Tu le sais, je le sais, qu'on peut mourir d'aimer. [Pv Adam]

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Mar 2 Oct - 13:15
Eh oh !
Je suis l’écho, doublant mot pour mot vos mélis-mélos, de vous à moi, rien de très beau. Entre mégalo et caliméro, je recueille tous les bobos de vos ego et croyez-le, ça donne un sacré concerto.

Ohé !
Mais regardez le sort que l’on m’a jeté ! Condamnée à répéter. Tandis que vous pouvez crier ce que vous voulez, je dois me contenter de figurer. Et je ne peux m’arrêter tant que vous ne l’avez pas décidé. Vous m’épuisez.

Je suis le roi du monde !
Immonde mensonge qui dans votre esprit vagabonde dès lors qu’un sourire vous vient d’une belle blonde. Elle vous dévergonde de ses formes rondes, poitrine profonde et hanches fécondes et déjà vous l’appelez Joconde. Gare à cette onde qui ne dure qu’une seconde.

Je t’aime !
Quel curieux problème que l’amour qui vous malmène. La belle humaine qui vous rend blême rien qu’à l’idée qu’il n’en soit pas de même. Et ces poèmes et autres litanies bohèmes que l’on sème, énième stratagème pour déposer sur son crâne de notre amour le diadème.

Pourquoi ? !
L’effroi du maladroit qui ne sait faire son choix. Il n’existe pourtant pas, ce désarroi. Ce n’est que votre foi qui aboie face à vos émois. Si vous restez pantois d’emprunter l’une ou l’autre des voies, c’est que d’aucune vous ne pouvez en être le roi. À vous d’être droit dans ce tournoi qui vous octroie la possibilité d’être l’exploit ou la proie.

J’ai peur !
Douce odeur que j’installe en vos cœurs. Puisque j’en suis les chœurs. Ah là, vous devenez bon entendeurs, quand il s’agit de terreurs. Cela demande dur labeur que d’être usurpateur, mais je me lance volontiers des fleurs quant à la douleur dont je suis l’auteur. Docteur des pleurs, je vous laisse receveur d’une idée mineure : vous êtes une erreur. Vous la rendez majeure en quelques heures, effaçant le restant de lueur qui aurait pu vous être libérateur. Quelle couleur abrite donc votre cœur, pour ne croire qu’en l’horreur ?

Je suis vivant !
Haha, pour l’instant ! Ce brin d’engouement qui te fait hurler au vent, je voudrais, moi aussi, en connaître le ressentiment. Je rêve de répondre à d’autres chants que ceux des oiseaux au soleil levant. Sentir, par exemple, sous mes pieds la douceur du sable blanc et le chuchotement fougueux de l’océan. Ou tomber amoureux de la Belle au Bois Dormant, n’avoir que ma volonté en guise de cheval blanc et mon charme hésitant pour épée d’argent, afin de gagner mon « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Les désenchantements aussi je les prends, si l’on me permet d’être doué de sentiments, je sais qu’après la pluie, vient le beau temps. Je veux cet échange infime et évident qu’un regard peut produire entre deux amants. Tout comme l’appui confiant qu’offre un ami en souriant. Ces petits riens qui sont grands, ces silences qui génèrent les volcans. Je veux avoir dix ans quand la simplicité déclenche mon émerveillement, mais quarante ans quand on me demande d’accepter ce monde effrayant. Retrouver mes vingt ans quand mon corps se déhanche sur les rythmes d’antan, mais pas moins de quatre-vingts ans quand la mort vient toquer à mon appartement. Me balader dans les âges mentalement, sans jamais quitter le présent.
Je veux être de chair et de sang pour découvrir les plaisirs ardents. Et que mes échos, dorénavant, soient ton nom quand j’atteins les firmaments.

Écho !
Je ne suis que l’écho. Je travaille sur les mots. Autant dire que c’est un fiasco. Alors, si vous pouviez m’en amener de nouveaux, histoire de changer des notes des oiseaux… Soyez originaux ! Dévoilez vos maux, ne retenez plus vos sanglots, à moi les fléaux !

J’en ferai mon tombeau.



Le délire est sans fin. Et des couleurs nauséabondes tournoient entre ses paupières closes. Eros s'imaginait pourtant être en paix une fois mort. Visiblement pas. Les hurlements des cœurs de Merkeley lui martèlent le crâne. Tout avait dégénéré si vite. Et soudainement c'était comme si l'amour n'existait plus, comme avalé par Ekter. L'image de son corps fiévreux, tremblant sur le parquet de son appartement l'aveugle. Privé d'amour, unique nourriture de son don, il était comme pris au piège de violentes décharges électriques. Et Echo, faiblissant à ses côtés n'y pouvait strictement rien. Dans un moment de lucidité la colère l'avait gagné. De ce foutu don. Que l'amour pour son âme, sa libellule, sa moitié de toujours ne suffisse pas à vaincre Ekter. Lui, le Cupidon, n'avait pas même le mérite d'être sauvé par l'amour. Tout à l'inverse, on l'en avait même privé. Le minuscule corps de la Demoiselle qui perd en lueur, s'échoue à terre et finit par devenir poussière... Si Eros était encore en vie, il vomirait de nouveau de cette vision.

Echo est morte. Et lui avec. Alors pourquoi toutes ces voix ? Pourquoi l'entendre scander ces rimes ? Les flashs ne cesseront-ils jamais ? Est-ce cela l'enfer ? L'enfer après l'enfer, après Ekter ?

-Monsieur ?

Ce timbre est nouveau. De toute la folie endurée jusqu'ici, il n'a jamais entendu cette voix. Il ne la connaît pas. Féminine, elle possède un fort accent, inconnu. Son anglais est très mauvais, en tous cas.

-Monsieur, restez avec moi ! Là, accrochez-vous, le remède fait effet. Vous pourrez bientôt ouvrir les yeux.

Remède ? Un remède à quoi donc ? Encore une hallucination, un supplice de plus. Il est mort. Bel et bien mort. Et malgré la torture endurée, il ne souhaite pas être autrement que mort.

-Ne prenez pas peur. Vous êtes en sécurité ici. Vous êtes sauf.

Sauf. Le mot semble déclencheur car soudainement ses paupières s'ouvrent avec violence et aussitôt il bascule sur le côté pour vomir ses tripes, sur les pieds de la femme qui visiblement lui parlait. Elle a un mouvement de recul, mais ne peste pas et s'empare immédiatement d'un linge et d'une bassine pour le nettoyer.

-Là... Calmez-vous. Tout va bien, vous évacuez les toxines du virus, ce n'est rien.

De retour sur le dos, Eros analyse la situation. Son torse se soulève avec panique. Les lumières blanches d'un très probable hôpital lui tiraillent la rétine. Aussi il se concentre sur l'infirmière. Puis les autres lits, certains cachés par des rideaux. Sauf. Il est réellement sauf. Vivant.

-...

