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Never thought you'd be the one to help ▬ Malcolm

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Mar 11 Sep 2018 - 17:08

Début décembre 1979
Darwin (18 ans) & Malcolm (17 ans)

L’appartement est un bordel sans nom, pile de livres à moitié effondrées dans la pièce, vaisselle oubliée dans l’évier, dossiers étalés sur la table et à même le sol. Les rideaux sont tirés, quelques fins rayons de soleil réussissant quand même à s'immiscer, seule source de lumière avec une petite lampe restée allumée sur un guéridon. Le silence règne. Par terre, affalé contre le canapé, boucles désordonnées échappées à tout contrôle, Darwin est enfin assoupi. Betty dort blottie contre lui. Dans son sommeil, le raton a presque l’air paisible, loin de la panique des derniers jours. Ils sont tombés dans les bras de Morphée sans rien demander, épuisés par de longues heures de terreur. Ils ont imaginé mille scénarios pour expliquer l’inexplicable, du plus inoffensif au plus horrifiant. La seule chose sur laquelle ils sont d’accord : tout ça n’annonce rien de bon.

Le ça en question a commencé il y a maintenant trois jours, même si Darwin et Betty seraient incapables de le dire, n’ayant pas vraiment conservé la notion du temps. Le jeune homme avait fini petit déjeuner, toilette et vaisselle et était prêt à quitter son appartement. C’était sans compter sa daemonne. « Betty, on y va, tu viens ? » Un bruit de dérapage sur le parquet du couloir et un raton laveur qui arrivait dans le salon en courant. Le début de la panique. « J’arrive pas à me changer ! » Le cri était désespérément aiguë. « Comment ça, tu n’arrives pas à te changer ? Ne sois pas ridicule et dépêche toi. » Mais sa Betty chérie refusait de prendre sa forme habituelle de petite chauve-souris. Il a fallu un moment pour que l’anglais accepte la réalité de la situation. Pas question d’aller en cours, pas tant qu’ils n’auraient pas découvert ce qui se passait avec Betty et, pourquoi, pour la première fois de leur vie, elle ne parvenait pas à se transformer. Les questions fusèrent : comment ? où trouver de l’aide ? était-elle malade ?

Trois jours plus tard, ils n’ont aucune réponse et beaucoup d’heures de sommeil en retard. La situation semble désespérée : pour autant qu'ils en sachent, ils sont les seuls à être... ce qu'ils sont. Leurs parents -leurs, oui, quoi qu'ils en pensent- leur ont vite fait comprendre qu'il n'y a rien de normal dans leur petit duo et que le moins ils en parlent, le mieux ça. Mais là, ils ont besoin d'en parler et personne avec qui le faire. L’épuisement est la seule chose qui permet à Darwin de dormir dans cette position et d’oublier le sol dur et froid ainsi que l’angle peu confortable de sa nuque. Un bruit de sonnette échoue à provoquer une quelconque réaction. Le même bruit, répété, aigu, agacé et agaçant qui finit par percer le voile, faire froncer les sourcils de Darwin pour l’arracher au repos. Il cligne des yeux. Son regard se pose tout de suite sur Betty qui commence elle aussi à s’agiter. Toujours un raton laveur. Il soupire. On tape à la porte et il sursaute. « Oui, oui, j’arrive ! », il lance par réflexe, avançant déjà vers l’entrée. Il ouvre et son froncement de sourcils s’accentue de nouveau. *Cache toi Betty, vite !* Il s’appuie contre le mur, porte entrebâillée, fausse image de nonchalance malgré ses vêtements froissés et ses dernières nuits blanches. Il essaie de gagner du temps.

Parce que l’homme là, devant sa porte, n’est nul autre que Malcolm Campbell, étudiant en droit, trop bon pour se mêler au reste de leur classe, trop droit dans ses bottes pour les accompagner boire un verre et bien trop décidé à fusiller Darwin du regard à la moindre occasion. Malgré tout ça Darwin force son sourire de bon camarade. « Malcolm, quelle surprise », il s’exclame avec bonne humeur. « Qu’est-ce qui t’amène ? » *Oui, qu’est-ce qu’il vient foutre ici, lui ? C’est vraiment le moment pour l’avoir dans les pattes !* Il ignore les propos peu flatteurs qui s'enchaînent dans son esprit et cligne tranquillement des yeux, attendant une réponse de la part de l’autre jeune homme.



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Mer 12 Sep 2018 - 21:57

Décembre 1979

Travailler dur n'est pas un concept étranger à Malcolm, au contraire même. Il aurait bien aimé s'asseoir dans un fauteuil bien moelleux, une tasse de thé dans une main, un livre dans l'autre, les jambes étendues sur un pouf, saupoudré d'un fond musical agréable il ne pouvait pas s'octroyer ce plaisir. Mettre ses vinyles favoris à tourner sur sa platine ne devait pas non plus le distraite plus que ça, afin qu'il puisse ingérer toutes ces nouvelles informations bien trop indigeste à son goût. Si Malcolm ressentit une immense fierté d'avoir été accepté, directement précisons-le, à l'université de Cambridge, il fut envahi par un profond sentiment d'aigreur d'être officiellement lancé dans cette voie dictée par ses parents. Alors il n'était plus autant plongé dans ses romans, Malcolm, plutôt, il était plongé dans plusieurs livres de droit, dictionnaires a porté de mains pour les mots alambiqués, inusités depuis des années qui devaient seulement exister pour rendre confus les pauvres étudiants qu'ils étaient et possiblement les futurs avocats qui n'auront pas suffisamment étudié. Il n'aimait pas ça, Malcolm, mais il donnerait le meilleur de lui-même afin d'atteindre le but que ses parents lui souhaitent d'atteindre, et il sera l'un des meilleurs.

