ait pensé à proposer de quoi se sécher à Pryam. Le service n’est plus ce qu’il était. *Vieux râleur.* Il plisse les yeux en direction de sa compagne pendant que la serveuse s’excuse et offre une solution. *Excuse moi d’avoir un minimum de standard*, réplique-t-il froidement, n’appréciant pas trop le nombre grimpant de remarques sur son âge. Distrait, il observe Pryam s’éloigner. Il ne peut s’empêcher d’être amusé par l’air gêné du pauvre homme, une timidité naturelle que tout dans son comportement dément. Sa daemonne n’a pas l’air de partager ce trait. Allongée de tout son long, elle trône imperturbable dans la salle bondée. Darwin soutient son regard et lui offre un sourire calme. « J’espère que le peu de place ne vous dérangera pas. N’hésitez pas à me l’indiquer si vous souhaitez que je déplace ma chaise. » Gentleman un jour, gentleman toujours. Surtout que, pour être honnête, Darwin est bien embêté pour la féline. Il s’imagine mal son inconfort dans un endroit aussi peuplé où elle peut difficilement bouger.

L’inconfort, il se lit facilement sur le visage de Pryam quand il revient. Tout sec, tout coloré. Darwin doit feindre une petite crise de toux dans le creux de sa main pour ne pas rire ouvertement. L’étincelle dans ses yeux le trahit pourtant facilement. « La couleur vous va très bien au teint », il complimente en même temps que la daemonne. Betty applaudit même deux ou trois fois. L’attention générale est vite déviée par la question des commandes et le regard de Darwin s’attarde de nouveau sur les gouttes qui coulent le long de la vitre. Elles brillent, paillettes dorées qui capture la lumière des phares, se bombent et ruissellent soudainement, libres et vives. « Pourriez-vous nous apporter un bol de lait, un café au lait avec trois sucres pour moi-même, et ... » Darwin tourne vivement la tête. Clairement, il a mal entendu. Trois sucres ? *Allo la lune, on te demande ce que tu veux ?* Il cligne des yeux. *Le chiot t’invite pour se faire pardonner son invasion*, elle éclaircit. Il sourit, poli mais distant, toujours préoccupé par les t r o i s sucres. « Dans ce cas, je reprendrais volontiers une théière d’Earl Grey. Avec- » La serveuse l’interrompt, sourire aux lèvres. « Avec un peu de lait sur le côté. C’est noté. » Il hoche la tête, image même de l’homme aimable. *La semaine prochaine, on va quelque part où les serveurs ne savent pas comment tu prends ton thé*, Betty déclare avec agacement. « Est-ce que je rajoute un muffin aux myrtilles ? » Darwin adresse un regard pétillant à sa daemonne : il n’est pas le seul dont les commandes se font répétitives. « Avec plaisir, oui. »

Quand la serveuse tourne les talons, Darwin fait tout son possible pour chasser la question du café de son esprit. Il a surement halluciné. Dans quelques instants, on les servira et il s'apercevra que son cadet a commandé quelque chose de bien plus respectable que cette masse de glucose. En attendant, une politesse s’impose. « Merci, monsieur Androdomyus, c’est généreux de votre part. » Après tout, rien ne l’y obligeait. S’il y a une façon sûre et certaine de s’attirer l’approbation de l’anglais, c’est bien de le fournir en thé. La discussion est lancée. « Quelle agréable surprise de vous voir ici. Êtes-vous habitués ? » Darwin s’apprête à répondre, mais Betty, de son perchoir, le devance. « On peut dire ça comme ça. A ce stade, il fait presque partie du mobilier. » Son daemonien lève les yeux au ciel. Il prie surement pour avoir la patience nécessaire pour supporter le raton laveur dans cette forme olympique. Il se racle la gorge. « Il se peut que j’y ai pris quelques habitudes. Seulement le dimanche », il souligne, comme si c’est important pour lui que personne n’aille l’imaginer passant toute sa semaine au café. « Et vous donc ? Vous réussissez à prendre vos marques dans notre petite ville ? »



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Mer 5 Sep - 0:41

 

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Je n'aurai jamais imaginé que monsieur Payne soit capable d'un humour si simple. Il avait tout de l'Anglais élégant, avec sa voix tranquille et son accent raffiné, ses vêtements bien coupés, et son charisme - il fallait bien l'avouer, l'homme avait une présence indéniable, couplée à celle de sa daemone. J'avais ce besoin naturel de me tourner vers les gens charmants, et j'étais particulièrement heureux d'être tombé sur Darwin Payne. Même si j'avais toujours cette peur de l'importuner tel un enfant demandant à jouer au ballon à un adulte en train de lire, je m'étais quelque peu calmé sur l'angoisse qui m'étreignait. Au grand bonheur de Kili, qui soupira d'aise dans mon esprit.

« — Pour me faire pardonner, peut-être devrais-je commander ces lys tigrés dont j'avais parlé la dernière fois. » Commande quelque peu onéreuse, mais ces fleurs lui faisaient tellement envie. Nouveau petit sourire, écho de celui de l'homme en face de lui.