Ce n'est qu'un râle rauque qui s'extirpe de sa gorge. Il aurait voulu hurler. Supplier qu'on le tue de nouveau. Mais aucun mot ne se forme. Echo. Echo n'est pas vivante elle. Ils ne l'ont pas sauvé. Il est tout aussi mort qu'avant. Mort vivant. Après un moment d'hébétement où il écoute avec aphasie le terrible anglais de la dame lui expliquant que son corps a été retrouvé près d'un lac, inconscient et qu'il a immédiatement été amené ici. Le reste du discours de norvégiens et de noms imprononçables, il n'en capte pas un mot. Une unique idée parvient à germer dans les ruines de son esprit. Mourir.

Il se redresse d'un bond, mais se retrouve très vite gêné par des tas de câbles reliés à des pointes plantées dans ses bras. Perfusions et compagnie. L'Amoureux déchiré découvre alors une marche étrange sur son poignet, mais refuse de s'y attarder car déjà l'infirmière appelle du renfort et tente de le rassurer. Il arrache avec hargne les liens le retenant au lit, faisant gicler son propre sang. Peu importe. Il ne peut plus ressentir aucune douleur. Il ne peut plus ressentir tout court. Sauter de sa couche est plus compliqué qu'attendu. Comateux depuis un temps incertain, son corps a perdu tout tonus. Et visiblement pas mal de kilos. Squelettique, faible, il titube plus qu'il ne court. Finissant par trébucher, il s'écroule dans des bras. Eros relève un visage défait, espérant parvenir à parler pour supplier. Et reconnaît le visage appartenant aux bras. Adam.

Aussitôt son don se remet en route. Faible également, par son manque de force physique et mentale, mais bien là, vivant lui aussi. Le constat est de trop. On a tué son âme, mais on lui a laissé son PUTAIN DE DON A LA CON ?!! Ses lèvres gercées, saignantes s'ouvrent en grand, pour en sortir un hurlement tout aussi déchiré que lui.


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Mar 2 Oct - 14:13
"ça va ?"

C'est une simple question, toute bête. J'étais sur l'ordinateur d'un interne, en train d'essayer vainement d'en tirer quelque chose quand cette interrogation est venue de nulle part. Mes pattes se sont tendues si bien que je ne peux plus travailler pour le moment. Pourquoi cela me choque ? Tout simplement parce que tu ne m'as jamais, de toutes nos vies, demandé si j'allais bien. Tu le savais, je le savais, il n'y avait pas besoin de mots. Je me retourne et te répond de la manière la plus naturelle dont je suis capable.

"Bien sur que non ! Cet enfoiré d'ordinateur n'est pas compatible avec la carte graphique qu'on a achété pour lui. Je pense qu'on a pas besoin de la remplacer pour autant mais je sèche un peu pour la marche à suivre. Soit désactiver certains programmes au démarrage pour éviter qu'il ne reconnaisse cette carte comme incompatible, soit télécharger un genre d'émulateur qui va modifier, du moins pour l'ordi, le modèle de la carte... Je ne sais pas sur quoi partir."

"Euh ... Essaye le second truc."

J'inspire un coup et me lance dans la procédure. Le téléchargement sera long à cause de ce foutu brouilleur.

"Ouais, tu as raison. Bonne idée ! T'es pas si nul en informatique finalement. Qu'aurais-je pu faire sans toi ? Mon sauveur."

Ma petite boutade plonge comme dans un lac. Ton regard est vide. Non, tu ne vas pas recommencer avec ces épisodes de dépression. Allez, on est bien tous les deux, on a besoin de personne. Je sais que tu ne m'entends plus et qu'il va falloir réapprendre à s'entendre mais ça se fera. Après tout, on ne s'est jamais autant parlé de vive voix que depuis qu'on ne s'entend plus dans nos têtes.

"On sort d'ici ?"

"De l’hôpital ? On a pas le droit, encore."

"Au moins ce cette chambre... J'ai encore... 89% de temps à accorder à une éventuelle sortie. Profites-en, on rencontra peut-être des personnes intéressantes." Tu me regardes, tellement interloqué que je m'empresse d'ajouter "Si je te proposes ça, c'est uniquement pour toi. Moi je m'en fiche d'aller voir des gens."

Tu te lèves alors et me tend la main. Geste simple mais que j'apprécie beaucoup. La perte de ton don est une chose atroce pour toi, ton pouvoir, ta "bénédiction". Souvent, tu regardes encore les gens à la manière d'un ahuri espérant toujours entendre quelque chose qui n'aurait pas été prononcé mais rien ne vient et il ne sert plus à rien de sonder qui que ce soit. Pire encore : tu as perdu ta sensibilité au contact de ce don si bien que tu ne sais plus lire les gens et tu dois désormais te contenter de ce qu'ils te disent comme toute information.

Après la chambre, nous avons pris le couloir et but un verre d'eau à la fontaine. Nous n'entendons désormais plus que les pas des infirmiers et parfois le souffle de quelques personnes, des toux, des raclements de gorges, c'est fou ce que les humains peuvent être bruyants au final ! Tu passes un autre couloir, prend un escalier au hasard. L'enfermement à tendance à te rendre un peu nerveux et tu feras durer cette petite balade le plus que tu peux, aller courir pour te changer les idées te manque atrocement, tu ne peux que te rendre à la salle de sport de l’hôpital pour y faire tes séances journalières pour te changer le peu d'idées que tu as. T'évader te manque, rendre service aussi.

Rendre service ... Je pourrais peut-être arranger quelque chose pour ça, pas tout de suite bien sur. Il suffirait que je trouve une personne dans le besoin et que je m'arrange pour que tu tombes nez-à-nez avec elle pour que tu puisses lui remonter le moral et te sentir utile à nouveau ! Après tout, cela doit être facile à trouver ici ! Au moins, vous vous rétabliriez ensemble ! Bonne idée moi-même ! Plus qu'à trouver quelqu'un de vraiment abimé et ce serait juste impecc' ! En fait, je pense avoir trouvé la personne parfaite, la seule qui t'a vraiment secoué sur toute ta carrière de psy et que ce serait vraiment impossible de rencontrer maintenant, j'ai nommé ....

"Eros ?"

Je regarde dans la même direction que toi, et effectivement, le voilà. Lui qui avait disparut de la circulation, lui qui était sois-disant faible, dont rien ne présageait la survie, et qui pourtant était là, en train de lutter férocement avec le personnel tant et si bien qu'ils appellent du renfort pour aider à le maîtriser. Là où il y a besoin d'aide, il y a toi, qui se met à courir vers lui, les bras tendus et lui, qui cours vers toi en retour, comme au ralentit, comme une fin clichée de film. Et il te tombe dans les bras.

"Bon sang ! Charlotte, tu m'avais dit qu'il n'était pas là ! Tu m'avais dit qu'il n'avais pas été transporté ! Pourquoi tu m'as dit n'importe quoi ?"