Sauf qu'il a peine commencé ses études universitaires, Malcolm, et tout est tellement dépaysant ici. Il ne connaît déjà personnes. Rien de bien surprenant compte tenue de l'étendue de son cercle social qui se résume uniquement aux quelques proches en Écosse. Il a pourtant essayé d'être social et apprendre à connaître des gens, sauf que ça a toujours été très étrange pour lui. *Peut-être que tu devrais sourire un peu plus, au lieu d'avoir cet air austère.* L'intervention de Titania, allongée de tout son long sur le canapé, alors qu'il reprenait au propre ses notes n'était pas vraiment la bienvenue, parce qu'il entendait le même discours depuis des années. Et comme à chaque. « Je souris, tu le sais bien. » il soupire, parce qu'après *Ils ont sûrement l'impression que tu vas, soit les tuer dans leur sommeil, soit que tu te penses meilleurs qu'eux.* Long soupir, et retour aux notes. Bruits de saut et une boule de poils qui atterri sur le bureau. *Mais tu as déjà recopié tout ça.* Il pousse un court soupir, Malcolm. *Je sais.* Titania est perplexe et la détermination de son humain à tout réécrire la rend d'autant plus confuse, et il le ressent bien. Les sourcils froncés, il s'adosse complètement à sa chaise et il en profite pour s'étirer de tout son long, un de ses pieds nus rencontrant douloureusement le coin pointu d'un livre de lois obscure dont il s'est débarrassé plus tôt, créant un espace plus grand sur son bureau. Seule une grimace indique la douleur fugace. Il se débarrasse de ses lunettes et se frotte vivement ses yeux fatigués.

« Ce n'est pas pour moi. » Sous sa forme de chat norvégien, la queue de Titania s'agite, vite agacée par le manque de coopération de son humain. « Ce n'est pas la première fois que tu as fais ça cette semaine. » L'accuse-t-elle et la lumière se fait dans son esprit. Elle part donc s'asseoir directement sur les fiches sur lesquelles travaillent Malcolm depuis plusieurs heures déjà. « Ôte-moi d'un doute, tu ne serais pas en train de faire tout ça pour ce grossier personnage ? » Diantre. « J'ôte donc ton doute, ma dame. » Il plisse les yeux, et ajoute avant qu'elle ne puisse répondre. « Ne t'avise pas de menacer de les faire disparaître, ces fiches. Je n'ai pas passé autant de temps pour rien. » Est-ce que ça se sent, qu'il est à bout de nerfs Malcolm ? Titania semble en tout cas s'en apercevoir, parce qu'elle laisse tomber. Pour l'instant, cela dit. Elle reviendra à la charge quand l'humain sera moins à cran. Elle ignorait que ces années à étudier le droit, au lieu de donner des cheveux gris à Malcolm, lui ferait simplement perdre les cheveux en question.

« Va prendre une douche, tu empestes. » Il lui lance un regard vide, alors qu'il termine de rentrer les fiches dans un dossier, et mettre le tout dans sa grande sacoche en cuir. La douche est un privilège auquel il a décidé de céder uniquement ses fiches, et sa dissertation terminée. « Je suis épuisée rien qu'à t'entendre penser, Malcolm. » Sur ces bonnes paroles, la dame décide que faire une petite sieste pendant que son humain se rende présentable afin d'affronter le froid de décembre. Le costume de côté et aucun souhait de faire plus d'efforts que nécessaire sur son apparence, Malcolm se vêt uniquement d'une paire de jeans, un léger pull vert surplombé par sa veste en cuir, et une écharpe noire enroulée autour du cou. Il ne peut pas se permettre de tomber malade. Pas comme certain. Il enfile ses chaussures et il est fin prêt. Ses cernes, elles, sont toujours là.

C'est un bon coup de chance, qu'il sache où vit son camarade. Il n'avait jamais pensé qu'on lui donnerait l'adresse de ce dernier, au secrétariat, mais il a apparemment été suffisamment convaincant. *Tu devais lui faire peine à voir aussi.* Il pousse un soupir, Malcolm, alors qu'il s'aventure dans l'allée. Sa daemone est contre sa venue ici. Contre son aide qu'il a apportée à son camarade de classe à qui tout semble réussir. *Je ne veux juste pas qu'on abuse de ta gentillesse comme ça a déjà été fait avant.* S'il le pouvait, Malcolm, il caresserait la tête de souris qui est la forme de Titania, lorsqu'elle doit se glisser dans ses poches pour passer inaperçu aux yeux d'un monde ignorant. *Cette forme est disgracieuse.* Fait-elle plaintivement. Il monte les marches, maintenant Malcolm, se questionnant encore si c'est judicieux qu'il vienne là. * Je sais ma douce. J'en suis terriblement désolé.* Il y a de la tristesse dans sa voix, parce qu'il a conscience de combien il lui en coûte, à sa daemone, de faire ça. Une chance qu'il sache comment se faire pardonner.

