jour de pluie (DARWYAM)

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Mer 12 Sep - 21:16

 

 pluie lancinante

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Pryam  ϟ  Darwin .

 


La conversation se fait toute seule : que ce soit sur mes écrits, ou sur le thé. Nous nous révélons poliment curieux de l'autre, et c'est rafraîchissant d'avoir une discussion normale en dehors de la boutique de fleurs. L'instant fugace où je choisis mes bouquets, les quelques mots délicats lancés à la va vite, quelques minutes volées ici ou là, mais jamais rien d'approfondi. J'apprécie beaucoup l'enseignement comme la compagnie, et je suis parfaitement sous le charme de ce duo - Betty a un caractère assez semblable à Kili, assez mordante et princière. « Oui, je l'aime bien, je me risquerais à converser avec elle une autre fois, l'endroit n'est pas assez paisible pour que je happe son temps. » Je note que Kili semble apprécier également Darwin. Bel homme ? Oui, je partage son avis - avec mon regard innocent, de quelqu'un capable d'aimer tout le monde. Je suis peut-être naïf, au point de trouver la beauté en chacun. Mais il est vrai que Darwin a des traits encore délicats, qu'il est bien fait de sa personne, je le reconnais à la tigresse.

Néanmoins, le sujet dévie, et j'y glisse dans les affres de réminiscences douloureuses. Je suis gêné de rester ainsi silencieux, mais les mots ne veulent - ne peuvent pas sortir. Ce ne serait guère décent de parler d'un deuil pareil. Le chagrin, aussi profond, se doit d'être enfoui pour ne pas embarrasser autrui. J'ai appris, à New-York, que peu d'amis se trouvent sur votre chemin quand la peine vous accable et vous pousse au fond du trou. Je caresse vaguement la tête de Kili en essayant de trouver dans son contact le courage de continuer la conversation ; heureusement Darwin et Betty semblent avoir compris, et le fleuriste joue le jeu. Je peux me détourner de mes sombres pensées, me concentrer sur lui, sur nos mots, même si j'ai un peu un goût de cendre en bouche. Le café l'en chasse résolumment.

Vingt six ans. Presque trois décennies. Quasimment toute ma vie. Mais je garde ça pour moi. Je me demande ce qu'il a pu vivre ici, avec qui, comment. Quels coins il apprécie, quelle est la forme de la nature qu'il préfère, sous la neige ou inondée d'un soleil d'été ? J'ai un sourire en imaginant un Darwin plus jeune, venant tout droit de Londres. Je l'imagine en costume, sans savoir quel métier il porte sur les épaules ; je ne sais pourquoi, je l'imagine bien magistrat, quelque chose de classe, d'important, peut-être avocat, parce qu'il a ce maintien, cette étincelle droite chez lui. Si cela tombe, il était postier. Je n'ose poser de nouvelles questions - j'ai cru déceler une étincelle pendant ses résurgences mémorielles. Peut-être devrions-nous laisser le passé là où il est, après tout.

« — Hm ? » je fais, en entendant le mot religion. Kili lève une oreille, écho de mon attention aussi soudaine qu'acérée. Mes traits tendus prennent une autre consistance : celle d'un prédateur, et je n'ai jamais autant ressemblé à Kiligara qu'à cet instant, mes prunelles sombres brillant sous l'interrogation. La tigresse trouve l'écho de son soupir chez Betty, mais il est trop tard - Monsieur Payne a réveillé Pryam sous la façade calme et polie. La religion est chez moi une question, non pas de vie ou de mort, mais presque. J'ai un sourire plus perçant, plus féroce - le Pryam précédent, triste, sombre, éperdu, s'est dissout dans l'air pour laisser place à un jeune homme différent. J'inspire calmement, pour trouver mes mots. Je devrais peut-être ne pas me laisser aller, mais mon amour du débat et ma foi me poussent à être honnête et passionné. « Mes parents m'ont élevés dans cette foi. L'un de mes grands-parents, sans que je me souvienne duquel, venait d'Olkonir. Les dieux ont bercé mon enfance, et la foi fait partie de moi comme Kiligara. » Je joue avec une cuillère, le ton chaud et grave, presque digne d'un orateur. « J'ai été marqué par le Dieu du feu, et je dois encore prendre connaissance plus approfondie des rituels habituels qui ont place ici, vaguement différents de ceux que j'ai appris étant plus jeune. Néanmoins ... Si nous parlions de la foi en général, je la placerai en parallèle avec une autre qui a émergé. Autrefois, les hommes croyaient en des dieux qui symbolisaient ce qu'ils ne connaissaient ou ne comprenaient pas. Puis ils ont obtenus le statut de protecteurs et de châtieurs. Mais en tout temps, l'homme a eu besoin de cette foi, peu importe en quoi elle devait être placée. Et à présent que beaucoup de monde a perdu cette étincelle envers des dieux que plus personne ne nomme, je suis bien las de voir l'homme placer a foi en la technologie, la science, ou pire, d'autres personnes - les idoles, les stars, n'ont-elles pas pris la place de divinités, régulant des ordes de fans, imposant des rythmes et des idées, tout comme les politiciens ? Mais ... Excusez-moi, j'ai tendance à m'enflammer à ce sujet, et je vais parfois trop loin » je conclue, un peu gêné d'avoir ainsi révélé mes plus enthousiastes idées. Je gratte l'aile droite de mon nez, supposant que Darwin ne pensait pas appuyer sur un tel bouton en lançant une telle question. Je racle ma gorge, espérant ne pas avoir imposé mes idées et encore moins froissé l'homme en face de moi.