Tu hurles comme pour couvrir les cris d'Eros, très étonné et presque furieux. Paradoxalement, tu ne sais plus gérer tes propres émotions depuis que tu n'as plus à gérer celle des autres. Tu serres alors Eros plus étroitement et fini par le soulever de terre pour éviter qu'il ne chute. Tu te calmes instantanément alors que tu comprends à quel point il peut être léger.

"Je t'ai dis que ..."

"Je sais, que tu ne savais pas. Excuses-moi."

Et alors, une pensée te vient, tellement violente qu'elle me frappe de plein fouet : les sentiments d'Eros t'avaient beaucoup manqué et continuent à te manquer terriblement. Elles qui étaient aussi pures qu'une source d'eau, intactes comme la glace d'un lac en plein hiver et pourtant aussi chaudes et vibrantes qu'une nuit d'orages d'été. Tu inspires profondément, le nez enfouis dans le cou d'Eros et tes yeux se ferment sur deux larmes de détresses qui s'échappent de tes yeux. C'est à ce moment précis que tu te sens véritablement perdu dans ton don, te voilà au seuil de ton baptême du feu.

"Eros, je croyais t'avoir perdu."

Peu t'importe s'il t'entend. Avec lui, tu n'as pas l'intention de jouer la carte du "tout va bien, merci, non, besoin de rien". S'il y a bien une personne sur terre avec qui tu te sens trop faible pour tricher, c'est lui. Tu prend sa présence comme un cadeau que te ferait une entité supérieure pour se faire pardonner de t'avoir privé de ton don. Autour de vous, le personnel ne sait plus trop quoi faire quand une infirmière te fais signe discrètement de l'asseoir sur le lit ce que tu t'empresse de faire. Immédiatement, comme un signal, une armée de blouses blanche vous tournent autour pour rebrancher Eros de toutes part. Toi, tu passes ta main sur ton visage pour en essuyer les larmes, Eros à le droit de savoir, pas les autres. Moi qui ait toujours voulu savoir si tes sentiments pour ce garçon étaient sincères ou s'ils étaient dictés par les sentiments qu'il te transmettait et par mon vécu, me voilà renseignée. Mais autre chose capte alors mon attention ... Quelque chose d'absent, j'ai beau la chercher, je ne la vois nulle part.

"Echo ?"

Je sais très bien ce qui s'est passé, Eros n'a pas eu notre chance : ne plus avoir de don mais garder son Daemon. Et pourtant, même si toutes les preuves évidentes sont là, je ne peux pas croire que j'ai perdu Echo. Non, je ferais des recherches et je la trouverai. Ne t'inquiète pas, Eros, Charlotte est là !



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Mer 3 Oct - 16:31
Il s'écroule comme une vulgaire poupée de chiffon dans les bras du psychologue universitaire. Son tonus musculaire est aboli, il n'est rien de plus qu'une marionnette. Et mal empaillée. On le soulève avec une facilité déconcertante. Mais il n'y prend garde. Son poids l'importe peu. Il ignore à quand remonte son dernier repas ou verre d'eau. Les perfusions étaient là pour ça. Et avant ? Avant il croyait être mort. Qui se soucie de se nourrir quand on est mort ?

Épuisé, choqué, il se laisse faire, accepte qu'on le pique de nouveau. Il ne sent plus rien, plus aucune douleur. Tout est sourd, tout n'est qu'un immense trou béant dans son cœur. Seul lui reste la vision inespérée, inattendue d'Adam. Le hurlement cesse dans un hoquet, plus parce que ses cordes vocales viennent de se péter que par réel apaisement. Il sent encore l'humidité des larmes de l'homme du net dans son cou. Et c'est l'unique chaleur en ce monde. La gorge en feu, le visage tiraillé, Eros regarde Adam. Et voit Charlotte.

Une étincelle de colère jaillit. Unique, vive, jalouse. Elle s'éteint aussitôt, privée de force pour s'alimenter. Ils sont encore deux. Ils ont survécu ensemble. Un curieux mélange d'injustice et de soulagement lui tord les intestins. Il n'aurait pas souhaité autrement pour cet amour qu'il a encore une fois abandonné sur le côté sitôt que les choses ont dérapé. Mais pourquoi lui ? Pourquoi Echo ? Qui a bien pu décider de lui enlever l'unique être qui lui permettait de survivre, de se battre, de continuer à aimer ? Comment peut-on envisager de couper une personne en deux ? En laissant là l'autre moitié ? Qui est l'abruti qui l'a sauvé ?

Charlotte a compris. Eros le devine à son corps tendu en avant, à la recherche de la libellule, à ses multiples yeux effarés. Au moins, il n'aura pas besoin de le dire à voix haute pour en informer Adam. Pour autant il rouvre ses lèvres, mais seul une inspiration brisée émet un borborygme. Sa main de laquelle sort une nouvelle aiguille, les infirmières ne disposant plus de veines suffisantes pour le piquer au bras, se lève, tremblante. Il vient tapoter son cœur, indiquant le manque. Des tapotements naissent des frappes. De plus en plus fortes. A force de cogner, il finira bien par le faire cesser de battre, non ? Mais l'équipe médicale comprend bien trop vite. Et des sangles viennent l'emprisonner de tout mouvement.

Les iris vitreuses, toujours rivées vers son miracle de vie, il appelle Echo du bout des lèvres. Le front d'Adam vient se coller au sien, forçant Eros à se calmer. L'Amoureux a alors une idée. Stupide, mais une idée tout de même. Ce lien, qu'ils avaient forgé avec leurs deux dons, cet amour si puissant... S'il se reconnectait à l'empathe, peut-être pourrait-il alors sentir le souvenir d'Echo. Ou tenter d'absorber un peu du lien avec Charlotte. Juste un peu. Juste une dose pour remplir le trou, là... Incapable de parler, il ne demande pas l'autorisation. Il frappera à la porte de l'esprit d'Adam avec son don. S'il y parvient. Sa capacité physique n'aide pas. Paupières closes, il s'efforce pour autant de s'ouvrir, se concentre sur l'amour que lui a apporté le beau brun, sur leur passé intranet et leurs retrouvailles trop courtes. Le néant, suivi du soupir de l'intéressé lui rouvre les yeux avec horreur. Il n'y a toujours pas besoin de mots. Lui aussi a compris. Ekter ne lui a certes pas pris Charlotte, mais l'a privé de son don.

Si le jeune franco-irlandais donnerait tout au monde pour se débarrasser du Cupidon en lui et récupérer Echo, il sait combien Adam maîtrisait et avait appris à aimer son pouvoir. Il devait lui apprendre à gérer le sien. Ensemble ils devaient avancer, grandir, devenir plus forts. Quel avenir maintenant pour eux ? Une petite voix ressemblant à celle de sa belle Echo ne peut s'empêcher de lui dire qu'ils n'ont jamais été autant complémentaires, que c'est peut-être un signe. Mais ce n'est pas Echo. Ce n'est que le restant de son cœur d’artichaut, gonflé par l'unique chose qui lui reste : l'Amour et toutes ces histoires d'âme sœur. Son âme à lui est morte. Alors les sœurs, elles peuvent aller se faire voir.