Il sonne à plusieurs reprises, Malcolm, sa sacoche pendant à ses côtés ouverte, à chaque fois, il sent un mélange d'agacement et d'inquiétude. Il ne semble pas y avoir âme qui vive, alors qu'il avait pourtant l'impression que Payne prenait ses études au sérieux. Il passe à une autre alternative. Malcolm toque donc sur cette porte tout en l'assassinant du regard. Il toque fort et est certain que ses phalanges ont quelque peu rougi sous les coups. Dans l'autre, se trouve le dossier contenant tous les cours qu'a manqués cet être arrogant et imbu de sa personne. Finalement il entend la voix de l'autre étudiant, étouffée par la porte et la porte s'ouvre. « Malcolm, quelle surprise. » Il n'en doute pas. Il fronce les sourcils, Malcolm, tout de même. Quelque chose cloche, mais il ne saurait pas mettre la main dessus. « Qu'est-ce qui t'amène ? » Son regard est attiré par quelque chose, une sorte de forme, passée d'un côté à un autre de la pièce dont il entrevoit des détails derrière l'étudiant alors que ce dernier tente de prendre le plus de place dans l'embrasure de la porte.

Ta une sale tronche, Darwin il a envie de dire. Et il sent Titania enchantée à cette idée, mais il ne cède pas. Au lieu de ça, il tend le dossier, d'une épaisseur plutôt respectable, alors qu'il le salue en même temps. Politesse oblige. « Darwin. T'as bonne mine. » Titania pousse un grognement en même temps qu'il se rend compte de ce qu'il vient de dire. Et il se demande encore pourquoi son cercle social est aussi réduit ? Il soupire et explique la raison de sa venue, qu'on en finisse « Ce sont les cours que t'as manqué. » Il a soif aussi Malcolm, en plus d'être intrigué par le lieu de vie de ce malotru. Et s'il y a bien une boisson, autre que la bière, à laquelle un anglais ne saurait dire non c'est bien la chose suivante. « Je te prendrais bien un thé, s'il te plaît. Ne serait-ce que pour me réchauffer. » Si en plus il est curieux, Malcolm a bien senti la morsure du froid, en faisant la route jusqu'ici. Et Darwin n'aurait sûrement pas envie d'apparaître comme un hôte grossier, pas vrai ?




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Jeu 13 Sep 2018 - 10:57

Le coeur de Darwin rate un battement quand le regard sombre de l’écossais glisse derrière lui. *Qu’est-ce que tu fais Betty ?* L’angoisse court des deux côtés de leur lien, sentiment puissant qui a noyé les derniers jours dans un flou désagréable. *Je met de l’eau à chauffer ! Qu’est-ce que tu veux que je sois en train de faire ? T’as une idée d’à quel point c’est dur de se cacher avec tout le bordel qu’il y a ici ? Et tu as laissé la porte de la chambre fermée !* Ce n’est visiblement pas leur jour. Ou leur semaine. Une autre fois, il aurait pu être intrigué par la présence de Malcolm sur le pas de sa porte, convaincu de l’animosité qui règne entre eux sans qu’il ne puisse vraiment expliquer pourquoi il s’attire tout le temps la désapprobation du plus jeune. *Il désapprouve de tout le monde. Si tu cherches à comprendre pourquoi toi en particulier, tu vas te faire une crampe au cerveau.* Comme toujours, Betty n’a pas faux.

Darwin hausse un sourcil confus devant le dossier qui lui est soudainement tendu, mais s’en empare tout de même, trop fatigué pour vraiment y songer, auto-pilote engagé depuis longtemps. « Darwin. T'as bonne mine. » La remarque lui tire un rire abrupte, son surpris hors de lui et de sa gorge irritée. Il doit avoir l’air d’un épouvantail et il en est bien conscient. C’est tout Malcolm de pointer l’évidence sous un sarcasme dégoulinant et, à ce stade, Darwin n’a même pas l’énergie de s’offenser du manque de politesse. *Bravo, accepte des documents sans poser la moindre question. S’il veut t’accuser d’avoir voler les sujets d’examen, tu feras une victime parfaite !* Dire que Betty a tendance à devenir grincheuse quand elle est fatiguée est un euphémisme charmant. *Je croyais que tu voulais que je me dépêche d’expédier tout ça et de refermer la porte ?* *Certes, mais ça ne veut pas dire jouer les idiots !*