« Oh, pitié, pas encore des fleurs » se lamente Kili. Avec toute la flore qu'il adorait faire pousser chez lui, la tigresse avait parfois l'odorat sensibilisé au point d'être douloureux - il ouvrait alors en grand, penaud, regrettant que ses sens soient si aiguisés ; la tigresse savait qu'il avait la capacité - et l'envie - de transformer leur appartement en véritable jungle. Cela ne l'aurait pas gêné s'il n'y avait incorporé maintes variétés de plantes à pollen ou aux effluves trop entêtantes. « Promis, je n'en mettrais pas trop. Ou je retirerai le lilas de la fenêtre, ça te permettra d'y respirer un peu ? » La tigresse n'a guère le soin de répondre, me snobant alors que la serveuse arrive. Heureusement pour moi, la solution existe, et je suis soulagé - le temps d'un moment - de pouvoir cesser d'être mouillé. Un peu moins soulagé en voyant l'aspect du vêtement que l'on me prête, mais à mauvaise fortune bon coeur, hein ?

Kiligara s'étonne de la compassion de Darwin Payne et s'élève comme un fauve en chasse pour s'asseoir, prenant moins de place pour plonger ses iris fendus dans les siens ; je sens sa curiosité face à cet homme qui semble sincèrement se soucier de son bien être.

« — C'est gentil à vous. Je vais me contenter de m'installer sous la table. Près de vos pieds. Cela me coupera du bruit. »

On sent dans sa voix le timbre royal qu'elle se donne, mais surtout la satisfaction qu'on prenne soin d'elle ou qu'on s'occupe d'elle. Elle est déjà en train de s'installer alors que j'arrive. Je m'attendais bien entendu aux remarques, et j'ai une grimace gamine de celui peu satisfait de son sort en cet instant même.

« — Le blanc, c'est démodé. Il paraît que maintenant, la mode est aux couleurs ... épiléptiques ? » fais-je en haussant les épaules, souriant doucement. Kili aime me voit essayer de faire de l'humour - même si ça ne fait pas toujours mouche, en tout cas. La serveuse arrive à nouveau, et nous commandons. Je ne m'aperçois à aucun moment que monsieur Payne semble ailleurs - par contre je note que la serveuse semble le connaître - et j'ai l'impatience fugace d'un enfant à Noël, attendant mon café sucré et les pâtisseries comme des cadeaux enrubannés. J'ai un geste tranquille aux remerciements du fleuriste - geste de la main signifiant ce n'est rien. C'est un réel plaisir pour moi de les inviter, lui et la jolie Betty. En attendant, je fais la conversation, ou du moins une tentative. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer ?

Ma question est naturelle - la jeune femme blonde semblait connaître ses goûts et ceux de la daemonne. Juste curiosité. Je tourne les yeux vers Betty, installée sur le rebord, avant de rire tout bas, essayant de me retenir. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle réponde à sa place, et j'ai un coup d'oeil amusé vers elle. J'aime sa façon d'être, ses réparties. « Et mes réparties, tu ne les aimes pas ? Dois-je faire profiter notre beau monde de tout un paquet d'anecdotes pour que tu fasses attention à moi ? » Mais ses pensées sont à moitié endormie. Je la rassure d'une caresse mentale avant de reprendre la parole.

« — Doucement, mais sûrement. Je me suis mis à arpenter les environs, les morceaux de nature sont de vraies pépites. Et Kili adore y chasser - toutes ces étendues, ces forêts, ces lacs, c'est une joie pour elle. » Je parle surtout de Kili, pour éviter d'émettre mes angoisses. J'ai toujours été un anxieux de nature. Tout ne sera jamais assez parfait pour moi. Mais je ne mens pas - la nature m'aide vraiment, et si la ville m'a plu, je suis tombé amoureux des paysages environnants. « Je ne suis sensé rester que le temps de mon travail de journaliste, mais à y réfléchir, peut-être m'installerais-je plus longtemps. La vie ici me plaît » je conclue avec un petit sourire, intimidé de donner mon avis.

La serveuse me sauve en apportant le plateau : une très jolie théière fumant bon le thé, un muffin aux myrtilles, quelques patisseries diverses aux fruits, et enfin ma tasse de café et les trois sucres qui trônent comme des diamants blancs, tandis qu'un bol de lait frais a été placé près de la table. Je la remercie et attrape la tasse, sa chaleur se diffusant dans mes paumes avec une extase sensorielle. J'entends déjà la langue râpeuse de Kili laper le lait bruyamment. « Ne m'oublie pas quand tu engouffreras les gâteaux » m'assène t-elle, sentencieuse, en continuant de boire.

« — Je n'étais jamais venu dans ce café ; je dois dire que c'est surtout la pluie qui m'a conduit au hasard de mes abris sous la pluie » je ris en attrapant les sucres et en retirant leur emballage. « Je ne suis pas mécontent de boire quelque chose de chaud » et mes doigts poussent un premier sucre dans le liquide noir ; un second s'y fond, puis un troisième, laissant l'espace d'un instant une trace blanche dans le café vite disparue. « Si ce n'est pas trop indiscret, depuis combien de temps êtes-vous à Olkonir ? » Nouveau sujet de curiosité, qui j'espère ne sera pas trop indécent. J'essaye de m'intéresser à monsieur Payne, et cela se fait sans difficulté - sa compagnie est très agréable.

« Gâteau » ordonne Kili, qui passe sa tête du côté fenêtre, et je dépose un muffin près d'elle. Elle en avale d'un coup la moitié en la coupant de ses crocs, puis se lèche les babines, avant de regarder Betty, peut-être un peu jalouse de ne pouvoir s'installer tranquillement sur un appui de fenêtre comme ça.