Il ne repousse pour autant pas Adam et accepte sa main qui vient serrer la sienne. Étreinte forte, brisée, blessée, mais présente. Vivante. Cela le ramène un peu sur Terre et il prend le temps de regarder autour de lui. S'il n'a jamais vu l'hôpital de Merkeley, il sait ne pas y être. Ces accents étranges, cette langue inconnue parlée au loin, la pâleur de leurs visages, le mobilier, les inscriptions d'un autre pays... Fronçant les sourcils, il interroge son sauveur du regard. S'éclaircit la voix jusqu'à bredouiller, murmurer ses questions. Au premier son, il ne l'entend pas. Aussi Adam se rapproche, afin que les mots puissent lui parvenir directement dans l'oreille.

-Où ? On est... où ? Que... quoi passé ? Merk...

Eros ignore totalement le sort de Merkeley, puisque le coma l'a envahi juste avant le bombardement. Cloîtré chez lui, il a joué à l'autruche, ne ramassant aucun journal, ayant débranché la télé. Seul le nom d'Ekter le rendait fou. Et à la mort d'Echo... Le monde pouvait bien crever tout entier qu'il n'en avait que faire. La paranoïa lui avait envoyé des images de monstres, d'ombres énormes venant l'avaler. Il ne se souvenait de rien d'autre.

Raconte-moi Adam. Raconte-moi comment et quelle horreur humaine s'est encore abattue sur Terre ? Dénonce les coupables que je dois haïr pour ma perte. Et explique-moi pourquoi je suis encore en vie ?


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Mer 3 Oct - 18:11
Il y a eu cette lueur dans son regard, furtive, imperceptible, et coléreuse, quand il m'a vu. Il m'a fallut encore un moment pour comprendre, un très long moment.Echo n'était plus. Alors que tu es penché sur lui, cette question me trouble, une question que je m'étais jurée de ne pas me poser, jamais :

Aurais-tu préféré garder ton don et me perdre ? Ç’aurait été ça le plus agréable pour toi : toujours pouvoir lire les autres, et ne plus avoir de fichue araignée collée à tes basques et à critiquer tout et n'importe quoi. Je suis désolée Adam, désolée pour toi, désolée pour lui, que pour vous deux, le destin ai décidé de la pire solution. Tout ce que je peux dire pour ma défense est que ...

"... J'me suis quand même bien améliorée !"

Tu relèves la tête et tes yeux se tournent vers moi, toujours arrimée sur ton épaule. Tes sourcils se froncent d'incrédulité.

"De quoi tu me parles ? Tu me fais quoi là ?"


On va vraiment devoir réapprendre à communiquer sans passer par la parole, toi et moi. J'aurais pu me détendre, essayer de reprendre mes esprit, t'expliquer pourquoi je te disais ça de but en blanc, mais ç'aurait pas été vraiment moi. Je ferme alors totalement mon esprit. Non, je ne veux pas savoir si tu aurais préféré me perdre au profit de ton don.

"Rien. Rien du tout."

Eros a l'air totalement perdu, dans son lit blanc. Si avant il avait du mal à se sortir de sa propre tête, à présent, il est totalement assaillit par ses pensées les plus sombres. Toi, tu es retourné à lui, ta main sur la joue, les infirmières et les médecins vous laissent à présent un peu plus d'intimité et de liberté.

En parlant d'intimité, j'entrevois avec une certaine fascination que tu oses entrer en contact avec lui, sans craintes aucune à présent. Peut-être même certainement avec le secret espoir de retrouver au moins une parcelle de bribe de don. C'est une utopie mais je sais qu'avec Eros, tu espères une exception, un oubli, même s'il est mineur et insignifiant. N'importe quoi !

"Nous sommes en Norvège, Eros. Merkeley n'existe plus, elle a été bombardé. Nous avons été en quelques sortes téléportés ici, nous les survivants."

Tu colle alors ton front au sien et ferme les yeux. Le vide de ton don n'a jamais été aussi profond mais cela n'est rien, à présent, comparé à la souffrance de notre amoureux. De tout coeur, tu souhaites jeter ça au loin, ne plus penser à ce qu'on a perdu pour réapprendre à se débrouiller, pour apprendre à nouveau à vivre.

Tes deux mains sont sur ses deux joues à présent. Les larmes ont tracé des sillons salés sur tes joues. Si tes émotions ont déjà été aussi fortes, jamais encore tu ne les as laissé s'exprimer ainsi.

"Je t'en supplie, Eros, survie. Survie à tout prix, laisse-moi t'aider comme je te l'ai promis. Laisse-moi venir à toi comme personne ne t'a jamais approché."

Cette dernière tirade n'est presque plus qu'un murmure. Pour ma part, j'imite les infirmiers et m'éloigne un peu car votre besoin d'intimité se fait presque palpable. La dernière chose que je voit avant de sauter sur une table de chevet voisine sont tes lèvres qui frôlent doucement les siennes, timidement, comme pour demander une permission.

Autour de vous, il y a des regards désapprobateurs mais ... C'est vrai, tu n'entends plus les pensées !



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Ven 5 Oct - 11:10
S'il entend des brides de conversation entre Adam et Charlotte, Eros n'en comprend pas un mot. Il ne cherche même pas à essayer. L'effort de capter ce qui a bien pu leur arriver à tous est déjà trop conséquent pour sa santé physique et mentale. Il se demande encore s'il peut survivre. S'il veut survivre. Sans Echo tout paraît impossible. Un Cupidon sans ailes, sans flèches, sans cœur... A quoi cela sert-il ? Que lui dirait sa précieuse libellule à cet instant ? Où est-elle ? Existe-t-il un paradis des daemons ? Un lieu où elle se repose, heureuse de ne plus avoir à s'occuper des soucis amoureux de son humain ? Cette poussière dorée qui s'est évaporé de son corps, qu'est-elle devenue ? S'est-elle collée au ciel pour devenir une multitude d'étoiles ? Peut-elle encore veiller sur lui de si loin ? Même la plus romantique et belle des théories ne suffit pas à le consoler.

Il se souvient avec regret et amertume de leurs disputes. De son refus de lui parler à sa transformation définitive. De son franc parler qu'il critiquait tant de fois, de ses idées à la con, comme celle d'aller voir un psychologue universitaire... Idée sublime qui l'a amené à Adam. Jamais il n'a reconnu la raison d'Echo sur son hypersensibilité, jamais il ne s'est vraiment excusé. Lui a-t-elle pardonné pour autant ? Leurs multiples prises de tête ont-elles affaibli leur lien et est-elle la cause de la mort d'Echo ? Leur amour n'était-il pas assez fort pour vaincre Ekter ? La culpabilité grandit et il voudrait retomber dans le coma, pour ne plus avoir à penser à tout ça. Sa Demoiselle l'a sauvé tant de fois... Pourquoi n'a-t-il pas pu en faire autant ?