Deux secondes et Malcolm se décide à éclaircir tout ça pour eux deux. « Ce sont les cours que t'as manqué. » Darwin cligne brillamment des yeux. De quoi ? Il sait, oui, qu’il a raté des heures de cours, même si ça n’a rien d’important face au problème qui se pose dans l’appartement. La question est pourquoi Monsieur Je-suis-décidé-à-ramasser-tout-le-monde-à-la-petite-cuillère-dès-le-premier-exam -*C’est affreusement long comme surnom, je ne suis pas certaine qu’on puisse l’adopter pour un usage régulier*- est là à lui apporter ses notes ? Un nouveau clignement d’yeux avant qu’il ne baisse le regard sur le dossier qu’il tient dans sa main droite. « Oh. Merci. » *Brillant, Payne, brillant.* En effet, il est bien loin de son éloquence habituelle. Il est surpris, ok ? Et est-ce qu’il a mentionné à quel point il rêve d’un bon oreiller ? Le Darwin charmeur et sûr de lui est endormi quelque part dans le champ de bataille qu’est leur appartement. « Je suis certain que ce sera infiniment mieux que ce que je peux espérer récupérer de James ou Harriet », il ajoute, légèrement, avec amusement. La vérité est qu’il n’aurait pas eu grand mal à trouver quelqu’un disposé à le laisser emprunter ses notes le temps d’un court passage en salle des professeurs où un sourire innocent, un trait d’esprit et une bonne dose de culot lui aurait permis quelques photocopies. Le dossier est pourtant bien épais. *Combien de jours on a loupé ?* Blanc. *Il est quelle heure ?* Nouveau blanc. De très bonnes questions, comme toujours, Betty.

Ces préoccupations sont bien vite écartées devant un Malcolm qui ne perd pas de temps. « Je te prendrais bien un thé, s'il te plaît. Ne serait-ce que pour me réchauffer. » Le sourcil haussé fait son retour sur le visage de Darwin alors que Betty ne se gêne pas pour exprimer tout le bien qu’elle pense de ces quelques mots. *Non mais, pour qui se prend-il celui-ci ? A-t-on idée de s’inviter chez les gens de la sorte ? Un vrai Monsieur Je-donne-des-ordres-à-tout-va ! Il mériterait qu’on lui claque la porte au nez !* Darwin ne peut lui donner tort. La tentation est forte de faire exactement ça et de retourner à leur urgence personnelle. Seulement, *je ne peux pas lui refuser une tasse de thé, Betty*. Piège cruel d’un esprit diabolique que cette requête à laquelle Darwin, en bon petit anglais qui se respecte, ne peut dire non. Ce serait sacrilège. Betty se faufile un peu mieux derrière sa forteresse constituée de coussins et de dossiers divers en équilibre sur plusieurs piles de livres.

Darwin ouvre la porte en grand, acte de reddition. « Bien sur, entre, je t’en prie. » Il referme derrière son camarade et se dirige vers la petite cuisine, esquivant le bordel sur son chemin. « Ne fais pas attention au désordre. Pour être honnête, je ne pensais pas recevoir quelqu’un. Pose ta veste où tu peux. » Il se saisit de la bouilloir, la remplit et l’allume. Il débarrasse trois tasses vides de la table et les relocalise dans l’évier avant d’en saisir deux dans le placard juste au dessus. Le lait est sorti du frigo, les cubes de sucres retirés du tiroir en même temps que les petites cuillères et, trônant sur la table, la boîte à thé attend sagement. « English breakfast ou Earl Grey ? », Darwin demande, tout en se saisissant des quatre livres de psychologie qui encombrent une des chaises. Il cherche un court instant des yeux avant de les poser en équilibre sur le canapé déjà bien envahi. *Je crois que je vais éternuer.* Bien sur oui, pourquoi pas. Au stade où ils en sont, de toute façon. Le pied de Darwin accroche le bout d’un plaid et fait vaciller un autre équilibre précaire, microcosme dérangé duquel chutent un dictionnaire et une encyclopédie animalière. Boucan savamment orchestré qui, il l’espère, suffit à masquer l’éternuement de sa compagne. Il grimace pour son orteil blessé. Un coup d’oeil vide aux livres tombés est suivi d’un haussement d’épaule. « Ils ne tomberont pas plus bas », il conclut.

Le désastre frôlé, mais évité, il est maintenant temps de chercher la théière dans laquelle il place deux sachets du thé choisi par Malcolm. « J’ai bien peur de ne plus avoir de biscuits, en revanche. » Il n’en est pas fier, mais Betty et lui les avaient grignotés au cours des derniers jours et ils ne sont pas ressortis faire de courses depuis le début de la semaine. *C’est Monsieur Rien-n’est-assez-bien-pour-moi, pas la reine, qu’est-ce qu’on s’en fiche si on n’a pas de biscuits ?* *Excuse moi d’être poli, Betty.* Il s’appuie contre le plan de travail, bras croisé, attendant que l’eau bout et penche la tête sur le côté, les yeux rivés sur Malcolm. « Simple curiosité, mais comment as-tu eu mon adresse ? » Question qui aurait surement eu plus de mérite si elle avait été posée plus tôt. Il n’est jamais trop tard pour se renseigner, ceci dit.



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Ven 14 Sep 2018 - 18:06

Venir ici n'était pas une bonne idée, il aurait dû écouter Titania, Malcolm. Après tout, Darwin et lui ne sont même pas amis. Ils ne sont guère que des connaissances, alors pourquoi s'être échiné à recopier tous les cours pour un illustre inconnu ? Il est très probable que son geste ne soit nullement apprécié de toute façon. Ça avait commencé de cette façon, au lycée. Pourquoi devait-il toujours se faire du mal de la sorte, Malcolm ? *S'il essaie d'abuser de toi, je changerais de forme et le mangerais.* Il retient un doux sourire à l'intervention de Titania, sans quoi ça rendrait la situation encore plus étrange.