 
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Mer 5 Sep - 13:23
Presque naturellement, la discussion dérive un instant sur la boutique. Darwin n’en est pas mécontent, fier comme un paon du petit commerce qu’il a monté de toute pièce il y a déjà plus de vingt ans. Avec Betty, c’est ce qu’il a de plus important dans sa vie. « Pour me faire pardonner, peut-être devrais-je commander ces lys tigrés dont j'avais parlé la dernière fois. » Son sourire se fait plus enthousiaste. Il aime les lignes simples et élégantes des lys, leur orange vif et profond qui amène une touche d’originalité aux compositions florales. Ce sont des plantes de caractère. Elles ont l’air fragiles, mais cachent une robustesse certaine, un peu comme sa daemonne. « Un bon choix. J’ai aussi des iris du Japon qui pourraient vous plaire, je pense, si vous hésitez pour les lys. » C’est que les premières ne sont pas exactement données. Et Darwin est particulièrement fier de ses iris qui sont à l’honneur ce mois-ci dans son domaine, pétales aux formes si caractéristiques déclinés dans d'innombrables teintes. Elles noient la salle d’un parfum léger et subtile. Même lors de son jours de repos, il suffit d’une allusion à ses fleurs pour que son esprit retourne butiner. Heureusement que Betty ne fait pas attention à ce qui se passe de son côté, sinon il se serait fait remonté les bretelles.

Il n’a pas le temps de s’étendre sur le sujet que les événements s'enchaînent : Betty et la serveuse reviennent, Pryam part se changer, il revient apporter une touche de couleur à leur table, la serveuse non loin derrière pour prendre leur commande, Betty trop heureuse de pointer du doigt sa nature casanière. C’est un calme différent de ce à quoi Darwin est habitué. Plus vivant. Il n’est pas un ermite, loin de là, mais il n’est pas non plus le plus sociable des hommes une fois le tablier de fleuriste rangé sur son crochet. Avec Pryam, la chose est aisée. La discussion est similaire à ce qu’elle pourrait être dans le confort familier de sa boutique, juste un peu moins axée sur les fleurs. Ce n’est pas terriblement personnel aussi Darwin reste à son aise. Un café, un petit temps de complicité humaine, puis ils retourneront à leur quotidien de vendeur de fleurs et de client régulier. Il n’y a pas d’enjeu particulier.

L’anglais écoute le plus jeune parler de sa vie depuis son arrivée ici. Ça lui fait remonter le temps, à l’époque où il découvrait lui-même les beautés que la Norvège avait à offrir, la joie de la marche en forêt, si loin de la pollution grise de Londres et des mornes étés de sa terre native. « Je ne suis sensé rester que le temps de mon travail de journaliste, mais à y réfléchir, peut-être m'installerais-je plus longtemps. La vie ici me plaît. » Il hoche la tête avec un sourire apaisé. Si la vie n’est pas aussi idyllique qu’il l’avait fantasmé dans le temps, elle y est plus douce qu’ailleurs, c’est une certitude. Les daemoniens peuvent y trouver une mesure de paix. Du moins si tout cela ne change pas drastiquement maintenant qu’Òkòlnir est sorti de l’ombre. Mais ce sont des pensées sombres qui n’ont pas leur place dans l’ambiance détendu du café. « Si c’est votre choix, je suis certain que vous n’aurez pas de mal à trouver un nouvel emploi. » Beaucoup travaillent à ce que les survivants puissent s’intégrer sans trop de difficultés à la vie de la cité et c’est donc une inquiétude qui n’a pas à peser dans le choix de Pryam. « Puis qui s’occupera de votre petite collection de fleurs si vous décidez de vous en aller ? » Il glisse dans un sourire alors que la serveuse arrive.

Le regard de Darwin est tout de suite attiré par la théière et ses yeux se ferment une seconde avec satisfaction. « Darwin, mon muffin, s’il te plait. » Sa tasse de thé attendra. Il se saisit de la commande de sa compagne. La base de la pâtisserie est entouré d’un papier que les griffes de Betty ne lui permettent pas de retirer sans un certain effort, aussi son daemonien l’enlève sans se faire prier, habitude depuis longtemps établie. Chacun a son rôle dans leur duo. Présentement, son rôle à lui est de faire passer la gourmandise. « Merci », glisse-t-elle avant de se saisir du muffin et de commencer à se régaler.

« Je n'étais jamais venu dans ce café ; je dois dire que c'est surtout la pluie qui m'a conduit au hasard de mes abris sous la pluie. » La réponse n’a rien de surprenant. Un simple coup d’œil à l’extérieur suffit à constater que l’averse n’est pas décidée à s’arrêter avant d’avoir noyé toute vie dans les rues. Mais Darwin ne regarde pas dehors. Darwin ne répond pas non plus. Darwin, en fait, il a les yeux rivés sur les mains de Pryam. Sur ce qu’il a dans les mains, en fait. Son visage ne reflète rien, masque blanc et lisse, alors que le jeune homme continue son manège. Darwin n’entend pas sa questions. En revanche, il entend distinctement le son que chacun des morceaux de sucre fait en touchant le café. Les secondes s’étirent, la réalité presque distordue.