La vérité éclate. Merkeley n'existe plus. D'un claquement de doigt, là, comme ça, elle a été rayée de la carte. Ce renouveau tant espéré avec Echo dans cette ville s'est envolée avec une facilité déconcertante. Aurait-il dû rester en Irlande ? Revenir en France auprès de sa famille ? Se contenter d'être un lovomètre et cesser ses ambitions débiles d'être plus que cela ? Echo serait encore là, en tous cas. Téléportés. Juste comme ça. Téléportés en Norvège. La pilule est dure à avaler. Tant par l'impossibilité du truc que par l'absence d'explications. Pourquoi les norvégiens auraient-il voulu les sauver ? Et comment ont-ils réussi ? Possèdent-ils des dons différents des leurs ? Que leurs veulent-ils ? La paranoïa est de retour. Ne seraient-ils pas à l'origine d'Ekter ? Dans l'unique but de pouvoir faire des expériences sur eux... Comme celle cruelle et inhumaine de les séparer de leurs daemons et de suivre la possible survie ? Sitôt qu'il sera rétabli, il ne se laissera pas faire. C'est ce qu'aurait envisagé Echo. La méfiance avant tout. Il lui doit bien ça.

Les émotions et larmes non retenues d'Adam tempèrent son esprit tiraillé et le surprennent. Il ne l'a jamais vu si vulnérable. Est-ce un effet de la perte de son don ou simplement leurs retrouvailles ? Peu importe. Cela lui fait du bien. L'empêche encore un peu de vouloir crever, là, sur son lit d'hôpital. Comme en écho à ses pensées suicidaires, son amour perdu tant de fois le supplie. Le supplie de ne plus fuir, d'accepter, de l'accepter lui dans sa vie. Eros déglutit, hésitant. Plus rien n'a d'importance. Mais tout à la fois, il ne peut s'empêcher de refaire l'histoire. Et s'il ne s'était pas enfermé chez lui ? S'il avait accepté Adam dans sa vie à ce moment-là ? S'il lui avait fait confiance, malgré sa folie naissante ? Il aurait trouvé de l'amour dans ce monde. Son don n'aurait pas pété un câble. Et Echo serait peut-être encore en vie. Est-ce une simple leçon de la vie ? Un « tu vois, tu aurais dû t'ouvrir, accorder ta confiance, pour une fois. » Bien fait, donc ?

Ses lèvres se posent alors sur les siennes. Avec une douceur insoupçonnable. Un frôlement qui invite, mais ne prend pas. Pourtant cela ne doit pas être des plus agréable pour lui. Eros est en piteux état et doute que des gerçures et un squelette soit source d'envie. Mais il le fait. Il lui prouve sa présence. Encore une fois. Alors il accepte. Il se soumet à l'unique chose qui lui reste. Adam.
Avec la même précaution, il presse ses lèvres, lui rend le baiser jusqu'à le rendre plus palpable encore, plus intense. Entre les larmes et le désespoir, naît une étincelle. Le don s'active, faible, mais présent et pour la toute première fois il se fait réconfortant. L'amour est encore possible. Il ne lui envoie rien de plus, aucune question d'âme sœur ou quoi que ce soit. Juste la preuve que l'amour n'est pas mort. Et qu'il sera son salut.

Pieds et poings liés, Eros ne peut attraper le visage de son amant. Aussi se contente-t-il de se dévisser la nuque pour donner plus de force à leur union. Puis finit par laisser tomber sa tête sur l'oreiller, mettant fin au contact. Il plonge ses pupilles dans les siennes, refusant de quitter tout contact.

-D'accord. S'égosille-t-il.

Echo l'a amené à Adam. Avec ses convictions de se faire aider, elle a retrouvé le chemin de la vérité sur l'imposture de Charlotte. Elle lui a permis de trouver un appui et des sentiments inédits. Ce serait bien mal la remercier que de refuser encore cette main tendue. Là, il sait ce qu'elle voudrait. Qu'il survive. Qu'il lui prouve qu'il peut être fort, tout seul. Rien n'est gagné. Il ne peut rien promettre. Mais il peut essayer, se laisser porter. A-t-il réellement un autre choix, de toutes façons ?

Son approbation fait l'effet d'une potion magique, d'un élément déclencheur dans tout son corps. Sa gorge est sèche, mais plus que tout son estomac gronde.

-J'ai faim.

Le sourire de son sauveur est contagieux et se dessine en retour, timide, sur le visage du rescapé. Alors que Charlotte prend les rennes pour ordonner un véritable repas et non plus du liquide au travers des perfusions, Eros n'en oublie pas sa méfiance. Ses mots deviennent plus fluides, bien que totalement brisés de par son timbre éteint.

-Qui sont-ils ? Que nous veulent-ils ? Pourquoi nous sauver ? Est-on réellement en sécurité ?

Il a peur. Peur de devoir se battre de nouveau. Il voudrait ne plus avoir à fuir. Mais sans Echo... Il sera le premier à mourir, trahissant la promesse faite à Adam.


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Mar 16 Oct - 20:29
Allez, à manger, et qu'ça saute ! Plus vite que ça ! Notre amour se meurt de faim. Fort heureusement, le plateau repas était déjà prêt. Pour une raison obscure, la nourriture était meilleure et plus riche que dans mes souvenirs préjugés d’hôpital de Merkeley.

Le regard d'Eros change légèrement, passant de la pure détresse à un semblant de détermination. Puis, les questions légitimes fusent, tu hésites un instant, probablement partagé entre l'envie d'y apporter des réponses rassurantes, et le besoin de repos d'esprit du rouquin manifeste. L'honnêteté a toujours été ton crédo et repousser l'inévitable ne servira qu'à angoisser notre rachitique ami. Tu inspires profondément avant de prendre ta voix la plus calme et apaisante, réservée aux enfants qui font des cauchemars et qui ne veulent pas retourner dormir.

"Nous sommes à Ókólnir. Une vieille légende raconte que c'est le point d'origine de tous les Daemoniens. Ici, on raconte qu'il y a des dieux vivants, une religion omniprésente, les Daemoniens y sont donc naturellement acceptés et respectés. Quand l'attaque a eu lieue sur Merkeley par le gouvernement, c'est l'un de ces dieux qui nous aurait conduit ici, nous les survivants, juste avant l'impact. Ils nous ont sauvés comme on sauve un frère et vu comme nous avons été traités jusque là, je pense que oui, nous sommes en sécurité."