Kiligara s'est détourné de mes caresses et s'est assise près de la fenêtre, son large regard vert pailleté d'or posé sur Betty. La tigresse l'admire, l'envie, songe à ce que cela serait d'être un raton laveur. Elle imagine également, dans un élan curieux, vivre avec un autre que moi, être le morceau d'une autre âme, mais cela ne lui plaît pas. Peut-être parce que je suis mille fois trop dociles à ses avis, et qu'elle adore cela.

« — Êtes-vous croyant, monsieur Payne ? » Sa voix est douce, calme, un rien égayée. Il n'y a pas de cynisme ou de sarcasme, et cela m'effraie.

Je m'exclame tout bas un quart de seconde après, furieux :

« — Kili ! Cela ne se demande pas, voyons ! Chacun a ses opinions, et - »
« — Pryam est tel un enfant, avec une foi naïve que ses parents et leurs parents avant eux lui ont inculqués. Il ne pensait pas à mal en étalant ainsi ses avis et ses opinions. Mais comme tu dis, Pripri, chacun ses convictions, mais en faisant part de tes idéologies, tu fais barrière au débat. Mais n'en prenez pas mouche, monsieur Payne. Il est juste irréfléchi quand il s'agit de foi. »

Depuis que nous nous sommes installés là, c'est la plus grande tirade qu'elle proclame. Je suis rouge pivoine, et lève les mains comme pour calmer un taureau furieux ; Kili n'a pas tord, j'ai moi-même étalé mes opinions, mais la tigresse sait que la religion est un fait important pour moi. Pourtant ... « Je pense que si monsieur Payne a un avis sur cela, je suis curieux de le savoir. » « Toi, si chatouilleux ? Je vais regarder ça avec plaisir. Aiguise ta langue, mon tigre. » J'ai le regard tourné vers Darwin Payne et je souris un peu, frottant le bout de mon nez à force coups de gestes embarrassés.

« — Je trouve cela très intéressant de partager son avis, surtout avec des gens qui ne pensent pas comme moi. J'aime débattre, que ce soit de philosophie ou, comme ici, de théologie, si cela était le point sur lequel vous vouliez soulever le, hem, débat » et je me perds dans mes mots, passe ma langue sur mes lèvres, enfantin. J'espère véritablement que monsieur Payne ne prendra pas la mouche, que ce soit avec ma ferveur dévote ou à cause de Kiligara, qui adore empiéter sur mes propres conversations.



 
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Mer 12 Sep - 23:56
Etrange comme un simple mot peut parfois susciter de vives réactions, des échos improbables touchant à la fibre même de leurs êtres, dévoilant des profondeurs insoupçonnées. Aujourd’hui, apparemment, Darwin est destiné à trébucher sur ces vocables chargés. Il y a eu une première sensibilité dévoilée au détour d’une question polie. Blessure profonde, regret ou simple souvenir aigri ? Le fleuriste ne sait. Il se contente de s’en éloigner, de retourner en des eaux plus calmes, notant pourtant soigneusement le courant insoupçonné qu’il a découvert. Une curiosité qui trouvera peut-être son explication un autre jour. La deuxième occurrence, c’est la religion. Si Darwin a eu le droit au Pryam terriblement timide, aux aspirations confessées du bout des lèvres, à la sensibilité à peine voilée pour qui sait regarder, il y a là une nouvelle transformation. Il y a de la passion, désormais, qui éclaire le regard du journaliste et allège son maintien. Un aspect du jeune homme qu’il ne faisait que soupçonner : un écrivain ne peut exister sans une certaine profondeur des sentiments. « Mes parents m'ont élevés dans cette foi. L'un de mes grands-parents, sans que je me souvienne duquel, venait d'Olkonir. Les dieux ont bercé mon enfance, et la foi fait partie de moi comme Kiligara. » Il est dans son élément, Pryam, et ça se sent rien qu’à sa voix. Darwin sourit, amusé, mais aussi curieux de cette soudaine confiance en lui.