Le problème qu'il a Malcolm, quand il est anxieux de quelque chose c'est qu'il a tendance à dire l'inverse de ce qu'il pense, d'un ton rarement apprécié par ses pairs. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer, pour finalement abandonner. Pourtant, il n'est pas défaitiste, Malcolm, mais il s'est fait une raison. Il ne se fera sûrement pas d'ami pendant ses études supérieures vues son incapacité à rendre tout échanges normaux. C'est triste, même si le point positif c'est qu'il n'aura aucune distraction hormis celles qu'il s'imposera. Il ne souhaite pas devenir fou enfermé chez lui, toujours plongé dans ses livres de droit. Il doit juste trouver son rythme.
Il s'était attendu à autre chose qu'un rire s'échappant de la gorge du plus vieux et il doit avoir l'air complètement idiot, à le fixer de la sorte, incrédule, mais pourquoi pas. Avoir l'air d'un idiot est un don chez lui. Il s'était aussi attendu à se faire envoyer paître, le dossier balancer à son visage dans un coup de rage, mais là encore, il avait eu tort. C'était perturbant. Il ignore de quel mal souffre Darwin, mais ça a un impact important sur sa personne. *Ça lui apprendra l'humilité, ça ne peut pas être un mal donc.* Ah Titania, toujours la voix de la raison. « Oh. Merci. » C'est au tour de Malcolm, de cligner des yeux. « Je suis certain que ce sera infiniment mieux que ce que je peux espérer récupérer de James ou Harriet. » Il fronce les sourcils, se demandant si c'est une preuve de sarcasme ou non et incertain il tente un sourire hésitant, décidant de prendre le sous-entendu comme un compliment sur ses capacités.

Il ne s'était pas rendu compte du froid, Malcolm, en sortant, et il n'a pas pensé à prendre ses gants, alors c'est un plus de se laisser aller à sa curiosité qu'il s'impose pour une tasse de thé. Oh il a conscience que son geste est moyennement apprécié à en juger par le haussement de sourcils de Darwin. *Ah. Je savais bien que j'avais oublié de te faire penser à quelque chose.* réagit Titania avec sagesse. Ça ne dure pas, cependant. *Franchement, Malcolm, je ne peux pas toujours penser à ta place, tu dois faire un effort !* Il se gratte là où se froncent ses sourcils, espérant camoufler la réaction qu'il a face aux paroles de sa daemone. Le plus âgé pourrait mal l'interpréter. *Excusez-moi, ô grande Titania. Je tâcherais de trouver un moyen de penser à ce genre de détails sans importance entre les trois heures de sommeil que je parviens à avoir chaque nuit.* Pour le coup, ça lui cloue le bec, à sa daemone, qui ne s'était pas rendu compte de l'état de fatigue de son humain. Même si ça ne lui donne pas le droit de lui parler sur ce ton. Elle lui en fera part plus tard, au calme. « Bien sur, entre je t'en prie. » Il hoche la tête, reconnaissant et entre. « Ne fais pas attention au désordre. Pour être honnête, je ne pensais pas recevoir quelqu’un. Pose ta veste où tu peux. » Le bazar qui règne à l'intérieur de chez l'autre étudiant est inattendu. En enlevant sa veste, qu'il posera sur le dossier d'une chaise, avec sa sacoche, il l'informe de deux trois choses supplémentaires « Je t'ai mis les études de textes et autres devoirs, » commence-t-il alors qu'il grimace intérieurement le côté enfantin de sa phrase. « et aussi les livres recommandés par les profs. Puis, hm, certains que j'ai trouvés et pensé qui pourront t'intéresser. » Il réalise trop tard qu'il se frottait les mains dans un geste nerveux. *Bravo Malcolm, tu respires la confiance en toi. C'était magnifique d'être témoin d'un tel spectacle.* Il choisit d'ignorer Titania.

« English breakfast ou Earl Grey ? » ses yeux s'illuminent à la mention du second thé proposé. « Earl Grey s'il te plaît. » Il a déjà hâte de sentir couler le liquide chaud dans sa gorge. Il hausse un sourcil en voyant les livres de psychologie, dans les bras de l'autre étudiant. Incrédule, il observe le manège du plus vieux en se demandant ce qui se passe. *C'est un excentrique, si ça se trouve.* Pour le coup, il ne pouvait qu'être d'accord. Le bruit de la chute des livres lui fait froncer les sourcils, d'autant plus qu'il lui a semblé entendre autre chose. « Ils ne tomberont pas plus bas. » Ils clignent des yeux, son regard passant des livres de psychologie, à l'encyclopédie à Darwin. Il penche la tête sur le côté, un peu perdu. « Tu fais un double cursus ? » lâche-t-il s'en pouvoir se retenir. Titania soupire et lui, ne sait plus trop où se mettre. Il fixe encore un instant le livre sur les animaux, s'interrogeant sur la raison qui a poussé Payne à se munir d'un tel ouvrage, il a le droit d'être curieux, après tout, non ? « J'ai bien peur de ne plus avoir de biscuits, en revanche. » Il relève les yeux vers Darwin, interrompu dans ses pensées, qui est en train de préparer le thé, « Oh, pas de problèmes, rassures-toi. » Après tout, il impose un peu sa présence.