Tu te retiens de justesse de lâcher un "enfin..." hésitant. Tu es profondément convaincu du bien fondé de l'entreprise mais les rescapés sont tous plus abîmés les uns que les autres. Tout ce qui doit nous importer à présent est de prendre un peu de repos bien mérité avant de se lancer dans le défis de survivre malgré tout. Malgré ces pensées rassurantes, quelque chose te trouble. Ce n'est pas visible mais je peux sentir que tu as quelque chose sur le cœur que tu brûles de partager mais que tu considères comme dérisoire à ce moment précis. En plus, tu ne veux pas embêter Eros avec ça ... Ha, c'bien mal me connaître ça !

"Adam à quelque chose à te dire qu'il n'ose pas te dire. Mais comme les secrets sont plus toxiques que mon poison, je l'aide." Dis-je avant de m'éloigner de nouveau.

Pour ta part, tes yeux arborent un regard partagé entre l'hésitation et l'amusement. Finalement, tu te résignes alors qu'Eros découvre son repas.

"Ce ... Ce n'est rien, vraiment." commence-tu, hésitant. Mais tu continue avant que j'aie le temps d'intervenir."C'est étrange de dire ça mais... Comment dire. Tes pensées... " Tu reprends ta respiration, essayant vainement de reprendre contenance. Crache le morceau, va !

"Elles vont terriblement me manquer... Tes pensées sont uniques. Enfin, les pensées de tout le monde sont uniques, mais les tiennes étaient très particulières, mélodieuses, colorées, poétiques. Jamais avant toi je n'aurais cru que quelqu'un pouvait me séduire juste par la pensée. C'était comme ... comme une musique ! Une musique enivrante de celles dont on ne se lasse jamais et qu'on arrive pas à arrêter d'écouter. Une musique qui semblait me parler à moi, personnellement, qui m'était adressée."

Tu reprends ta respiration, une inspiration presque tremblante.

"C'est dur de me dire que jamais plus je n'aurais cette musique. Cependant, j'ai été sincèrement honoré d'avoir pu l'entendre et, d'une certaine manière, d'avoir été le seul. Pendant tout ce temps, même quand tu étais loin de moi, je considérais cela comme mon petit privilège personnel. Enfin bref ... Merci."

Woah... Adam... Parle... De... Son... Ressenti...
On va avoir besoin de beaucoup plus de personnel médical, les gars, on a un soucis ! Non, Eros est un foutu magicien ! Non, j'ai mangé trop de cookies magiques et je suis en train d'halluciner, voilà, c'est ça ! Quel trip de dingue, je voudrais ne jamais me réveiller. Tu reprend d'une voix bien plus assurée à présent que ton âme est soulagée de cet aveux.

"Et ... désolé pour t'avoir embrassé de but en blanc comme ça. Autant la dernière fois, c'était facile de savoir que je pouvais le faire, autant là ... Si ça se trouve, tu es t'es marié et ta légitime est juste derrière moi avec une tronçonneuse."

C'est vrai que ça a un côté amusant de ne plus savoir.



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Dim 28 Oct - 17:30
La viande est en sauce. Juteuse et fondante. S'il ne se savait pas dans un hôpital, Eros pourrait se croire en restaurant gastronomique. C'est fou ce que peut faire un cerveau quand il a été en manque! Mais contrairement à un établissement étoilé où il aurait l'élégance de déguster avec parcimonie, l'affamé se jette sur son assiette et mange avec presque une certaine grossièreté. C'est tout juste s'il n'avale pas tout rond pour étancher sa faim au plus vite. Quand Adam prend la parole pour lui répondre il se calme et s'essuie honteusement la bouche d'un revers de manche.

Légende. Dieu. Coeur des daemons. Gouvernement. Sauvetage. Tout se bouscule dans le crâne vaseux du rouquin, qui fronce les sourcils, soudainement sujet à une violente migraine. Alors qu'il lève son bras pour se masser la tempe, il remarque de nouveau le curieux dessin sur son poignet. Cette fois-ci, il l'inspecte. Divers traits éclatent d'un même centre, comme une étoile, mais aux branches particulières, géométriques et inconnues. Est-ce cela cette affaire de Dieu ? Un vulgaire tatouage pour remplacer son Echo ? Point d'origine des daemoniens, hein ? Alors dans ce cas là, pourquoi parle-t-on de Dieu plus que de Daemon ? Pourquoi l'avoir sauvé lui alors qu'il n'est rien de plus qu'un... « humain » à présent ?

Alors qu'il s'apprête de nouveau à protester, se mettre en colère, exiger qu'on lui enlève cette marque ridicule, Charlotte prend la parole. Et Eros se tait. Malgré sa petite taille, elle dégage une autorité à laquelle on ne se déroge pas. Mais surtout : si c'est elle qui se met en avant, c'est que le message est important et qu'Adam est incapable de le formuler. Un peu comme quand il a fallu lui apprendre que jamais il n'avait parlé à l'homme, derrière son ordinateur, mais bel et bien à l'araignée. Pourtant, elle ne dit pas tout. Elle l'informe de la difficulté à se livrer de son sauveur et s'arrête là... Autrefois elle se serait fait un malin plaisir de tout déballer, lui semble-t-il. Soit il s'était trompé sur son compte, ce qui était fort probable. Echo la comprenait. Pas lui. Soit toutes ces histoires n'avaient pas changé que lui. Et il faisait face à un tout nouveau duo.

Voir son beau brun bafouiller ainsi le surprend et le touche. Il sent même le rouge lui monter aux joues lorsqu'il capte qu'on parle de ses pensées et non pas d'une nouvelle catastrophe à annoncer. L'universitaire si grand, si mature, à la prestance intimidante... là se met à nu devant lui, l'insignifiant amoureux. Il y a de quoi lui faire oublier, tout du moins de le distraire, de tout ce chantier.
Eros pourrait encore posséder toutes ses cordes vocales qu'il ne piperait pas plus mot, tant le discours le scotche. Il n'avait jamais envisager que ses pensées puisse faire un tel effet. Lui qui les trouvait décousues, débiles, ingérables... Voilà qu'elles étaient à présent regrettées et aimées. De nouvelles larmes lui montent aux yeux et il déglutit, sincèrement reconnaissant envers son ami.

Il voudrait pouvoir lui faire une déclaration. Une de celles dont il a toujours rêvé de faire. Avec une voix vibrante, des pupilles brillantes et un cœur gonflé d'amour. Seulement malgré tout ce qui a pu se passer avec Adam, malgré les sentiments qu'il est certain d'éprouver encore... Son cœur est aussi plat qu'un œuf écrasé. Lui si sensible à la mélodie des battements de vie, ne les entend même plus. Certes il se sait vivant. De là à savoir comment... On lui a laissé le don de Cupidon et pourtant sans Echo il se sent incapable d'aimer.

S'il y a bien une chose que l'irlandais n'a jamais fait : c'est bien de repousser quelqu'un ! Mise à part une ou deux fuites à la découverte de son don, c'est lui qui se faisait larguer. Il ne veut pas perdre Adam. Ça jamais ! Plus que jamais il est sa bouffée d'oxygène, sa seule volonté de vivre encore. Mais il ne peut lui mentir sur l'état de santé de son cœur. Et la mort de la télépathie l'empêche de simplement le regarder pour lui faire comprendre. Alors il doit, lui aussi, se dévoiler. Repoussant le plateau repas, il se rapproche du psychologue et lui prend les mains.