C’en est trop pour l’anglais. Il se redresse dans son siège, plus sérieux que jamais. « Vous n’allez pas boire ça », c’est plus une affirmation qu’une question car, lui vivant, le breuvage ne touchera pas les lèvres de Pryam. « L’art de préparer cette boisson a été travaillé depuis plus de six cent ans. Il n’y a pas besoin d’autant de sucre pour en apprécier les saveurs. » Quelles saveurs, exactement, pense-t-il pouvoir sentir, autre que celle du diabète ? Sans réfléchir, il fait signe à la serveuse. La jeune femme se rapproche, un peu perplexe de devoir revenir à leur table si tôt. « Un problème avec votre commande, monsieur ? » Il se fait moins sévère, réussit même à convoquer un sourire poli. « Du tout. Je souhaiterais juste un café mocha s’il vous plait. Merci. » La serveuse repartie, il se tourne de nouveau vers Pryam, un soupir au bout des lèvres. « Si vous avez peur de l’amertume, le chocolat vaut mieux que tout ce sucre. Pour le café, et pour votre santé. » Betty ne mange plus, tremblant imperceptiblement sur son rebord de fenêtre, peur d’échapper le rire qu’elle retient. *Monsieur le professeur est de sortie ?* Il ne lui accorde même pas un coup d’oeil, surveillant l’autre homme du regard. *Tu es du même avis que moi, je le sais.* Le raton laveur peut jouer les discrètes tant qu’il lui plait, elle ne trompe pas son daemonien : il n’est pas le seul à donner des leçons à l’occasion.



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Mer 5 Sep - 14:03

 

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J'aimais les conseils de Darwin : ils étaient toujours à l'avantage du client. Il aurait pu me rassurer dans mon avis, afin de se faire une marge, mais il préférait me conseiller d'autres variétés, sûrement tout aussi jolies, qu'il devait prendre plaisir à cultiver. J'étais curieux car je n'avais jamais rien fait d'autre qu'acheter des plantes à simplement arroser. Cultiver réellement, c'était au-delà de mon imagination, et je préférais me dire que je n'avais juste pas le temps. J'aime parler de choses aussi délicates que les fleurs. Notre conversation est à peine brisée par le petit contretemps de la chemise. C'est simple, naturel - j'y ressens un grand plaisir que de parler sans vraiment devoir me torturer les méninges pour trouver un sujet. J'ai un petit rire en entendant l'encouragement de Darwin Payne.

« — A dire vrai, j'ai déjà quelques projets de côté. Pour être honnête, j'essaye de devenir écrivain » je glisse avec beaucoup de timidité, en aidant la serveuse à déposer notre commande entière sur la table. Je rougis un peu en espérant que la jeune femme ne m'a pas entendu ; je n'en ai pas encore beaucoup parlé. C'est quelque chose d'incroyablement intime que d'écrire, non pour un journal, mais pour soi et pour un public. J'observe avec amusement Darwin préparer le gâteau que dévore Betty. Tournant ma cuillère avec un bruit délicat dans la tasse, je relève les yeux alors que Darwin ne répond pas. Ses yeux sont posés sur mon café. Je hausse les sourcils : ai-je été trop loin dans mon interrogation ? J'hésite à chercher des yeux le soutien du côté de Betty, mais Darwin lève le mystère sur son soudain mutisme.

Vous n’allez pas boire ça.

« — Heu, heu » je bégaye, les yeux un peu écarquillés. Pourquoi je ne devrais pas boire ? C'est empoisonné ? Je ne m'étais pas attendu à une telle leçon sur mon café. Je cligne stupidement des yeux, alors que Kili éclate de rire sous mon crâne. « Je l'aime bien, celui-là. Comptes-tu docilement accepter qu'on change ta commande, Pripri ? Vas-tu te laisser dominer comme ça, petit humain ? » J'hésite, parfaitement abasourdi ; je réfléchis, et me dis que Darwin ne veut que mon bien. Il est quinze mille fois plus distingué que moi. J'essaye néanmoins de me justifier. Je me concentre sur ma diction, afin de ne plus bégayer. Ancien cauchemar, mots qui butent et butinent, maladroits. « Il est vrai que l'amertume me déplaît. Je suis, comme disait ma mère, une bouche à sucre. Il n'y a que le thé que je bois sans sucre ... Mais ... Hem, un mocha ? » je réplique vaguement, en voyant la serveuse se dépêcher de nous servir, apparemment contente que Darwin la hèle. Je regarde le café - j'ai le réflexe de chercher le sucre sur le côté. Oups.

« — Voilà un homme qui sait ce qu'il veut » glisse Kili en s'étendant sur le côté. De qui parle t-elle, Darwin pour son côté soudainement autoritaire, ou de moi, pour se moquer ? Je rougis encore un peu et observe le café.
« — Je dois avouer mon ignorance sur les cafés. Peut-être ai-je pris de mauvaises habitudes, désolé de vous avoir ... Hem. Choqué ? » Je lance un regard à Darwin. Inconsciemment, je cherche son aval. « Comment vous y connaissez-vous autant en café ? Ne devriez-vous pas être un expert en thé ? » Nouvel essai de trait d'humour, avec un petit sourire en coin, léger rictus timide.

Je prend la tasse, de forme diffrente, qui contient le café mocha, et renifle avec perplexité. On sent les arômes de café, et ceux plus subtils du chocolat. Je suis soudain curieux - dernier regard vers Darwin, puis j'avale une gorgée. Mon palais a le premier réflexe de me faire grimacer, mais l'amertume n'est pas là et mes traits se détendent, un sourire apparaît.