Regardant un peu partout, il ne fait pas attention quand Darwin se retourne, le temps que l'eau bout. « Simple curiosité, mais comment as-tu eu mon adresse ? » Malcolm a la décence d'apparaître gêné, parce qu'il a bien conscience que sa présence n'est nullement bienvenue. « J'ai demandé au secrétariat. On me l'a donné quand j'ai fourni la preuve que j'allais bien t'apporter les cours manqués. » Il entend la voix de Titania, plus tôt quand elle lui disait qu'il devait avoir l'air désespéré. Il grimace légèrement. « Je suis désolé, si ça, » il fait une pause quand il entend un léger bruit derrière lui, mais il n'y a rien quand il se retourne. Il doit être plus épuisé que ce qu'il a anticipé, « t'ennuie. » Termine-t-il. Il espère qu'il n'aura pas de problème avec l'université si Darwin veut se plaindre, alors que ça partait d'une bonne intention.


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Sam 15 Sep 2018 - 12:02

Darwin n’est pas un jeune homme timide ou facilement mal à l’aise et, même devant l’état de son appartement, il ne ressent pas de gêne. Du stress, en revanche, est bel et bien présent. Il n’aime pas la situation : il n’aime pas le fait que Betty soit coincée dans sa fourrure de raton laveur, il n’aime pas la présence de Malcolm dans le seul endroit où Betty et lui n’ont pas à se cacher et il n’aime pas avoir à bavarder à propos des cours ou du thé alors que l’inquiétude noue son ventre. Pourtant Darwin fait tout ça, sourire calme aux lèvres, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, enfant bien élevé jusqu’au bout des ongles. « Je t'ai mis les études de textes et autres devoirs, et aussi les livres recommandés par les profs. Puis, hm, certains que j'ai trouvés et pensé qui pourront t'intéresser. »

Un autre jour, une autre personne et l’anglais le proclamerait son sauveur. Les études de droit sont importantes pour ses parents et, par conséquent, importantes pour lui. Son passage à Cambridge est planifié depuis son enfance : il collectionnera les bonnes notes, étendra le réseau d’influence de sa famille et finira avocat diplômé dans la firme de son père. Avenir tout tracé contre lequel il n’a jamais songé à se rebeller. Pourtant, en ce moment précis, Darwin a envie de hurler qu’il ne peut pas s’en foutre plus et que seule Betty importe. Cri bâillonné derrière la façade de pragmatisme du bon anglais.

Un autre jour, même personne et l’anglais penserait qu’il est devenu fou. Malcolm Campbell n’a aucun intérêt à se donner tout ce mal, tout le contraire même. Il n’y a pas d’amitié perdue entre eux deux et ça a toujours été limpide depuis la rentrée. Malcolm est sérieux, presque austère dans sa détermination à faire mordre la poussière à tous ses camarades et Darwin n’est pas le genre de jeune homme à refuser un défi. A ce stade, leur rivalité est presque officielle. Pourquoi donc lui apporte-t-il ses cours ? La question est une pensée en arrière-fond, pas assez forte pour percer le voile de son inquiétude, même pas un avertissement murmuré pour le mettre en garde. « Tu ne fais vraiment pas les choses à moitié », il se contente donc de répondre, surpris et amusé à la fois. « Il y a beaucoup de travail pour les prochains cours ? » *On ne sait même pas quand sont les prochains cours ! Pourquoi tu t’inquiètes de ça ?* Parce que c’est ce qui convient de demander, suite logique à cette conversation alors que son esprit est occupé à faire un peu de place et camoufler la présence de Betty.

« Tu fais un double cursus ? » La question lui fait arrêter ses geste quelques secondes, sourcils froncés par la confusion, avant que ses yeux ne se posent de nouveau sur les livres qui l’entourent. Il a un petit rire fatigué. « Ah ça ? Non, je suis juste curieux, je suppose. C’est difficile de passer des heures sur des textes de lois. Ou alors c’est juste ma mémoire qui a du mal avec la monotonie. Un peu de diversité m’aide à garder l’esprit clair. » Il finit avec un haussement d’épaule. La fatigue délie ses lèvres et le mensonge en coule facilement, surement parce qu’il y a un fond de vérité. Le droit ennuie Darwin. Il y a des milliers de choses qui attirent sa curiosité, mais pas les vieux textes qu’ils doivent étudier et retenir. En revanche, il apprécie la logique nécessaire pour monter un cas, la clarté qui est exigé d’eux et l’attention aux détails qui se révèle souvent cruciale.

Plutôt que de s’appesantir sur le sujet, il retourne à des choses plus triviales comme l’absence de biscuits. Ça ou comment l’écossais a trouvé son appartement. « J'ai demandé au secrétariat. On me l'a donné quand j'ai fourni la preuve que j'allais bien t'apporter les cours manqués. » Explication on ne peut plus sensée. *Oui bien sur, c’est tout à fait génial. Comme ça, si quelqu’un veut te tuer, il n’a qu’à prendre des notes pour toi pour avoir une excuse toute prête, c’est génial ! Ils n’ont jamais entendu parler du concept d’informations privées ou quoi ?* Betty exagère, bien sûr, mais Darwin ne peut pas lui donner complètement tort : savoir qu’il suffit à n’importe qui d’insister un peu auprès du secrétariat pour obtenir son adresse n’a pas grand chose de rassurant. « Je suis désolé, si ça t'ennuie. » Ce qui l’ennuie c’est la façon dont son cœur rate un battement quand l’autre jeune homme se tourne, regard perçant porté sur le reste de l’appartement. *Qu’est-ce que c’était ?* *Une bougie, Darwin. Pourquoi il y a une foutue bougie au milieu de tous ces livres ?* Il ne répond pas, la peur s’étant vite transformée en colère. Il sait, logiquement, qu’il n’est pas en colère contre Betty elle-même, juste terrorisé que ce qui lui arrive soit grave et plus qu’épuisé. Les sourcils un peu froncés, il balaie l’air d’un geste de main, comme pour chasser les excuses de Malcolm. « Pas du tout, bien au contraire. C’est juste que j’aimerais autant que les secrétaires prennent la peine de me téléphoner avant de donner mes coordonnées. » Simple politesse, vraiment.