-Alors je vais te les donner, mes pensées. Chaque fois que tu le voudras...

Il tousse, sa gorge toujours éprise de l’extinction de voix. Il se décide alors à chuchoter pour s'économiser.

-Chaque fois que tu voudras les entendre, demande. Et je te les raconterai. Aussi fidèlement que possible.

Sa main droite vient caresser avec amour la joue de son beau brun, comme pour annoncer la suite. La difficile suite.

-Là maintenant, elles me disent que... Elles me disent que mon cœur est crevé, comme une vulgaire roue de vélo. Elles ne sont pas contentes. Pas contentes du tout car le don est encore là, mais sans Echo, on ne peut pas aimer. On ne peut pas être amour quand il nous manque notre moitié !

Son front s'appuie contre l'autre, déjà chaud du contact. Et il laisse sans s'en soucier les larmes couler sur ses joues.

-Elles ne savent pas comment faire. Comment t'aimer avec un cœur qui ne bat plus.

Ses paupières se froncent de désespoir. Non. Il ne veut pas le perdre. Aussi colle-t-il immédiatement ses lèvres salées de ses pleurs contre celles d'Adam.

-Je ne sais plus comment aimer. Mais je sais que je t'aime. Et qu'il n'y a personne derrière moi. Plus personne... Pas même un écho... Une Echo.

Alors qu'ils s'enlacent avec force, le déchiré se retire avec difficulté des bras de son amant. Il pleut de plus en plus sur son visage émacié.

-Vas-t-en.

Il ne voulait pas dire cela. La surprise se lit aussi bien chez Adam et Charlotte que chez lui. Ça lui arrache de nouveaux sanglots.

-Quitte-moi. Tu ne mérites pas ça. Tu n'as pas besoin d'une épave qui fuit de toutes parts alors que toi-même, vous-même, vous devez vous reconstruire. Je n'ai pas le droit de vous faire ça. Pas le droit de mal vous aimer, de me perdre en vous alors que je suis déjà perdu... Je...

Il halète, fatigué, la gorge en feu. Et contraint.

-Je t'aime. Et je sais que je t'aime parce que je me souviens. Je me souviens de t'aimer avec Echo. Alors parce que je t'aime, je dois te laisser partir... On ne peut pas aimer une moitié de personne, Adam. Et je ne serai plus que ça à présent. Une moitié de.


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Dim 28 Oct - 21:15
Tu restes là, choqué. Tu ressemble à un chien devant lequel on a agité un os plein de viande et qu'on retire juste après. Tes yeux se remplissent peu à peu d’incompréhension, de détresse et de ce profond sentiment d'injustice.

"Non mais ... Écoute, si tu veux, on peut ..."

"Merde ! T'es devenu complètement fou !" J'hurle. Je saute sur le lit, sur la couverture d'Eros, et tant pis pour le tabou autour du rapprochement entre un humain et le daemon d'un autre. Qu'ils aillent tous au diable !

Toi, tu t'approches, tu sens que je vais exploser comme jamais je n'avais explosé. Ta main s'approche de moi et je siffle presque entre mes chélicères.

"Essaye, Adam, juste essaye de m'arrêter, de m'empêcher de parler, de m'attraper et je paralyse ta main pour le reste de tes jours."

Tu te redresse alors, moyennement rassuré sur mes intentions mais je suis à ce moment précis bien plus effrayante pour toi que je ne l'avais jamais été. Je m'approche alors tout près du visage d'Eros. Je fulmine, je suis hors de moi, les araignée ne peuvent pas perdre patience, elles ne peuvent pas pleurer, elles ne peuvent pas trembler de colère et c'est bien dommage. C'est donc naturellement que je reprend d'une voix calme, contrôlée, basse, où transparait aucune moquerie et ne laisse place à aucun doute.

"Alors écoute-moi bien Eros D'Amours... Tu penses que sous prétexte que tu as réussit à nous échapper une fois tu peux le refaire ? C'est sacrément bien mal me connaitre. Tu nous as, tu nous garde, considère-moi comme la pire teigne que la terre n'ait jamais porté si ça te chante, mais plus jamais je ne te laisserais filer, jamais. Je te collerais au train comme une érotomane harcèle sa proie et ce, jusqu'à ce que tu ailles mieux. T'as besoin d'un traitement de choc ? Pas de bol, tu m'as, moi. Et compte surtout pas sur moi pour renoncer. Si t'as cru ça ne serait-ce qu'une seule seconde, tu t'es trompé lourdement d'araignée."

Tes épaules s'abaissent imperceptiblement. Oui, c'est à peu près ce que tu allais dire, en moins violent, et en plus doux, sans doute. Bon, l'idée est là, c'est l'essentiel.

"Sans déconner, tu m'as prise pour qui pour décider à notre place si on devait partir ou non ? On est pas ce genre de personne qui laisse les autres penser à notre place, ça non ! T'as besoin de nous, t'aimes Adam et tu veux te priver de ça par peur de nous faire du mal ? T'es arrivé trop tard, on est déjà abimé jusqu'à la moelle, p'tit gars ! Adam et moi n'avons jamais eu autant de mal à communiquer qu'aujourd'hui et t'es bien placé pour savoir que ce n'est pas peu dire. Alors non. Mille fois non ! Je ne renoncerais pas à toi, jamais, parce que ..."

Je baisse la voix, jamais j'aurais cru devoir faire cet aveu à quiconque. Encore moins en ta présence, et encore moins en public.

"... Parce que tu m'avais donner l'envie de devenir meilleure."

Il faut bien le dire, avant Eros, j'étais infecte. Jamais contente, toujours à râler, malheureuse et misérable. Puis, je l'ai rencontré sur internet, histoire banale et qui s’avérait être sans lendemain. N'empêche que ça m'a tellement bouleversée que je me suis mise à te parler, à t'écouter. Cette haine que j'avais en moi, je l'ai toujours, mais j'avais appris alors à faire avec, à transformer ce venin en énergie qui me permettait d'aller enfin un peu vers la vie.

"... Et si t'es plus là, je serais mauvaise à nouveau. Et je m'aime pas quand je suis mauvaise."

Toi, tu t'es malgré tout approché et tu as passé ta main sur mon dos pour me soulever et finalement me retirer. Ne t'inquiètes pas, je n'allais pas mordre. Juste un poil menacer. Je ne lui ai même pas dit que je viens de mettre au point mon logiciel pirate Limier qui est apte à reconnaitre l'écriture de quelqu'un par internet via les termes qu'il utilise, sa manière de taper, sa vitesse de frappe, ses hésitations, etc. Avec ça, Eros peut prendre le pseudonyme qu'il veut et déménager à l'autre bout du monde sans que je perde même sa trace.