« — C'est excellent » je murmure avant de boire une nouvelle gorgée. Le chocolat apporte un côté sucré bien plus subtil que les carrés blancs de sucre pur. Cela donne une dimension au café que je n'avais jamais connue. Je regarde Darwin, l'air un peu fasciné. « Ainsi les fleurs ne sont pas votre seul domaine ; je commence à me demander si vous avez des lacunes, monsieur Payne. » Léger rire amusé. Je vole de découverte en découverte. Ce café mocha est délicieux.
« — Oh monsieur Payne, quelle erreur venez-vous de faire là. Vous venez de gagner un enfant enthousiaste qui risque de vous poser maintes et maintes questions sans plus vous laisser le temps de souffler. Félicitations. » Kili gronde tout bas. Elle est quelque peu excédée que je me sois laissé convaincre comme cela, si facilement.

« Tu m'agaces, à te laisser faire. » Je baisse les yeux vers elle, découvre ses iris verts sur lesquels la lumière se reflète. Elle semble véritablement fâchée, pour une fois. « Tu caches en toi une tigresse. Ou plutôt, tu l'aurais cachée si je n'existais pas. Pourquoi te montrer sous des allures de chatons sans défense ? Sors les griffes, mords, rugis ! Mais non, tu te laisses faire, et tu ronronnerais par-dessus le marché. C'est moi qui ai hérité d'un agneau, par les dieux. » Je suis pantois, et lance un regard d'excuse à monsieur Payne pour le soudain écart de la tigresse. Je lui fais passer un morceau muffin qu'elle avale.

« — Excusez-là, elle est ... de mauvaise humeur. Tout le temps » je me moque en grattant ma nuque. « N'hésitez pas à me dire si ma présence vous ennuie ; il est vrai que j'ai du mal à réfréner mes questions et mon enthousiasme   » je conclue, le nez bas. Je bois une nouvelle gorgée de ce si délicieux café, en me promettant de ne plus jamais gâcher mon café avec trois sucres blancs.



 
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Mer 5 Sep - 18:17
La voix de Pryam baisse quand il confesse ses aspirations professionnelles, comme s’il tente de la cacher dans le brouhaha environnant. Peur d’exposer ses rêves encore fragiles. Darwin peut comprendre le sentiment. Le métier de fleuriste n’est pas particulièrement risqué, mais d’abandonner sa position d’avocat pour poursuivre ce que son entourage estimait n’être rien de plus qu’un passe-temps, ça a été un saut dans l’inconnu. Il a tergiversé avant de se lancer, laissant filer quelques années avalées par les contrats juteux, les nuits blanches à bosser sur des cas épineux, tout ça pour rester dans la course à la promotion qui ne l’a jamais intéressé. Heureusement, il y avait Malcolm pour rendre le tout supportable. Et encore plus heureusement, il y avait Michael pour le convaincre de tenter le coup. Combien de temps serait-il il resté à se rendre misérable ? Darwin préfère ne pas imaginer. « J’ai hâte que vous nous fassiez profiter de votre plume », offre-t-il avec sincérité, malgré qu’il soit occupé à préparer le muffin pour Betty. Il est convaincu que ceux qui poursuivent leurs rêves ne peuvent qu’aider à construire un monde meilleur. « Vous avez un genre de prédilection ? », il relance, par curiosité.

C’est une question qui perd grandement en importance quand il constate ce qu’il se passe de l’autre côté de la table. Il assiste, impuissant. Délit : meurtre de la boisson caféinée. Arme du crime : cubes de sucre. Il ne peut pas laisser ça passer. Malgré le commentaire hésitant de Pryam, Darwin ne reconsidère pas un seul instant sa réaction : les mesures correctives s’imposent d’elles-mêmes. Il ne doute pas que le jeune homme le remerciera en temps voulu. Ce n’est qu’une question de minutes avant que la serveuse ne revienne et que Darwin la remercie de nouveau. Il ne manque pas l’absence de sucre sur la soucoupe et échange un sourire satisfait avec la jeune femme avant qu’elle ne retourne à ses obligations.

« Je dois avouer mon ignorance sur les cafés. Peut-être ai-je pris de mauvaises habitudes, désolé de vous avoir ... Hem. Choqué ? » Il balaie les excuses d’un geste de main. « Ridicule. Il n’y a pas à s’excuser de ce que l’on ignore, juste à saisir les opportunités d’apprendre. » Et, Darwin, il n’est pas du genre à priver le monde de ses enseignements. Il ne répond cependant pas à la question qui suit, haussant simplement un sourcil pour encourager Pryam à essayer son café. Il n’aura pas l’esprit tranquille tant que ce n’est pas fait. Quand le brun porte finalement la tasse à ses lèvres, Darwin guette sa réaction. La grimace lui fait froncer les sourcils, mais il se détend dès qu’elle disparaît et, sous peu, affiche un sourire fort satisfait. « C'est excellent » Il croise les jambes ; son travail ici est terminé. « Ravi de vous l’entendre dire. Comme le thé, le café offre une variété importante de parfums, selon l’origine des grains et la méthode de préparation. On ne sait pas ce qu’on aime avant d’avoir essayé. Je vous conseillerais cependant de vous abstenir de rajouter plus d’un sucre », conclut-il avec un haussement d’épaule. Du café, pendant ses années d’études et d’exercice du droit, il en a ingéré un bon nombre de tasses, de préférence corsées.