Il se retourne pour transférer l’eau chaude de la bouilloire à la théière, saisit un dessous de plat et dépose le tout sur la table. Encore quelques minutes pour laisser infuser et ils pourront boire leur tasse en continuant à discuter de tout et de rien *Majoritairement de rien* avant que Darwin puisse enfin inviter Malcolm à partir *Ce qui ne sera pas trop tôt*. Il sait. Il a tout autant envie qu’elle de retrouver l’intimité de l’appartement et de continuer ses recherches infructueuses sur ce problème qu’il ne sait même pas comment définir, mais il doivent être patients. Encore un peu de temps, juste un peu, et tout ira bien.

Darwin tire une chaise pour s’asseoir et rien ne va plus.

En quelques secondes, c’est le drame, abrupte, soudain. Le pied de la chaise dérange un thermos plein qui, bien que fermé, doit probablement contenir du café froid vu qu’il est là depuis la veille, et le jeu de domino est lancé. Darwin retient son souffle alors que la deuxième pile de livres à basculer est retenue par un coussin. Un épais tome sur les légendes des indiens d’Amérique glisse. Il le regarde, horrifié, les secondes semblant s’étirer. Le volume tombe brusquement, la forteresse de Betty tremble et vacille, sur le point de s’effondrer. Le raton laveur décampe quelques secondes avant la terrible chute, dans un cri outré. « Bordel, Darwin, t’essaies de me tuer ou quoi ? »

L’animal est terré sous le canapé. Ses yeux luisent et sa queue dépasse, incapable qu’elle est de mieux se cacher à cause des boites qui occupent déjà l’espace. Ça n’a pas d’importance, le mal est déjà fait. Moins de dix secondes pour détruire un monde. Darwin est figé sur place, main toujours posée sur le dossier de la chaise, jointure blanches à s’en faire mal, regard hagard. Il ouvre la bouche. La referme. Que peut-il bien dire ? La peur panique qu’il ressent n’est pas juste la sienne, mais aussi un écho de celle de Betty. Pauvre Betty toute tremblante. Lentement, douloureusement, Darwin détourne ses yeux vers son invité. Dire qu’il est épouvanté est un euphémisme : il est Darwin Payne, il a toujours une remarque intelligente à offrir, un rire charmeur pour distraire et se sortir des ennuis, excepté qu’il n’y a rien, là, tout de suite, qui pourrait arranger les choses. C’est le cauchemar de sa vie et, de toute évidence, il n’est pas endormi.



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Aujourd'hui à 15:17

En entrant Malcolm a été surpris par la pagaille qui règne dans l'appartement de Darwin, toujours si soigné de sa personne. Ça contraste tellement avec ce qu'il voit à l'université que ça le perturbe un peu. Comme si la situation n'était pas déjà suffisamment étrange. Il a clairement le sentiment de louper quelque chose Malcolm, sans parvenir à mettre la main dessus. Sortir de sa zone de confort – autrement dit son appartement – afin d'apporter les cours manqués par son camarade le rend suffisamment anxieux, il ne sait pas pourquoi il se laisse envahir pour le souhait d'assouvir sa curiosité. Il aurait déjà pu être de retour chez lui. Il devrait être de retour chez lui, à potasser encore et toujours dans ses livres jusqu'à en avoir mal aux yeux.

« Tu ne fais vraiment pas les choses à moitié. » Il tente de déceler la moquerie dans le ton du plus âgé, mais il ne semble pas y en avoir. Étrange. « Il y a beaucoup de travail pour les prochains cours ? » Malcolm a bien envie de lui dire d'ouvrir le fichu dossier où toutes les informations se trouvent à l'intérieur, mais l'espèce de trêve qui s'est installée depuis son arrivée l'en empêche. Ça ou alors sa fatigue. Fronçant les sourcils afin de se rappeler exactement de ce qu'il y a fait « Analyser des termes du recueil de lois et rédiger des essais sur la façon dont on peut interpréter ces lois et les utiliser dans un tribunal. » sa voix prend un ton monotone alors qu'il se souvient que ça ne sera pas la dernière fois qu'ils devront faire ce genre de chose « … et comment elles peuvent interagir avec une autre section du recueil et autres textes de loi. » C'est une activité qu'ils font depuis de début de l'année et c'est franchement une plaie. « C'est pour la semaine prochaine, et pendant Noël on aura le droit de se faire la main sur la jurisprudence. » Il a déjà hâte d'y être, Malcolm. Ça se voit d'ailleurs, son visage rayonne de bonheur à cette perspective. Bon, en toute franchise il a déjà commencé à regarder de quoi il retourne.