Il écoute, sagement, poliment, impassible auditoire. *Au moins, tu as vu juste quant à la possibilité qu’il ait une opinion développée sur le sujet*. Le commentaire est sarcastique, mais la daemonne a relevé la tête, intriguée par la diatribe de Pryam, par le flot de paroles soudainement libéré. Un peu inquiète aussi. Il y a de la familiarité dans la façon dont le jeune homme se perd dans son sujet, dans la conviction profonde qu’il laisse briller et dans sa manière d'interpréter la signification même du mot foi. Darwin a la gorge un peu nouée. Darwin a les doigts immobiles dans sa fourrure. « Mais ... Excusez-moi, j'ai tendance à m'enflammer à ce sujet, et je vais parfois trop loin » Heureusement, son mari n’a jamais été homme à s’excuser pour la passion qu’il portait à ses convictions, bien au contraire. La différence lui permet de reprendre pieds. Et, réellement, n’est-ce pas dommage que même lorsqu’il se révèle, Pryam se retranche aussitôt derrière son mur de politesses ?

« Êtes-vous croyant, monsieur Payne ? » De toute évidence, il n’est pas le seul à vouloir voir un peu plus de ce si rare aspect de Pryam. Le simulacre de discorde entre daemonne et daemonien finisse d’écarter l’ombre des défunts et Darwin les regarde, une étincelle dansant au fond des yeux. La tigresse mène la danse sans s’embarrasser de faux-semblants, honnêteté affichée et qu’importe ce que d’autres en pensent. Elle et Pryam s’équilibrent parfaitement. « Je vous en prie, c’est moi qui lui ai demandé son avis sur la question. Et il a l’air tout à fait tranché, de toute évidence. Ainsi que le vôtre, madame, si j’en crois les dires de monsieur Androdomyus ? » N’a-t-il pas mentionné que la religion est une part importante de leur vie à tous les deux ?

Darwin, il n’est pas de ceux convaincu de l’existence d’une puissance supérieure, ni de ceux persuadés que tout cela n’est que poudre aux yeux. Les choses sont plus compliquées quand il n’y aucun moyen d’éprouver la vérité. Ceux qui veulent voir, voient. Tirade répétée à laquelle répond un agacement que trop familier. Malgré ce que Michael sous-entendait, Darwin n’a jamais demandé qu’à voir et croire. « J’ai été élevé dans la foi anglicane. » Baptêmes, confessions, confirmations, prières du soir, rythme ancestrale inculqué dès sa plus tendre enfance. « Enfin, si on peut vraiment parler de foi », il note, le ton léger. « Je pense plutôt que, pour ma famille du moins, c’est une tradition confortable, une habitude qui structure la vie et le passage du temps. » Il finit sa tasse de thé, ponctuation à l’anglaise. « Je ne crois pas en Dieu. Ou du moins pas en Dieu tel qu’il m’a été présenté à l’époque. » Ça a été dur, d’en venir à cette conclusion, mais terriblement libérateur. Si Dieu ne croyait pas en des gens comme Darwin, pourquoi ne retournerait-il pas le sentiment ?

« Mais je ne crois pas non plus aux coïncidences. Il m’est donc difficile d’admettre que tout ce qui nous entoure est le résultat de combinaisons plus ou moins chanceuse d’atomes. Je trouve difficile de croire quelqu’un qui affirme ne pas avoir la foi quand cette même personne est convaincu de tout expliquer par la science. Croire au big bang n’est-ce pas placer sa foi dans une théorie tout aussi intangible que l’existence d’un ou plusieurs dieux ? Qu’est-ce qui m’empêche de penser que cette explosion ancestrale n’est pas le résultat d’une activité divine ? » Il écarte les mains devant lui, comme pour signifier que les questions sont sans fin, avant de hausser les épaules, rhétorique et gestuelle d’avocat revenant au galop, comme une seconde peau. « On m’a souvent dit que je me posais trop de questions pour réellement croire. Je ne pense pas que ce soit la vérité. Je crois. Je crois qu’il existe quelque chose qui structure cet univers et je crois que nous avons tous la conviction que cette chose existe, peu importe la façon dont nous décidons de le conceptualiser. Dieu, mère nature, particules de plus en plus minuscules ou même hasard sont autant de noms qu’on lui donne. Ou qu’on leur donne, si on les considère pluriels. La foi a ça de beau qu’elle prend d’innombrables formes malgré son universalité. » Malgré tout ce qu’il a dire sur le sujet, Darwin reste calme, voix posée qui prend son temps, qui ne presse pas l’évidence contenue dans ses mots. Serein. Il finit par conclure sur un sourire railleur. « Ou du moins c’est ainsi que je vois les choses. »

Betty descend de ses genoux pour retrouver le sol, peu enthousiasmée par les monologues que les deux hommes semblent décidés à s’échanger. Elle préfère s’installer à proximité de la tigresse. « Je crois que c’est à mon tour de m’excuser pour Darwin. Il ne sait pas résister à la tentation d’un débat, encore moins quand il se présente sous forme d’essais à voix haute. Si votre Pryam est de la même sorte, je crains que nous en ayons pour un moment. » Et le raton ne veut certainement pas hériter du rôle d’arbitre dans une conversation qui l’ennuie déjà à mourir. Si au moins on parlait de politique ou de critique d’art, là, au moins, elle se sentirait d’écouter et même de participer.



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