« Ainsi les fleurs ne sont pas votre seul domaine ; je commence à me demander si vous avez des lacunes, monsieur Payne. » Darwin incline la tête avec amusement, acceptant le compliment. Maintenant que l’incident du café est derrière eux, il s’empare de la théière et se verse doucement une tasse. Il laisse assez de place pour rajouter un nuage de lait. « Oh monsieur Payne, quelle erreur venez-vous de faire là. Vous venez de gagner un enfant enthousiaste qui risque de vous poser maintes et maintes questions sans plus vous laisser le temps de souffler. Félicitations. » C’est le ton, plus que le message en lui-même, qui le surprend. Mordant. Il cligne des yeux avant de les baisser vers la tigresse, un peu confus. Surement, Pryam n’est pas aussi ingérable que sa daemonne le sous-entend ? Parce que, en toute honnêteté, Darwin ne fait pas dans les nouvelles amitiés. Heureusement, la discussion ne durera que le temps que la pluie se calme et que la vie reprenne ses droits dans les rues d’Òkòlnir. *Tu ne t’es pas fait une fan, on dirait.* Betty observe la scène, présence neutre sur le rebord de la fenêtre, grignotant son muffin miette par miette. *Quoique je ne sais pas bien si c’est contre toi, ou contre lui.* Dans le doute, autant ne pas s’en mêler.

Pryam reprend la parole, visiblement gêné. Le fleuriste ne sait pas bien quoi faire de toutes ces excuses. A la fréquence à laquelle son cadet les présente, il aurait vite fait de les collectionner. « Encore une fois, il n’y a pas de quoi vous excuser. Je suis sûr que je peux compter sur vous pour ne pas épuiser un vieil homme », il sourit. *Tu ne ramènes ton âge quand il t’arrange et après tu t’énerves quand je le mentionne, Dada.* Bien sur que Betty est là pour s’offusquer, plutôt que de se concentrer sur le morceau de muffin qu’elle trempe dans le thé. *Ose prétendre que tu le mentionnes pour autre chose que te moquer.* Le silence est une réponse correcte.

« La curiosité est une bonne chose pour votre choix de carrière », il reprend la discussion, comme si toute cette histoire de café n’avait pas profondément heurté son amour des bonnes choses. « Le changement peut sembler effrayant, mais je suis persuadé que vous vous sentirez plus à l’aise si vous choisissez de vous consacrer à un travail qui reflète vos intérêts et vos passions. » Du moins, c'est ce que lui aurait aimé entendre il y a de cela tant d'années, quand la simple pensée de tout envoyer valser l'angoissait. Il prend quelques gorgées de thé, avant de reposer doucement la tasse dans sa soucoupe. « Mais en tant que journaliste, quel sujet vous retient à Òkòlnir ? »



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Mer 12 Sep - 15:07

 

 pluie lancinante

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C'était tout à fait différent que d'écrire pour un journal, à la façon d'un article, et d'écrire pour soi, pour un public, de façon naturelle, profonde et pleine. C'était un sujet que j'abordais souvent uniquement avec Kiligara, et la tigresse était surprise de voir que je l'avais étalé sur le tapis de la discussion. Elle me sentit confus devant l'intérêt de Darwin.
« A quoi t'attendais-tu ? Tu fais la conversation, il répond. Allez, ne le laisse pas mariner. Tu as décidé de t'ouvrir, fais-le donc à fond, pour une fois. » Je n'en menais pas large - parler de mon écriture, c'était comme révéler à des spectateurs l'intérieur de ma carnation. Organes fragiles aux regards des autres. Palpitant nerveux, tout frémissant de peur.

« — Oh, ce ne sont que des ébauches, pour la plupart des essais assez ... philosophiques, ou des remarques, de la poésie sur les paysages du coin, les habitudes ... » que je dis tout bas, avec une pointe de timidité dans tout le corps. « Couard. » Je sens la moutarde me monter au nez. « Que veux-tu que je fasse ? Une lecture en cinq temps de mes poèmes peut-être ? » je crache via notre lien, répandant en la tigresse une vague de satisfaction un brin sadique. « Pourquoi pas ? » me défit-elle, mais je ne répond plus. Heureusement, le sujet change rapidement, à ma grande surprise mais aussi à mon grand plaisir, même si je me fais rabrouer tel un enfant qui déciderait que la terre est désormais du chocolat.

La façon de voir les choses de Darwin a un côté très épicurien. Je ne sais pourquoi, mais cela me semble également très British. De plus, l'expérience se révélant fort fructueuse, je ne peux que féliciter le fleuriste de m'avoir fait découvrir ces goûts et ces arômes, qui emplissent la gorge comme le nez. Un vrai bonheur pour les papilles. Alors que Darwin s'élance dans le sujet, j'en profite pour en proposer à Kiligara, qui refuse - son lait lui suffit, nul besoin d'une boisson d'humain.

« — Il est vrai que j'usais du sucre pour camoufler l'amertume. J'éviterai, à l'avenir. Et votre thé, comment le buvez-vous ? » Je suis curieux ; après une telle leçon, j'en suis avide d'apprendre d'autres choses. Quels genre de cafés se marient avec quelles saveurs ? Doit-on boire du café différent selon le moment de la journée ? Je préfère y aller doucement, me contentant de flatter monsieur Payne. Mille et une questions me taraudent, et Kiligara s'empresse de se jeter là-dessus pour se moquer de moi. Je rougis, avec l'envie de lui donner un coup de pied - à voir l'air surpris, ou du moins perplexe, de Darwin, je sais qu'elle a réussi son petit jeu. Elle voulait jeter quelque chose aux pirahnas, voilà c'est fait. « Avec ton ton mi-amusé, mi-sarcastique, il doit penser qu'on le déteste, bravo ! » « Alors que c'est tout le contraire. Quelle tristesse, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pas user de cette bouche trop bavarde qui est tienne pour t'exprimer à ma place ? Lui dire que tu apprécies sa compagnie, et tout le tralala ? Et profites-en pour commander un nouveau muffin - celui aux baies était délicieux. J'ai faim. » Elle m'énerve. Mais elle touche un point - j'avais toujours apprécié Darwin, et pouvoir passer un peu plus de temps avec lui m'enchantait.