Il observe partout autour de lui Malcolm et quand il tombe sur l'encyclopédie il est particulièrement intrigué. Il a conscience que les gens sont toujours plus complexes qu'il n'y paraît mais quand même. « Ah ça ? Non, je suis juste curieux, je suppose. C’est difficile de passer des heures sur des textes de loi. Ou alors c’est juste ma mémoire qui a du mal avec la monotonie. Un peu de diversité m’aide à garder l’esprit clair. » C'est de mauvaise foi qu'il veut admettre ce point commun qu'ils partagent. *Vous devez tous avoir besoin de faire une pause sur ces textes barbants, t'en fais pas.* Certes, mais le déni est si confortable. « C'est... compréhensible. Ça peut devenir vite très ennuyeux. » Lui, il écrit. Ou va nager à la piscine pour se vider l'esprit et le corps. Il en sort tellement épuisé qu'il dort du sommeil du juste, sans penser à ses courts. Puis l'illusion d'être reposé s'évapore quand son regard se pose sur son bureau, son premier thé ingéré et il est temps de s'y remettre.

Il est mal à l'aise quand vient la question de l'obtention de l'adresse de Payne, Malcolm, ce qui est une réaction plutôt normale en soi après tout ils sont loin d'être proche et il est presque certain que toute leur promo est en courant. « Pas du tout, bien au contraire. C’est juste que j’aimerais autant que les secrétaires prennent la peine de me téléphoner avant de donner mes coordonnées. » Il arque un sourcil, « Misses Edgecombe et Weber l'ont fait. À plusieurs reprises, d'ailleurs, mais ta ligne sonnait toujours occupée. » C'est ce qui a d'ailleurs aussi poussé les secrétaires à lui donner son adresse. *Il fait aussi peur à voir que toi avant ta douche.* Rester de marbre est un art, quand un être parle dans son esprit de la sorte. *Quelle intervention merveilleuse Titania, merci.* Il y a une exclamation outrée à laquelle il ne porte que très peu attention.

Il observe Darwin déposé la théière sur la table, l'envie d'y poser ses deux mains pour les réchauffer difficile à retenir et il suit le spectacle avec étonnement. De toute évidence, il n'est pas le seul dont le sol est jonché de livre, mais ses piles ont au moins le mérite de tenir debout. Une créature velue se précipite sous le canapé « Bordel, Darwin t'essaie de me tuer ou quoi ? » Malcolm fixe la queue avec perplexité, puis tourne ensuite son regard vers son camarade de classe. S'il est persuadé que sur son visage reflète la perplexité, celui de Darwin est empli de terreur non contenu. De tous les étudiants de l'université il n'aurait jamais pensé le plus âgé être comme lui. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses. « Okaaaay. » Dit-il, surpris et avec éloquence, un point fort pour son avenir d'avocat, notons-là. *Sors-moi de là, avant qu'il ne nous fasse une crise cardiaque.* Lentement, comme s'il avait devant lui une bête à ne pas blesser, il tourne la chaise sur laquelle se trouve sa veste afin de montrer Titania. *C'est bien ce que je comptais faire, ma dame. Il va nous faire une syncope avant ça et on n'a pas vraiment besoin de ce genre de publicité.* Il montre Titania sous sa forme de rongeur et cette dernière change de forme devant les yeux de Darwin. Les actions en disent beaucoup plus que les mots dit-on et il a le sentiment que c'est la meilleure des choses à faire présentement. *Je vais aussi pouvoir reprendre un forme plus noble, après la petite démonstration. »

Titania virevolte autour d'eux pendant plusieurs secondes et il sait qu'il n'est pas chez lui, Malcolm, mais dans l'immédiat Darwin ne lui donne pas l'impression de pouvoir faire quoi que ce soit, alors il sert les deux tasses de thé et en tend une vers le plus âgé. « Je pense que tu peux t'asseoir, Darwin. » Titania change de nouveau de forme pour celle de chat norvégien. « Il vaudrait mieux Payne. Tu donnes l'impression que t'as arrêté de respirer. C'est une activité plutôt vitale, alors tu devrais t'y mettre. » Malcolm roule des yeux. « Voici Titania. » déclare-t-il, doucement. Sa daemone se dirige à pas de velours vers la forme cachée sous le canapé. « Tu devrais revoir ta définition de cacher, ma chère. » Son ton porte une note de gentillesse, quand elle s'adresse à la daemone de Darwin, allongée qu'elle est, ses yeux plongés dans ceux luisant de l'être devant elle, sa queue remuant lentement sur un rythme quelle est la seule à entendre. Malcolm et elle ont imaginé beaucoup de façons dont pourrait se dérouler cette journée, mais jamais ils n'auraient cru tomber sur un autre daemonien en pleine panique.

Il n'en est pas certain, Malcolm, mais la présence de la daemone sous le canapé et l'encyclopédie animalière ont l'air d'être lié. Il n'y mettrait pas sa main à couper, notamment parce qu'il y tient à ses mains, mais il est presque persuadé qu'il a à faire à une personne dont le daemon vient de se stabiliser. Ce qu'il ne comprend pas en revanche, c'est le besoin de l'encyclopédie ? Sûrement son camarade de classe est au courant du processus, pas vrai ?


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