Tu t'avances alors pour toucher la joue d'Eros du dos de ta main, enlevant une de ses nombreuses larmes au passage.

"Elle s'excuse."

"Pas du tout ! Je suis même totalement ..."

Tu me fourre dans ta poche, étouffant ma phrase au passage. J'en profite pour bouder un peu et me ressaisir.

"Si, elle s'excuse." dis-tu, plus détendu. "Mais elle dit vrai. Je ne vais nulle part, Eros. En fait, sois même prêt à découvrir des trucs que personne ne pouvait soupçonner."

Et alors, tu passes tes mains derrière les épaules de l'alité en entamant naturellement un massage. Tu es un peu gêné par la proéminence des os du dos mais tu ne t'arrête pas pour autant. Jamais tu n'avais pu te permettre d'être tactile avec qui que ce soit et c'est bien dommage car je suis sûre qu'avec ton expérience sportive des muscles froissés et des côtes déplacées, tu fais des massages très agréables...

"Et pour ce qui est de ton cœur, on va trouver un moyen de le réparer ensemble. Moi, je suis d'accord pour partager ma vie avec ma moitié."

En tout cas, j'en reviens toujours pas que tu ais dit que t'étais d'accord avec moi. Quelle belle journée, finalement



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Jeu 22 Nov - 9:35
Eros s'attendait à peu près à tout, sauf à ça. Il imaginait voir Adam partir sans un mot, quelques larmes ou une tentative de raison par des baisers. Pas que Charlotte lui saute soudainement dessus. Malgré le fait qu'il soit alité, il ne peut se retenir de sursauter. Certes, il y a la surprise. Mais surtout... ce lien. Ce lien tabou qui fait que personne ne touche le daemon d'un autre. Il ne la touche pas à proprement parlé, mais en se plaçant sur lui, l'araignée brise cette interdiction et franchit une intimité toute particulière. Intimité qu'Echo ne peut plus ressentir. Et ce contact alors qu'il n'a lui-même plus de daemon le dérange tout particulièrement. C'est remuer le couteau dans la plaie. Mais il n'a pas le temps de réagir, car Charlotte le sermonne, et violemment.

Elle fulmine, proche de son visage et il en prend peur. Elle menace même son humain pour le dissuader d'intervenir. L'amoureux peut sentir le venin de son poison rien que dans ses mots et n'ose pas un geste. Il se contente de déglutir. Tandis que dans son cœur naît un tout autre sentiment que la peur. Une adrénaline. Une attirance sauvage qui le pousse à les aimer encore plus, à lui sauter dessus pour finir ce qu'ils avaient en tête lors de leur dernier rendez-vous. La férocité de l'animal et le regard appuyé de l'homme derrière le galvanise. Et soudainement Eros veut se perdre. En corps contre corps, en sueur, en baisers. Il veut que la violence des mots se transforme en celle de leurs ébats. Il voudrait être là, autant qu'ils le sont. Sûrs d'eux, impossible à faire bouger. Forts.

Et puis, elle se calme. Charlotte se calme et prends le temps de peser sa phrase qui à elle-seule est un aveu de faiblesse. Pas la mauvaise faiblesse comme lui. Non, la bonne, celle qu'on estime, qui nous grandit. L'humilité. Et venant de l'araignée... C'est plutôt inespéré. Le rouquin en reste bouche bée, ne sachant plus du tout quoi dire.
Avec douceur Adam vient chercher son daemon, pour reprendre le pouvoir de la discussion. Il passe sa main sur la joue du déchiré, effaçant au passage les traces des dernières larmes. Eros voudrait lui prendre la main, pour l'amener à ses lèvres et la couvrir de baiser, mais il se retient. Malgré les mots-venin et l'excitation ressentie, il doit se retenir. Il doit penser à eux et pas à lui.

Il s'excuse pour elle, elle proteste, il la fait taire sans ménagement, tel un sketch humoristique. Et si Eros ne parvient plus rire, cela lui déclenche tout de même un minuscule sourire, empli de sanglots. Quand le psychologue se lance dans un massage, il ferme les yeux. Il peut sentir chacun de ses os bouger sous le doigté de son amant, mais qu'importe. Sa présence est d'un tel réconfort... Son souffle est à l'image du feu de cheminée qui amène chaleur et bien-être. Las de sa propre fatigue, de ses propres émotions, l'ancien étudiant colle son front contre celui d'Adam, savourant l'instant autant qu'il lui en est possible.

-D'accord. S'égosille-t-il.

Sa capitulation tire un sourire au beau brun et il voudrait rien que pour cela l'embrasser immédiatement, tant il aime le voir sourire. Mais avant il doit poser ses conditions. Tant qu'il est un tant soit peu lucide.

-Mais à une condition.

Le massage cesse et Adam se recule un peu, bien droit, pour l'écouter.

-Aucune pitié. Aucun laisser-passer. Echo ne l'aurait pas permis. Si je dois vivre, autant le faire à sa manière. Je ne veux pas être ménagé. Je le dis maintenant, car je sais que dès que tu seras parti de mon chevet, je serai de nouveau la loque qui veut crever. Et si je deviens quelqu'un d'autre, si je suis trop fou ou pas assez... Si je ne suis plus moi... Vous me quittez. Je vous interdis de rester juste parce que je n'ai plus Echo, en mémoire du passé, par peur que j'fasse une connerie ou une connerie du genre. Pigé ?

Parler autant est un véritable défi à ses cordes vocales. Fort heureusement ils sont tout prêts alors il peut chuchoter. Cela n'enlève rien à la détermination de ses mots. C'est l'unique détermination dont il est capable. Il le sent. Très vite le manque, le trou béant de son cœur va l'avaler de nouveau et il n'aura plus du tout le même discours. Il était donc important de le faire. Avant de retomber dans du supplice.

Pour clore le marché il s'empare de la nuque d'Adam et le ramène à lui dans un baiser passionné. Toute la précédente adrénaline, il la place là. Et ça se sent. Il devine le torse de son homme qui se dresse, ses muscles qui ne sont que tensions et ne se retiennent que de par le lieu public. Il en est de même pour lui, bien qu'il doute avoir la force physique de faire quoi que ce soit. Sa peau n'est certes plus très épaisse, mais cela ne l'empêche pas de se parsemer de chair de poule. Son ventre se tord de chaleur et ses baisers deviennent de plus en plus langoureux, à l'appel d'une perdition totale.
Il ne se détache que par égare pour les autres patients et les infirmières et infirmiers. Il tremble encore, le regard brûlant pour son psychologue. Sa poitrine se gonfle et se dégonfle, haletante.

-Et maintenant ?

Quel est donc notre futur ? Dans ce nouveau pays, ce nouveau monde sans Echo, sans ton don, cet endroit où nous n'avons plus de « chez nous », que fait-on ?


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