« — Un vieil homme, où cela ? » je fais avec un sourire. Je ne compte pas Darwin dans cette catégorie - certes, il n'est plus de toute première jeunesse, mais je ne regrette nullement mes vingt ans, étant dans la moitié de ma trentaine. Au contraire, il y a cette envie chez moi de vieillir, pour apprendre, pour accumule savoir et expériences. Darwin est pour moi un puits de savoir, un homme de bon goût, élégant, et je le vois comme un homme dans la force de l'âge, non un vieillard. Peut-être parce qu'il ne ressemble pas à un vieillard. « Il est même bel homme, dans sa catégorie » clame Kili, en dévorant le muffin que je lui ai donné - ayant commandé naturellement plusieurs pâtisseries, il en restait sur la table sans que j'ai besoin d'en demander à nouveau à la serveuse.

J'essuie calmement la bave de tigresse sur ma serviette, clignant des yeux vers Darwin, avec ce même sourire timide. J'espérais qu'on ne retournerait pas là-dessus, mais s'il s'en tient au journalisme, cela m'ira. La question qui suit se pose sur ma carrière, et je tourne les yeux un instant sur la ville blottie sous la pluie comme un animal, aux yeux comme les lumières des lampadaires.

« — J'avais demandé de moi-même à être muté. » Douleur dans le coeur. La tigresse se redresse soudain et vient poser son imposante tête sur mes cuisses. Soutien physique, dans la détresse mentale. Ne pas songer à cela. Passer à autre chose. Il y a un léger silence inconfortable après mes paroles, et je reprend après m'être éclairci la gorge, le regard toujours tourné au-dehors, pour ne pas montrer l'étincelle d'émotion. Mieux vaut ignorer l'origine de mon départ. « Je suis venu officiellement pour plusieurs mois afin de rédiger des chroniques sur la ville. Pour faire découvrir Olkonir, en quelque sorte, pour raconter l'exotisme, la neige, les bois, le côté sauvage mais chaleureux de ce confin du monde. C'est un sujet on-ne-peut plus vaste, mais mon patron me laisse des largesses incroyables, comme nous nous connaissons depuis des années. »

Peut-être est-ce la pluie qui dessine son petit visage, ou simplement celle intérieure qui coule, pour ne pas flotter au-dehors de mes yeux. Kiligara lèche doucement ma main ; sa langue râpeuse m'ancre au présent. Ne plus penser à tout cela. « Penser à elle est une bonne chose. Tu ne l'oublies ainsi pas. Mais ce que tu fais, c'est ronger ta plaie afin qu'elle ne se referme pas. Laisse couler, Pryam, et profitons de cet instant. Tu n'as que trop eu mal à cause de cette cicatrice-là. » Kiligara connaît ma peine, le deuil que j'ai porté pour ma fillette. Et je sais qu'elle a raison. J'avale soudainement le fond de mon café - tant pis pour l'élégance et le raffinement, monsieur Payne. La chaleur, le goût fort et prononcé chassent mes idées noires.

« — Et vous Monsieur Payne ? Si ce n'est pas trop indiscret, depuis combien de temps êtes-vous à Olkonir ? » Je répète ma question précédente, qui a dû être passée à la trappe, mise au second plan à cause du café. Je m'efforce, comme un noyé, de garder la tête hors de l'eau. Même si mes traits se sont quelque peu tendus, comme pour retenir quelque chose en moi, j'ai toujours su attraper l'instant. C'est ce qu'il faut faire. Kiligara se frotte encore un peu puis soupire en voyant que l'instant est passé. Je ne m'effondrerai pas - je ne m'effondrerai plus, comme autrefois.



 
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Nothing will be the same...

Mer 12 Sep - 20:39
Darwin ne se laisse pas arrêter par la timidité vaporeuse des rêves à peine dévoilés et il pose ses questions. « Oh, ce ne sont que des ébauches, pour la plupart des essais assez ... philosophiques, ou des remarques, de la poésie sur les paysages du coin, les habitudes ... » La voix du jeune homme n’est qu’un mince filet, forcé hors de sa poitrine presque contre son gré. Le fleuriste se penche pour entendre. Il sourit, encouragement muet et poli. « Je suis heureux que la ville vous inspire. » A-t-elle cet effet sur tous les daemoniens ? Darwin ne serait pas surpris de l’apprendre. Il y a dans cette ville un parfum de paix et de renouveau qui semble les pousser à se réinventer, à se forger un nouveau futur qui n’appartiendra qu’à eux. Il ne reste plus qu’à voir si Pryam trouvera le courage d’écrire le sien. Quelque part, l’anglais est convaincu qu’il y parviendra. Il en veut pour preuve qu’il a réussi à donner voix à ses ambitions

Une fois l’incident diplomatique évité de peu, la discussion reprend sur un ton presque bon enfant. « Il est vrai que j'usais du sucre pour camoufler l'amertume. J'éviterai, à l'avenir. Et votre thé, comment le buvez-vous ? » Y a-t-il vraiment besoin de poser la question ? En tout cas il n’y a pas une multitude de réponses possibles : l’art de bien prendre son thé se réduit à quelques possibilités. Il exécute les gestes paisiblement, confortablement, comme le rituel que c’est devenu avec les années, la répétition rendant l’enchaînement parfait, presque indépendant de sa volonté. « On place le thé dans la théière avant d’y ajouter l’eau chaude. Il faut faire attention au temps d’infusion, différent pour chaque thé. On sert, on ajoute un nuage de lait et voilà tout. » Processus à répéter tout au long de la journée, à volonté. « Sans oublier les biscuits. » Il incline la tête vers le raton laveur, sérieusement. « Comme d’habitude, Betty est la voix de la raison. Il est très mal vu de servir du thé sans l’accompagner de gâteaux. » Offense sans nom, blasphème d’un mauvais goût sans égal. Darwin préfère même ne pas l’envisager.

Ce qu’il envisage, en tout cas, c’est de décaler légèrement ses pieds de façon à les éloigner de la deamonne visiblement de mauvais poil. Il a la vague impression de ne pas être la raison de son intervention, mais les réflexes de préservation ont la vie dure. Flottement dans la conversation, gêne à peine dissimulée. Darwin ne s’appesantit pas sur le mordant de la remarque et préfère aider Pryam à mettre tout ça derrière eux. Il laisse la correction sur son âge passé avec un sourire amusé. « Bonne réponse pour l’amadouer », commente Betty. Le fleuriste lui lance un regard noir et, si un raton pouvait sourire, elle le ferait certainement. En l’état des choses, un clignement d’yeux paresseux lui suffit à exprimer toute la fierté et l’amusement qu’elle tire de son intervention puérile. Darwin se retient de relever.

Il revient sur un sujet qu’il trouve plus sur, discussion polie sur le métier de l’autre homme. C’est censé être facile et léger. *Je crois que tu as mis les pieds dans le plat.* Pryam ne le regarde plus, les yeux perdus sur la ville, sur la pluie, sur le peu de lumière grise du dehors. Sa daemonne n’est plus royalement allongée, mais assise à ses côtés, contact physique familier. *De toute évidence, oui.* Ça ne lui plait pas. Certes, il ne pouvait pas deviner, mine cachée sur laquelle il a posé le pied, mais il a le droit de ne pas aimer. Car Darwin, malgré tout, il a toujours eu cette facilité à parler, à charmer, à savoir quoi dire avec juste le bon sourire, poli et insouciant à la fois. S’il s’est fait plus discret et plus secret ces dernières années, ça ne l’empêche pas d’apprécier une bonne conversation. Il s’en veut du léger silence lourd de sens. Il s’en veut d’autant plus que Pryam est une compagnie agréable, sens de l’humour perçant caché sous une timidité rafraîchissante. Il prend quelques gorgées de thé pour combler le malaise. Quand la réponse vient, il hoche doucement la tête, mais n’offre pas une nouvelle question. Il est curieux, Darwin, du pourquoi de la tension dans l’air, mais il n’ira pas remuer le couteau dans une plaie qui n’est pas la sienne.

« Et vous Monsieur Payne ? Si ce n'est pas trop indiscret, depuis combien de temps êtes-vous à Olkonir ? » Il reconnait le besoin de changer de sujet. Il ne se fait pas prier pour venir à l’aide du jeune homme et l’éloigner des eaux troubles dans lesquelles il l’a poussé sans le savoir. « Voyons », il réfléchit, tournant sa cuillère dans la tasse de thé en un geste machinal, « Nous nous sommes installés en 1992. Ça fait donc vingt-six ans. » Le temps passe vite. Constatation universelle, peut-être même tristement banale, mais d’une vérité qu’on ne finit par apprécier qu’avec l’âge. Il rit légèrement. « J’étais un autre homme à l’époque, arrivé tout droit de Londres. Imaginez donc le dépaysement ! » Avocat zélé, londonien perpétuellement pressé. Fils de bonne famille forcé de faire bonne image. C’est à son tour de tourner le regard vers la rue trempée, la vitre lui renvoyant l’espace d’un instant l’image d’un homme de trente ans qui apprenait enfin le sens du mot liberté. S’il reste un seul vestige de ce mirage, c’est les chemises coûteuses et les pantalons de costume que l’anglais affectionne tant, touche peut-être incongrue chez un fleuriste, mais sans laquelle il ne se sent pas lui-même.

La contemplation ne dure que quelques secondes avant qu’il ne s’en tire. « Je présume que vous avez eu le temps de vous familiariser avec la religion de la ville. » C’est une question centrale, à Òkòlnir, même si les habitants acceptent tout autre croyance que l’ancestrale foi dans les dieux daemoniens. « Qu’en pensez-vous ? » Avec l’esprit curieux du journaliste et l’admission de quelques écrits philosophiques, Darwin est curieux d’entendre sa réflexion à ce sujet. *Toi et ton amour des débats.* Son sourire s’accentue alors que Betty descend du rebord de fenêtre pour s’installer sur ses genoux. La dame se roule en boule et les doigts du fleuriste ne tarde pas à masser doucement sa nuque. *Ce n’est pas avec toi que je vais en discuter. Tu n’as aucune patience pour ce sujet.* Elle gigote un peu pour se mettre à son aise et soupire, traduisant en effet tout l’intérêt qu’elle porte à cette question.



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